mardi 21 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2205280 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP COURRECH & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 19 août 2022, le 22 novembre 2022 et le 20 juin 2023, Mmes et M. B, Chantal et Adrien F ainsi que Mme G et M. C D, représentés par Me Chopineaux, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler le permis de construire délivré le 22 février 2022 par le maire de la commune de La Motte-Servolex à la société Green City Immobilier, la décision du 22 avril 2022 ayant rejeté leur recours gracieux et le permis de construire modificatif du 2 mai 2023 ;
2°) de condamner la commune de La Motte-Servolex et la société Green City Immobilier au versement d'une somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'acte ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme en l'absence de mention d'un permis de démolir préalable ;
- le dossier de permis de construire présente un caractère incomplet, en l'absence de documents permettant la vérification du nombre de places de stationnement, de documents photographiques permettant d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement et de plans des façades nord et sud de la " faille " réunissant les deux parties du bâtiment avec ses débords de toiture ;
- il viole le principe d'unicité du permis de construire en ce qu'il interdit le terrassement à plus de 2 mètres de profondeur, rendant la réalisation du projet impossible ;
- le projet de construction est illégal en raison de l'absence de toute évaluation environnementale ou de décision au cas par cas ;
- il viole l'article UG5 du règlement du plan local d'urbanisme et l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme en présentant une densité et une taille bien plus grande que les constructions avoisinantes ;
- il méconnaît l'article UG6.2 du règlement en ne prévoyant pas la plantation d'un nombre suffisant d'arbres ;
- il viole l'article UG7 en prévoyant un nombre insuffisant de places de stationnement et en ne précisant pas la localisation du local vélos et les arceaux déclarés dans la notice ;
- il méconnaît l'article UG9 en l'absence de réalisation d'une étude d'infiltration des eaux ;
- il viole l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors qu'il est de nature à créer un risque pour la sécurité et la salubrité publique ;
- le permis modificatif méconnaît l'article UG4.5 relatif à la hauteur des bâtiments ;
- il n'est pas justifié du respect du coefficient de pleine terre.
Par des mémoires en défense enregistrés le 21 septembre 2022, le 23 mai 2023 et le 20 septembre 2023, la société Green City Immobilier, représentée par Me Courrech, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à la condamnation des requérants à lui verser une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par des mémoires en défense enregistrés le 6 octobre 2022 et le 10 juillet 2023, la commune de La Motte-Servolex, représentée par Me Cordel, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à la condamnation des requérants à lui verser une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Les parties ont été avisées le 13 octobre 2023 que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme aux motifs que la prescription limitant les terrassements à 2 m de profondeur était irréalisable et que les aires de stationnement n'étaient pas plantées d'arbres.
Le 18 octobre 2023, la société Green City Immobilier a produit des observations sur ce courrier.
Les 18 et 20 octobre 2023, les requérants ont produit des observations sur ce courrier.
Vu :
- les autres pièces du dossier,
- la directive n° 2011/92/UE du 13 décembre 2011 du Parlement européen et du Conseil,
- le code de l'environnement,
- le code de l'urbanisme,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sogno,
- les conclusions de Mme H,
- et les observations de Me Chopineaux pour les requérants, de Me Cordel pour la commune de La Motte Servolex et de Me Marti pour la société Green City immobilier.
Considérant ce qui suit :
1. Le maire de La Motte-Servolex a délivré le 22 février 2022 à la société Green City Immobilier un permis de construire pour la réalisation d'un bâtiment de 34 logements. Un recours gracieux a été formé le 22 avril 2022, rejeté implicitement. Un permis de construire modificatif a été délivré en cours d'instance le 2 mai 2023. L'annulation de ces trois décisions est demandée.
Sur la compétence du signataire des permis de construire :
2. Le permis de construire initial et son modificatif ont été signés par M. E, adjoint à l'urbanisme, au bénéfice d'une délégation accordée par le maire de de La Motte-Servolex le 3 juin 2020, transmise en préfecture le 6 juin suivant. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces actes doit donc être écarté.
