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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205385

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205385

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205385
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 août 2022 et le 10 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Mollion, demande au tribunal :

1°) d'annuler le permis de construire délivré le 28 mars 2022 par le maire de la commune de Porte-de-Savoie à la société ATR Promotion ;

2°) de condamner la commune de Porte-de-Savoie au versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme et l'article Ud4 du règlement du plan local d'urbanisme sont méconnus dès lors que le projet nécessite une extension du réseau électrique de 385 m hors du terrain d'assiette ;

- le permis de construire méconnaît l'article Ud4 également en ce qu'il prescrit que les eaux pluviales devront être intégralement gérées sur la parcelle sans raccordement au réseau public existant ;

- la hauteur des bâtiments excède celle autorisée par l'article Ud10 ;

- le dossier de permis de construire est insuffisant au regard de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- le projet méconnaît l'article R. 111-21 du code de l'urbanisme (en fait R. 111-27) et l'article Ud11 du règlement ;

- il méconnaît le principe d'équilibre fixé par l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme ;

- le nombre de places de stationnement est insuffisant au regard de l'article Ud12 ;

- les espaces communs ne sont pas conformes à l'article Ud13 ;

- le projet aurait dû être précédé d'un permis d'aménager.

Par des mémoires en défense enregistrés le 10 novembre 2022 et le 31 janvier 2023, la commune de Porte-de-Savoie, représentée par Me Chopineaux, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à la mise en œuvre des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à la condamnation de Mme B à lui verser une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requérante ne dispose pas d'un intérêt pour agir à l'encontre du permis de construire modificatif ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2023, la société ATR Promotion, représentée par Me Marie, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à la condamnation de Mme B à lui verser une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- le code de l'urbanisme,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sogno,

- les conclusions de Mme C,

- et les observations de Me Martin pour Mme B, de Me Chopineaux pour la commune de Porte-de-Savoie et de Me Marie pour la société ATR Promotion.

Considérant ce qui suit :

1. Le 28 mars 2022 par le maire de la commune de Porte-de-Savoie à délivré à la société ATR Promotion un permis de construire pour la réalisation de quatre maisons comportant chacune deux logements. Mme B en demande l'annulation. Un permis de construire modificatif a été délivré le 26 octobre 2022.

Sur le dossier de permis de construire :

2. Le dossier de permis de construire comprend un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ainsi que deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et le paysage lointain. Il satisfait ainsi aux exigences de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, étant précisé qu'il n'avait pas, à ce titre, à justifier de son incidence sur l'ensoleillement de la propriété de Mme B, qui relève des droits des tiers.

Sur la desserte en électricité :

3. L'article L. 111-11 du code de l'urbanisme prévoit que le permis de construire ne peut être accordé lorsque des travaux portant sur les réseaux publics sont nécessaires pour assurer la desserte du projet et que l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai ces travaux doivent être exécutés.

4. Le permis de construire initial du 28 mars 2022 prévoit une extension du réseau d'électricité mentionnée à l'article 3 de l'arrêté, ce qui témoigne du fait que la commune a décidé de procéder à cette extension. En conséquence, le permis de construire a été délivré sans méconnaître les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ni l'article Ud4 du règlement du plan local d'urbanisme qui impose un raccordement électrique.

Sur la gestion des eaux pluviales :

5. L'article Ud4 du règlement du plan local d'urbanisme dispose notamment que " Le constructeur réalisera les dispositifs appropriés pour une évacuation vers un exutoire agréé par la commune. En l'absence de réseau d'eaux pluviales, celles-ci devront être absorbées par le terrain ".

6. Ces dispositions n'ont ni pour objet ni pour effet d'imposer un raccordement au réseau d'eaux pluviales lorsque celui-ci existe, en interdisant une infiltration sur le terrain. Dès lors, le moyen doit être écarté.

Sur la hauteur des constructions :

7. L'article Ud10 du règlement prévoit notamment que " la hauteur des constructions, mesurée à partir du sol existant avant travaux jusqu'au-dessus de la sablière, ne peut excéder 6 m ".

