vendredi 2 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2205299 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 3 |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 août 2022, M. C B, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2022 par lequel le préfet du Rhône a décidé de sa remise aux autorités allemandes pour l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au profit de son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il méconnait les articles 7 et 18 a) du règlement (UE) n°604/2013 dès lors que le premier pays dans lequel il a déposé une demande d'asile était l'Italie et non l'Allemagne ;
- le préfet devra produire la réponse des autorités allemandes afin que le tribunal en vérifie l'existence et la légalité ;
- l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et l'article 29 du règlement Eurodac n'ont pas été respectés ;
- le préfet du Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application des clauses discrétionnaires et humanitaires, l'article 33 de la convention de Genève ne permettant pas un refoulement d'un demandeur d'asile vers un pays tiers qui le renverrait directement dans son pays d'origine ;
- il n'a pas bénéficié d'un entretien individualisé avec une personne spécialement habilitée au niveau national et ayant les qualifications pour exercer la fonction d'interprète, lui donnant les informations prévues par le règlement Dublin III, dans une langue comprise par lui, ni d'une remise du résumé de ce dernier comme le prévoit l'article 5 du règlement Dublin III, ni d'une remise des brochures d'information.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Miran, substituant Me Huard, avocat de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre à titre provisoire M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
2. M. B, ressortissant gambien, a déclaré être entré en France le 5 mai 2022. Il a demandé son admission au séjour en qualité de demandeur d'asile auprès des services de la préfecture de l'Isère. Après consultation du fichier Eurodac, il est apparu que M. B avait sollicité l'asile en Italie en 2016 et en Allemagne en 2018, Le préfet du Rhône, par décision du 12 août 2022, a décidé de le transférer vers l'Allemagne, Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. M. B demande l'annulation de cette décision.
3. L'arrêté, qui vise l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013, mentionne notamment que M. B a présenté une demande d'asile en Italie, puis une demande en Allemagne, que les autorités allemandes ont été saisies d'une demande de reprise en charge le 26 juillet 2022 et ces dernières ont fait connaître leur accord explicite pour la réadmission de M. B le 27 juillet suivant. Dès lors, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre à M. B de comprendre les motifs de la décision et, le cas échéant, d'exercer utilement son recours. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. D'une part, en vertu du paragraphe 1 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, lorsqu'une demande de protection internationale est présentée, un seul Etat, parmi ceux auxquels s'applique ce règlement, est responsable de son examen. Cet Etat, dénommé Etat membre responsable, est déterminé en faisant application des critères énoncés aux articles 7 à 15 du chapitre III du règlement ou, lorsqu'aucun Etat membre ne peut être désigné sur la base de ces critères, du premier alinéa du paragraphe 2 de l'article 3 de son chapitre II. Si l'Etat membre responsable est différent de l'Etat membre dans lequel se trouve le demandeur, ce dernier peut être transféré vers cet Etat, qui a vocation à le prendre en charge. Lorsqu'une personne a antérieurement présenté une demande d'asile sur le territoire d'un autre Etat membre, elle peut être transférée vers cet Etat, à qui il incombe de la reprendre en charge, sur le fondement des b), c) et d) du paragraphe 1 de l'article 18 du chapitre V et du paragraphe 5 de l'article 20 du chapitre VI de ce même règlement. D'autre part, aux termes de l'article 7 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. La détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre () ". Aux termes de l'article 18 de ce règlement : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de: () b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la première demande d'asile de M. B a été enregistrée en Italie le 22 octobre 2016. Par conséquent, il résulte des dispositions précitées du 2 de l'article 7 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 que l'Etat membre responsable en vertu de ce règlement est effectivement l'Italie. Cependant, il ressort également des pièces du dossier que postérieurement au dépôt de cette demande d'asile, M. B a déposé le 3 juin 2018 une nouvelle demande d'asile auprès des autorités allemandes qui ont accepté de l'instruire. Par conséquent, malgré l'examen antérieur de la demande d'asile par les autorités italiennes, en instruisant la demande de M. B les autorités allemandes ont, implicitement mais nécessairement, accepté de le prendre en charge. Ainsi, l'Allemagne doit être regardée comme étant, à compter de son accord explicite, devenue l'Etat membre responsable de la demande d'asile de M. B. Dès lors, il résulte du d) du 1 de l'article 18 du règlement n° 604/2013, que l'Etat à destination duquel M. B doit être transféré pour la reprise en charge de sa demande d'asile est bien l'Allemagne.