Sur le vice de forme invoqué :
3. En admettant même qu'un permis de démolir ait été légalement nécessaire -ce qui ne ressort pas des pièces du dossier-, l'arrêté du 22 février 2022 autorise le projet tel que décrit dans la demande, laquelle précisait qu'il comportait une démolition des bâtiments existants. Il n'est entaché d'aucun vice de forme.
Sur la composition du dossier du permis de construire :
4. Les articles R. 431-8 et suivant du code de l'urbanisme, qui précisent limitativement les pièces que doit comprendre un dossier de permis de construire, n'exigent pas la production d'un plan de chaque niveau de construction. Dès lors, les requérants ne peuvent utilement faire valoir l'absence d'un plan du sous-sol, lequel a, au demeurant, été joint à la demande de permis de construire modificatif.
5. Le dossier comprend également le document graphique et les deux photographies de près et de loin requises par l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, qui étaient, en l'espèce, suffisantes pour apprécier l'insertion paysagère du projet.
6. Enfin, le projet consiste en l'édification d'un bâtiment scindé en deux parties qui sont réunies par un espace bâti de faible hauteur, dénommé " la faille " dans le dossier. En admettant même que les plans des façades internes donnant sur cette " faille " aient été nécessaires à l'instruction de la demande, ceux-ci ont été produits dans la demande de permis modificatif.
7. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de permis de construire doit être écarté en ses différentes branches.
Sur le moyen tiré de la " violation du principe d'unicité du permis de construire " :
8. Les requérants soutiennent que la prescription relative à l'interdiction de terrassement à plus de deux mètres de profondeur, édictée à l'article 2 du permis de construire initial, qui avait donné lieu à la suspension de son exécution par ordonnance du 9 décembre 2022 et qui n'a pas été remise en cause par le permis modificatif, est irréalisable.
9. A la suite de cette suspension, le projet a été modifié pour relever le niveau du sous-sol affecté au stationnement à un peu moins de deux mètres de profondeur. Néanmoins, il apparaît toujours impossible de réaliser le projet sans terrassement du sol à plus de deux mètres pour créer des fondations. En conséquence, le permis de construire, qui comporte une prescription non réalisable qui n'en est pas détachable, est entaché d'illégalité.
Sur l'absence d'évaluation environnementale ou de demande d'examen au cas par cas :
10. Le 15 avril 2021, le Conseil d'Etat a annulé le décret n° 2018-435 du 4 juin 2018 en tant qu'il ne prévoit pas de dispositions permettant qu'un projet susceptible d'avoir une incidence notable sur l'environnement pour d'autres caractéristiques que sa dimension puisse être soumis à une évaluation environnementale. Dès lors, la nécessité de cette évaluation dans le cadre du projet doit être appréciée directement au regard de la directive du 13 décembre 2011 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement.
11. Le projet est situé dans le périmètre de protection éloigné -et non rapproché- d'un captage d'eau destinée à la consommation humaine. Sa surface de plancher de 2 000 m² est très inférieure à celle de 10 000 m² définie par la rubrique 39 de l'annexe à l'article R. 122-2 du code de l'environnement qui prescrit une procédure au cas par cas et encore plus à celle de 40 000 m² qui impose de plein droit une évaluation environnementale. Il n'est, par ailleurs, aucunement justifié d'une incidence du projet sur l'environnement telle qu'elle aurait justifié le recours à l'une ou l'autre de ces procédures.
Sur la hauteur du bâtiment :
12. Dans le secteur UGi, la hauteur maximale à l'égout du toit est fixée à 9 m. A règle est respectée, les accidents de toiture tels que les chiens assis n'ayant pas à être pris en compte pour son appréciation.
Sur l'insertion du projet dans son environnement :
13. En premier lieu, aux termes de l'article UG5 du plan local d'urbanisme : " Les projets ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Eu égard à la teneur de ces dispositions qui ne sont pas moins contraignantes que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, d'apprécier si l'autorité administrative a pu légalement autoriser la construction projetée, compte tenu de ses caractéristiques et de celles des lieux avoisinants, sans méconnaître les exigences résultant de cet article. Dans l'exercice de ce contrôle, le juge doit tenir compte de l'ensemble des dispositions de cet article et de la marge d'appréciation qu'elles laissent à l'autorité administrative pour accorder ou refuser de délivrer une autorisation d'urbanisme.
