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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205236

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205236

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205236
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête enregistrée le 18 août 2022 sous le n° 2205236, M. D C, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel la préfète de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ne lui a pas été régulièrement notifiée ;

- son droit à être entendu a été méconnu ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde et des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de M. C n'est fondé.

II°) Par une requête enregistrée le 18 août 2022 sous le n° 2205245, Mme E C, représentée par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel la préfète de la Drôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ne lui a pas été régulièrement notifiée ;

- son droit à être entendue a été méconnu ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde et des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de Mme C n'est fondé.

III°) Par une requête enregistrée le 18 août 2022 sous le n° 2205246, Mme B C, représentée par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel la préfète de la Drôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ne lui a pas été régulièrement notifiée ;

- son droit à être entendue a été méconnu ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde et des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de Mme C n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant albanais, est entré en France à la date déclarée du 9 septembre 2021, accompagné de sa femme et de leurs quatre enfants, dont une majeure, B, afin d'y déposer une demande d'asile. Leurs demandes ont été rejetées par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 11 avril 2022. Par trois arrêtés en date du 22 juillet 2022, la préfète de la Drôme a obligé M. D C, Mme E C et Mme B C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Ces requêtes concernent la situation d'une famille d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

4. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Les arrêtés attaqués ont été signés par M. F, directeur des collectivités et de la légalité de la préfecture de la Drôme, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté préfectoral du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ".

7. Si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

8. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

9. Dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise, notamment, après que la qualité de réfugié ait été définitivement refusée à l'étranger. Or, l'étranger est conduit, à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile, à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnue la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

10. En l'espèce, les requérants ont pu présenter les observations sur leur situation qu'ils estimaient utiles dans le cadre de l'examen de leur demande d'asile. Ils n'allèguent pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêchés de présenter des observations ou des documents avant que ne soit prises les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés en litige ont été pris en méconnaissance du principe du contradictoire.

11. Il ressort du relevé des informations de la base de données " TelemOfpra ", produit par la préfète de la Drôme et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire en application de l'article R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 11 avril 2022 rejetant les demandes d'asile de la famille C ont été notifiées aux intéressés le 31 mai suivant à l'adresse figurant sur les requêtes. Ainsi, en l'absence de preuve de ce que les informations portées sur ces documents seraient erronées et contrairement à ce que soutiennent les requérants, ressortissants d'un pays d'origine sûr, ils ne bénéficiaient plus du droit de se maintenir en France en tant que demandeur d'asile à la date des arrêtés attaqués et pouvaient dès lors faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

12. Il ressort des pièces du dossier que la famille C est entrée récemment en France et qu'elle ne justifie pas d'une intégration particulière, même si M. C travaille comme ouvrier agricole, que Mme C est bénévole pour une association et que les enfants mineurs sont scolarisés. Ils ne justifient pas davantage être dépourvus de toute attache familiale dans leur pays d'origine jusqu'à leur entrée récente alors qu'ils n'ont aucune famille sur le territoire français. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de leur séjour en France, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués seraient entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. La famille C, dont la demande de protection internationale a, au demeurant, été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ne rapporte pas la preuve de l'existence de risques actuels, personnels et sérieux auxquels ses membres seraient exposés en cas de retour dans leur pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes susvisées doivent être rejetées dans toutes leurs conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. D C, Mme E C et Mme B C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les requêtes susvisées sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, Mme E C, à Mme B C, à Me Albertin et à la préfète de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

Le président

J.P. A

La greffière

L. BOURECHAKLa République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2205236 - 2205245 - 2205246

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