6. Le préfet du Rhône a versé au dossier l'accord de l'Allemagne pour la reprise en charge de M. B qui n'en conteste pas la régularité.
7. A la différence de l'obligation d'information instituée par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013, l'obligation d'information préalable à la prise d'empreintes prévue par les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013, a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des États membres relevant du régime européen d'asile commun. Le droit d'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. Par suite, le requérant ne peut utilement alléguer qu'il n'a pas reçu les informations concernant l'application du règlement n° 603/2013 avant le relevé de ses empreintes.
8. En vertu de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013, le demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien individuel avant que ne soit prise la décision de transfert. Cet entretien doit être mené dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend, par une personne qualifiée en vertu du droit national, dans le respect de la confidentialité. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié le 13 juin 2022 d'un entretien individuel en langue anglaise, langue qu'il a déclaré comprendre, au cours duquel il a pu faire valoir toute observation utile. Le compte-rendu de l'entretien indique qu'il a été conduit par un agent qualifié de la préfecture du Val-de-Marne, assisté d'un interprète de l'association ISM interprétariat, agréée par le ministère de l'intérieur. En l'absence de tout élément de preuve contraire, cette mention suffit à regarder cet agent comme ayant eu la qualité de " personne qualifiée en vertu du droit national " au sens des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013. Il ressort du résumé de cet entretien, que M. B a signé, qu'il a pu exprimer à cette occasion toutes observations utiles et il ne soutient pas ne pas avoir compris les termes de l'entretien alors que les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 n'imposent pas systématiquement la présence d'un interprète. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'entretien n'aurait pas été mené dans des conditions ne respectant pas sa confidentialité. M. B s'est vu remettre au cours de l'entretien les deux brochures, en langue anglaise, comportant l'ensemble des informations rendues obligatoires par les dispositions du règlement, dont le préfet du Rhône produit une copie signée par l'intéressé. Si les dispositions de l'article 5 du règlement prévoient que le demandeur ou, le cas échéant, son conseil juridique ou un autre conseiller ait accès en temps utile au résumé de l'entretien, elles n'imposent aucunement qu'une copie de ce résumé lui soit spontanément remise par l'administration, ni qu'une information lui soit donnée sur son droit à consultation de ce document. Ainsi le requérant a reçu toutes les informations requises lui permettant de faire valoir ses observations avant que ne soit prise la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de la violation des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doivent être écartés.
9. Le principe de non-refoulement énoncé à l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 est inopérant à l'encontre d'une mesure de transfert, qui n'a, par elle-même, ni pour objet ni pour effet de contraindre le requérant à regagner son pays d'origine.
10. Les dispositions du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 prévoient une clause discrétionnaire autorisant un État qui n'est pas responsable de l'examen d'une demande d'asile en application des critères posés par ce texte, à procéder néanmoins à cet examen, sans toutefois que cette possibilité offerte aux autorités nationales constitue un droit pour les demandeurs d'asile. L'arrêté attaqué a seulement pour objet de renvoyer l'intéressé en Allemagne et non dans son pays d'origine. Par ailleurs, l'Allemagne, Etat membre de l'Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, alors même que la reprise en charge a été acceptée sur le fondement du d du 1 de l'article 18 du règlement n°604/2013 précité, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B a épuisé les voies de recours internes, ni qu'une possibilité de réexamen serait exclue et que les autorités allemandes n'évalueront pas, avant de procéder à un éventuel éloignement de l'intéressé, les risques auxquels il serait exposé en cas de retour en Gambie, que le requérant ne précise au demeurant pas. En se bornant à alléguer qu'il risquerait des traitements inhumains et dégradants en cas de retour, M. B ne justifie d'aucune circonstance permettant de considérer que le préfet du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.
11. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction ainsi que, l'Etat n'étant pas la partie perdante, des conclusions relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Huard et au préfet du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 septembre 2022.
Le président,
J.P. ALa greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2205299
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026