14. S'il est vrai que le bâtiment collectif projeté est bien plus imposant que ceux du voisinage qui sont en majorité des maisons individuelles, il se compose de deux parties en R+2 réunies par un espace de faible hauteur évoqué au point 6, et qui présentent des toits découpés en pentes. Il ne peut être regardé comme portant atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants au sens de l'article UG5.
Sur le respect du coefficient de pleine terre :
15. Dans le secteur UGi, l'article UG6 fixe la part d'espaces verts de pleine terre à 30% minimum de l'unité foncière. Le dossier comporte une attestation de l'architecte mentionnant 1 121 m² d'espaces de pleine terre soit 39,9 % de la superficie du terrain d'assiette qui est de 2 813 m². Pour le reste, la contestation des requérants est dépourvue de précisions suffisantes pour établir que ce coefficient est surévalué et qu'en réalité, la part de 30% n'est pas atteinte
Sur les plantations :
16. L'article UG6.2 dispose que " Les parcs de stationnement doivent faire l'objet d'un traitement paysager de qualité et doivent être plantés d'un arbre de haute tige pour 4 places de stationnement. Les arbres seront plantés au sein de l'espace de stationnement des véhicules ".
17. Le projet issu du permis de construire modificatif comporte quinze places de stationnement extérieures et cinq arbres plantés au sein de l'espace de stationnement. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article UG6.2 doit être écarté.
Sur le nombre de places de stationnement :
18. L'article UG7 prescrit pour les constructions à usage d'habitation, 1,6 place par logement, une place par logement social, avec 10% de places destinées aux visiteurs, avec arrondi à l'entier le plus proche ou, à défaut, à l'entier supérieur. Pour l'application de ces règles et en application de l'article L. 151-35 du code de l'urbanisme, la majoration relative aux places visiteurs ne peut être appliquée aux logements sociaux.
19. Ainsi, en application de ces règles, le projet doit comporter 35,2 places pour les 22 logements en accession à la propriété (22 x 1,6), 12 places pour les 12 logements sociaux et 3,52 places (35,2 x 10%) pour les visiteurs, soit au total 50,72, donc 51 places avec la règle de l'arrondi à l'entier le plus proche. Ces 51 places sont prévues dans le projet issu du permis de construire modificatif, de sorte que le moyen doit être écarté.
Sur le respect de l'article UG9 en ce qui concerne l'infiltration des eaux pluviales :
20. Aux termes de l'article UG9 : " tout nouvel aménagement doit respecter les règles imposées par le zonage pluvial, y compris sur des surfaces déjà imperméabilisées "
21. Le service des eaux de Grand Chambéry a émis un avis favorable et demande à ce qu'un plan d'exécution des réseaux humides et du dispositif de gestion des eaux pluviales soit fourni avant tout démarrage des travaux. Dès lors que le permis de construire comporte une prescription visant à respecter cet avis, le moyen tiré de la violation de l'article UG9 doit être écarté.
Sur l'atteinte invoquée à la salubrité publique :
22. Compte tenu de ce qui a été dit au point 11, le permis de construire n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Sur les conséquences des illégalités relevées :
23. Le vice relevé au point 9 est susceptible d'être régularisé sans remettre en cause la nature même du projet. Dès lors, il y a lieu de surseoir à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme en fixant un délai de régularisation de trois mois.
D E C I D E :
Article 1er :Il est sursis à statuer sur la requête dans l'attente d'une mesure de régularisation qui devra intervenir dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 2 :Tous droits des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme B F, à la commune de La Motte-Servolex et à la société Green City immobilier.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Holzem, première conseillère
Mme Naillon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.
Le président, rapporteur,
C. Sogno
La première assesseure,
J. Holzem
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026