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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205403

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205403

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205403
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantABECASSIS HENRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 24 août 2022 et le 22 septembre 2022, la communauté d'agglomération Arlysère, représentée par Me Tissot, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la société d'assurances Pilliot de reprendre immédiatement l'exécution de ses obligations contractuelles au titre du lot n°2 " Responsabilité civile et protection juridique " du marché public d'assurances qu'elle a passé avec elle jusqu'à son échéance, le 31 décembre 2024, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre à la société d'assurances Pilliot de lui communiquer sans délai son attestation responsabilité civile pour l'année 2022, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à la société d'assurances Pilliot de mandater un expert d'assurance pour sa représentation dans le cadre des expertises récemment ouvertes ou à ouvrir ;

4°) de mettre à la charge de la société d'assurances Pilliot une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les mesures sollicitées sont urgentes dès lors qu'elle doit assumer seule la responsabilité et la charge financière des dommages qui lui sont imputés alors qu'elle a conclu un contrat d'assurance avec la société défenderesse ; elle est incapable de justifier de sa garantie auprès des différentes assurances ; elle est privée de l'intervention d'experts d'assurance, ce qui l'empêche d'assurer sa défense lors des expertises amiables ;

- les mesures sollicitées sont utiles car aucune stipulation contractuelle n'est mobilisable pour contraindre la société à respecter ses obligations ;

- elles ne se heurtent à aucune contestation sérieuse, le cocontractant lié à une personne publique par un contrat administratif étant tenu d'en assurer l'exécution, sauf en cas de force majeure, et il ne peut notamment pas se prévaloir des manquements de l'administration pour se soustraire à ses propres obligations ; en tout état de cause, en supposant que l'article L. 113-4 du code des assurances soit opposable, la société ne fait état d'aucune circonstance nouvelle justifiant qu'elle puisse se prévaloir d'une aggravation du risque.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 septembre 2022, la société d'assurances Pilliot, représentée par Me Abecassis, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la communauté d'agglomération Arlysère la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la demande n'est pas urgente et qu'elle se heurte à une contestation sérieuse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La communauté d'agglomération Arlysère a conclu avec la société d'assurances Pilliot un marché public de service ayant pour objet la fourniture d'assurances multirisques patrimoine immobilier, responsabilité civile et protection juridique et flotte automobile pour une durée de 5 ans à compter du 1er janvier 2020. Par un courrier du 20 octobre 2021, la société d'assurances a informé la communauté d'agglomération Arlysère de son intention de résilier le lot n°2 " Responsabilité civile et protection juridique " du marché d'assurances dont elle est titulaire. Par un courrier du 14 décembre 2021, la société d'assurances a annoncé à la communauté d'agglomération Arlysère qu'elle majorerait ses conditions tarifaires de 15% à compter du 1er janvier 2022. Par deux courriers du 10 janvier 2022 et du 25 février 2022, la communauté d'agglomération Arlysère a refusé ces majorations, ce qui a conduit la compagnie d'assurance à résilier le contrat " Responsabilité civile " le 26 avril 2022 et à notifier à la communauté d'agglomération la résiliation du contrat " Protection juridique " (contrat n° 000782PJ20) à compter du 1er janvier 2023. Par la présente requête, la communauté d'agglomération Arlysère demande au juge des référés d'enjoindre à la société d'assurances Pilliot de respecter l'ensemble de ses engagements contractuels.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

3. S'il n'appartient pas au juge administratif d'intervenir dans l'exécution d'un marché public en adressant des injonctions à ceux qui ont contracté avec l'administration, lorsque celle-ci dispose à l'égard de ces derniers des pouvoirs nécessaires pour assurer l'exécution du contrat, il en va autrement quand l'administration ne peut user de moyens de contrainte à l'encontre de son cocontractant qu'en vertu d'une décision juridictionnelle. En pareille hypothèse, le juge du contrat est en droit de prononcer, à l'encontre du cocontractant, une condamnation, éventuellement sous astreinte, à une obligation de faire. En cas d'urgence, le juge des référés peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, ordonner au cocontractant, éventuellement sous astreinte, de prendre à titre provisoire toute mesure nécessaire pour assurer la continuité du service public ou son bon fonctionnement, à condition que cette mesure soit utile, justifiée par l'urgence, ne fasse obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse. Les obligations du cocontractant doivent être appréciées en tenant compte, le cas échéant, de l'exercice par l'autorité administrative du pouvoir de modification unilatérale dont elle dispose en vertu des règles générales applicables aux contrats administratifs.

