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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205382

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205382

lundi 18 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 août 2022, M. C A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et rétroactivement à compter de l'enregistrement de sa demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision est illégale à raison de l'illégalité de la décision le déclarant en fuite ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que l'office français de l'immigration et de l'intégration s'est cru en situation de compétence liée par la décision le déclarant en fuite ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ainsi que de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2023, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Coutarel, première conseillère, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de nationalité nigériane né en 1983, a présenté une demande d'asile en France le 14 janvier 2019, qui a été placée en procédure dite " Dublin ", et a accepté l'offre de prise en charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le même jour. Le 17 septembre 2019, il a été transféré en Allemagne, pays responsable du traitement de sa demande d'asile. Le 5 décembre 2019, M. A a présenté une nouvelle demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture de l'Isère qui a été enregistrée en procédure dite " Dublin ". Le 10 janvier 2020, l'OFII a suspendu à M. A le bénéfice des conditions matérielles au motif qu'il n'avait " pas respecté les obligations qui incombent aux demandeurs d'asile dans la mesure où [il a] présenté une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de [sa] demande d'asile ". Le 7 mars 2022, la demande d'asile de M. A a été requalifiée en procédure accélérée. Le 6 mai 2022, il a sollicité le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. L'OFII a implicitement rejeté cette demande.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 13 septembre 2022, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. Le refus en litige de l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil de M. A n'a pas été pris en application d'une décision de classement en fuite. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle décision aurait d'ailleurs été prise. Par suite, M. A ne peut utilement invoquer l'illégalité de cette décision à l'appui de la contestation de la décision implicite de rejet de sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'OFII se serait estimée en situation de compétence liée vis-à-vis d'une éventuelle déclaration en fuite.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application [du] () 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".

5. M. A, transféré en Allemagne le 17 septembre 2019, ne justifie d'aucune démarche effectuée auprès des autorités allemandes pour déposer une demande d'asile alors qu'il a déclaré être revenu le jour même en France. Il ne justifie pas plus du refus de ces autorités d'examiner sa demande d'asile ni de circonstances susceptibles de justifier que sa demande soit examinée par la France plutôt que par l'Allemagne. Il n'est, dans ces conditions, pas fondé à soutenir qu'il a respecté les exigences des autorités en charge de l'asile. Après l'exécution de la décision de transfert, la demande d'asile de M. A a été enregistrée en procédure Dublin, puis requalifiée en procédure accélérée, et il a fait l'objet d'une décision de suspension. Dans ces conditions, la seule circonstance que la France a, par la suite, décidé d'examiner sa demande d'asile ne lui confère pas un droit à bénéficier des conditions matérielles d'accueil. Enfin, si le requérant invoque dans le cadre du présent litige une prise en charge médicale spécialisée en gastro-entérologie l'obligeant à suivre un régime alimentaire strict constaté par le certificat médical établi par son médecin le 24 mai 2022, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un avis du médecin de l'OFII le 3 octobre 2022 n'ayant mis en évidence aucun facteur de vulnérabilité. Par suite, en refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'OFII n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A relatives à l'aide juridictionnelle provisoire.

La requête de M. A est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Huard et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Coutarel, première conseillère,

M. Derolleport, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2024.

La rapporteure,

A. Coutarel

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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