Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205311

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantJOSSEAUME

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de Mme E contestant la suspension de son permis de conduire pour six mois, prononcée par le sous-préfet de Vienne le 28 juillet 2022. La décision a été jugée légalement signée par une autorité compétente bénéficiant d'une délégation régulière. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé en droit et en fait, conformément à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, et que le lieu de l'infraction était précisément identifiable. Enfin, la procédure contradictoire n'a pas été jugée obligatoire en raison de l'urgence prévue à l'article L. 121-2 du même code, et l'infraction de dépassement de vitesse de plus de 40 km/h était établie, justifiant la suspension sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 août 2022, Mme D E, représentée par Me Josseaume, demande au tribunal d'annuler la décision du 28 juillet 2022 par laquelle le sous-préfet de Vienne a prononcé la suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois.

Elle soutient que la décision attaquée :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 224-2 alinéa 3 du code de la route dès lors que, à défaut de renseignement du lieu précis d'infraction, le préfet ne permet pas au tribunal de vérifier le respect des dispositions relatives aux limitations de vitesse fixées par les articles R. 413-2 et suivants du code de la route ;

- est entachée d'un vice de procédure substantiel tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle n'a pas été édictée au terme d'une procédure contradictoire et que le préfet ne justifie pas d'une urgence ou de circonstances exceptionnelles caractérisées permettant de déroger à cette obligation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative ;

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations ;

- la circulaire n°0243 du 28 septembre 1987 relative à la modification des actes administratifs.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

M. A a présenté son rapport au cours de l'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E a fait l'objet d'une mesure de rétention de son permis de conduire suite à l'infraction commise le 27 juillet 2022. Par un arrêté du 28 juillet 2022, le sous-préfet de Vienne a prononcé la suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois.

2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme C B, attachée, secrétaire générale adjointe de la sous-préfecture de Vienne, en vertu d'un arrêté du 2 février 2022 pris par le préfet de l'Isère et régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Isère, d'une délégation en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque la décision attaquée a été prise, à l'effet de signer notamment les décisions relatives à la suspension de permis de conduire jusqu'à six mois. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police / () ". Il résulte de ces dispositions que la suspension d'un permis de conduire est une mesure de police qui doit être motivée.

4. L'arrêté en litige précise la nature de l'infraction relevée, la date, l'heure et le lieu de l'infraction. En outre, il vise notamment les articles L. 224-1 et L. 224-2 du code de la route, applicables. Ainsi, il est suffisamment motivé en droit et en fait au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. Au surplus, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'à défaut de renseignement du lieu précis d'infraction le préfet ne permet pas au tribunal de vérifier le respect des dispositions de l'article L. 224-2 alinéa 3 du code de la route dès lors que le lieu d'infraction apparaît clairement sur l'arrêté litigieux, complété notamment par l'avis de rétention du permis de conduire du 27 juillet 2022 qui permet d'établir avec précision que l'infraction a eu lieu sur la route départementale 36, PR 018 + 200 à Saint Georges d'Espéranche.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route : " I.- Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / () / 3° Le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué ; / () ".

7. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". En application de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ". Les modalités de la procédure contradictoire applicables aux décisions mentionnées à l'article L. 211-2 sont définies à l'article L. 122-1 du même code.

8. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 72 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur ayant commis un grave excès de vitesse retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement prendre cette décision en se dispensant de procédure contradictoire en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité au point précédent.

9. Il ressort des pièces du dossier, et principalement de l'arrêté en litige qui se fonde sur l'avis de rétention du permis de conduire du 27 juillet 2022 et le procès-verbal relatif à l'enquête préliminaire pour infraction aux règles de la circulation routière du même jour, que le comportement de Mme E, qui circulait à 131 km/h sur une route nationale limitée à 80 km/h, créait pour elle-même et pour les tiers un risque constitutif d'une situation d'urgence. Dès lors, le préfet de l'Isère n'était pas tenu, dans les circonstances de l'espèce, de suivre une procédure contradictoire avant de prendre l'arrêté de suspension du permis de conduire de Mme E. Par suite, le moyen tiré de la violation des articles L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

10. En dernier lieu, eu égard à la nature et à la gravité de l'infraction, le comportement de Mme E constituant un danger pour sa sécurité et celle des autres utilisateurs de la route, l'arrêté attaqué ne saurait être regardé comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Isère a fait une inexacte application des dispositions des articles L. 224-2 et suivants du code de la route en prononçant une mesure de suspension pour une durée de six mois de la validité de son permis de conduire.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le président,

J. P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.