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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205269

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205269

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 août 2022, M. B A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai d'un mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

L'arrêté dans son ensemble est insuffisamment motivé.

Le refus de titre de séjour :

- est entaché d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas produit l'avis du collège des médecins de l'Office français de 1'immigration et de 1'intégration (OFII) permettant d'établir qu'il respecte toutes les conditions et contient toutes les mentions requises ;

- le préfet s'est cru, à tort, lié par l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII ;

- le refus de titre de séjour méconnaît les articles L. 425-9 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Huard pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né en 1970, déclare être entré en France le 26 août 2013. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 7 novembre 2014. Le 4 mars 2015, l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français que le préfet de l'Isère a retiré le 30 juin 2015 pour lui délivrer, à compter du 24 novembre 2015 jusqu'au 21 février 2018, un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 23 juillet 2019, le préfet lui a refusé le renouvellement de ce titre de séjour qu'il a assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, confirmé par les juridictions administratives. Le 16 novembre 2021, M. A a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 425-9, L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et un titre de séjour à titre exceptionnel ou au regard de considérations humanitaires. Par l'arrêté attaqué, le préfet de l'Isère a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les éléments de faits propres à la situation de M. A et énonce les considérations de droit sur lesquelles il est fondé, est suffisamment motivé au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, il résulte des dispositions des articles R. 425-11 à R. 425-13 qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. Au nombre des éléments de procédure que doit mentionner l'avis rendu par le collège de médecins figure, notamment, le nom du médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a établi le rapport médical de façon à permettre à l'autorité administrative de s'assurer, préalablement à sa décision, que ce médecin ne siège pas au sein du collège qui rend l'avis, et, par suite, de la composition régulière de ce collège.

4. Le requérant soutient que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas produit l'avis du collège des médecins de l'OFII permettant d'établir qu'il respecte toutes les conditions et contient toutes les mentions requises. Cependant, le préfet de l'Isère produit cet avis en date du 23 février 2022. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'un rapport médical a été établi le 27 janvier 2022 par le docteur E, lequel n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'OFII qui a rendu, le 23 février 2022, un avis sur l'état de santé de M. A. Ce collège était régulièrement composé de trois médecins désignés par le directeur général de l'OFII pour participer au collège à compétence nationale, les Dr D, Quilliot et Vanderhenst. Enfin, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il peut effectivement bénéficier d'un traitement dans son pays d'origine vers lequel il peut voyager sans risque. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne résulte pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Isère se serait estimé en situation de compétence liée par l'avis du collège des médecins de l'OFII.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ".

7. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

8. Pour contester l'appréciation portée par le préfet au vu de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, M. A, qui souffre d'une cardiopathie ischémique tritronculaire, produit deux certificats médicaux postérieurs à l'arrêt attaqué, ainsi qu'un courrier du 20 juin 2022 du ministère de la santé et de la protection sociale de la République d'Albanie, faisant état de ce que les médicaments qui lui sont prescrits en France ne sont pas commercialisés en Albanie. Toutefois, il ressort de ce dernier document que la substance active de ces médicaments existe dans ce pays. Par ailleurs, les pièces produites, en particulier le certificat médical du 1er septembre 2022, ne permettent pas d'établir que la prescription d'un traitement équivalent approprié à son état de santé ne pourrait pas être suivie ni qu'il entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour son état de santé. Si le requérant fait valoir que sa situation sociale ne lui donnerait pas accès à l'ensemble du traitement en Albanie, il ne produit aucune pièce relative au prix de ces médicaments ou à la situation économique dans laquelle il se trouverait personnellement en Albanie. M. A ne remet ainsi pas utilement en cause l'appréciation portée par le préfet de l'Isère sur l'existence d'un traitement approprié en Albanie et sur l'accès effectif à son traitement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En cinquième lieu, si M. A, célibataire sans enfant, fait valoir qu'il réside en France depuis août 2013, il a vécu jusqu'à l'âge de quarante-trois ans dans son pays d'origine où résident son père et ses deux frères et il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent et en dépit des attestations produites, la décision portant refus de titre de séjour ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En dernier lieu, l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour ainsi que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, directement invoqués contre l'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés pour les motifs exposés aux points précédents.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

La rapporteure,

A. C

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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