8. Le plan de masse fait apparaître pour chacune des constructions une hauteur de 5,98 m à la sablière. Aucun autre élément du dossier ne tend à démontrer que cette mesure serait erronée alors que le terrain est pratiquement plat. En conséquence, l'article Ud10 n'a pas été méconnu.

Sur l'aspect du projet :

9. L'article Ud11 du règlement dispose que : " En aucun cas les constructions installations et divers modes d'utilisation du sol ne doivent par leur dimension, leur situation ou leur aspect extérieur porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites et aux paysages naturels ou urbains. Il appartient au tribunal de se prononcer sur le respect de ces dispositions, qui ne sont pas moins contraignantes que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

10. En l'espèce, il ne peut être sérieusement soutenu que le projet, qui consiste en la réalisation de quatre maisons comportant chacune deux logements, sans identité architecturale particulière, porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites et aux paysages naturels ou urbains. C'est donc sans erreur d'appréciation au regard de l'article Ud11 que le permis de construire a été délivré.

Sur le respect du principe d'équilibre :

11. Le principe d'équilibre, posé par l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme, ne s'impose qu'aux auteurs des documents d'urbanisme, et ne peut être opposé lors de la contestation d'une autorisation d'urbanisme individuelle. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

Sur le stationnement :

12. L'article Ud12 impose une place de stationnement pour 50 m² de surface de plancher. La surface de plancher créée étant de 891 m², 17 places de stationnement étaient nécessaires.

13. Si le formulaire CERFA du permis de construire initial ne mentionne par erreur que 13 places de stationnement, il ressort clairement des plans que 20 places sont prévues, garages couverts inclus. Dès lors, le moyen doit être écarté.

Sur la nécessité d'un permis d'aménager :

14. Aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ".

15. En l'espèce, si certains plans du dossier de permis de construire identifient des lots et leurs surfaces respectives, le projet est présenté par un pétitionnaire unique et ne prévoit pas de division en propriété ou en jouissance. En conséquence, il n'avait pas à être précédé d'un permis d'aménager un lotissement.

Sur le respect de l'article Ud13 :

16. Aux termes de cet article : " Dans les lotissements ou ensembles bâtis à partir de 5 lots, un espace commun (espace vert ou de détente) de caractère unitaire et de 10% de la surface totale sera imposé (la voirie, les trottoirs, les parkings et les délaissés de terrain ne sont pas pris en compte dans ces 10%). Cet espace commun a vocation à être un élément structurant pour l'opération ".

17. Contrairement à ce qui est soutenu en défense, cette règle ne s'applique pas qu'aux lotissements et le projet, qui emporte réalisation de huit logements y est soumis. En revanche, l'article Ud13 n'impose pas la réalisation d'un espace commun unique, de sorte que la requérante ne peut utilement faire valoir que le projet comporte deux espaces.

18. Mme B se borne à soutenir que le projet initial comporte un espace commun de 247 m² alors que la superficie du terrain est de 4 570 m², sans opérer un calcul des surfaces de voirie, de trottoirs et parkings qui ne sont pas prises en compte par application de l'article Ud13. Dès lors, le moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par ailleurs, si cet espace est localisé en bordure de propriété, il ne peut pour autant être regardé comme non structurant. Au surplus, le projet, dans sa version issue du permis de construire modificatif du 26 octobre 2022, prévoit un espace commun de 302 m², dont il n'est pas soutenu que sa surface serait inférieure aux exigences de l'article Ud13.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

20. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme B doivent dès lors être rejetées.

21. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme B des sommes de 1 500 euros à verser à la commune de Porte-de-Savoie comme à la société ATR Promotion au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 :Mme B versera une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Porte-de-Savoie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 3 :Mme B versera une somme de 1 500 euros à la société ATR au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la commune de Porte-de-Savoie et à la société ATR Promotion.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Portal, première conseillère,

Mme Naillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

Le président, rapporteur,

C. Sogno

La première assesseure,

N. Portal

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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