4. Par ailleurs, le cocontractant lié à une personne publique par un contrat administratif est tenu d'en assurer l'exécution, sauf en cas de force majeure, et ne peut notamment pas se prévaloir des manquements ou défaillances de l'administration pour se soustraire à ses propres obligations contractuelles ou prendre l'initiative de résilier unilatéralement le contrat. Il est toutefois loisible aux parties de prévoir dans un contrat qui n'a pas pour objet l'exécution même du service public les conditions auxquelles le cocontractant de la personne publique peut résilier le contrat en cas de méconnaissance par cette dernière de ses obligations contractuelles. Cependant, le cocontractant ne peut procéder à la résiliation sans avoir mis à même, au préalable, la personne publique de s'opposer à la rupture des relations contractuelles pour un motif d'intérêt général, tiré notamment des exigences du service public. Lorsqu'un motif d'intérêt général lui est opposé, le cocontractant doit poursuivre l'exécution du contrat. Un manquement de sa part à cette obligation est de nature à entraîner la résiliation du contrat à ses torts exclusifs. Il est toutefois loisible au cocontractant de contester devant le juge le motif d'intérêt général qui lui est opposé afin d'obtenir la résiliation du contrat.

5. En premier lieu, en ce qui concerne le contrat " Protection juridique " (contrat n° 000782PJ20), dès lors qu'il continue à courir jusqu'au mois de janvier 2023 selon le courrier de résiliation du 22 juin 2022 et qu'aucune pièce au dossier ne permet de conclure à un non-respect de ses obligations contractuelles par la société d'assurances dans ce cadre, l'ensemble des mesures sollicitées ne peuvent présenter ni un caractère d'urgence, ni un caractère d'utilité.

6. En second lieu, en ce qui concerne le contrat " Responsabilité civile " (n° 20VHV0171FLTC), si la communauté d'agglomération fait valoir qu'elle doit assumer seule la responsabilité et la charge financière des dommages qui lui sont imputés, elle n'apporte aucun élément permettant de démontrer que cette charge risque de compromettre la continuité du service public ou de porter une atteinte immédiate à son bon fonctionnement. De plus, si la nomination d'experts afin d'assurer la défense de la personne publique lors des expertises amiables fait partie des obligations contractuelles de la société d'assurances, cette circonstance ne prive pas la communauté d'agglomération de la possibilité d'en nommer elle-même afin de pallier à cette défaillance. Dès lors, les mesures sollicitées ne présentent pas un caractère d'urgence.

7. Au surplus, aux termes du cahier des clauses particulières du marché d'assurances passé par la Communauté d'agglomération Arlysère : " les pièces contractuelles du marché sont les suivantes et, en cas de contradiction entre leurs stipulations, prévalent dans cet ordre de priorité : - L'acte d'engagement (AE) et ses annexes - Le cahier des clauses particulières (CCP) - Le cahier des clauses techniques particulières (CCTP) - Le cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicables aux marchés publics de fournitures courantes et de services, approuvé par l'arrêté du 19 janvier 2009 - Le mémoire justificatif des dispositions prévues par le titulaire pour l'exécution du contrat - L'offre technique et financière du titulaire. () ". Il en résulte que l'acte d'engagement (AE) et ses annexes prévalent sur le cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicables aux marchés publics de fournitures courantes et de services, notamment sur les conditions de résiliation définies aux articles 29 à 36 du CCAG-FCS. Selon l'acte d'engagement du contrat litigieux, les " conditions générales DA du 1er juillet 1987 " lui sont annexées. Ces dernières prévoient la possibilité de résiliation unilatérale sur le fondement des dispositions de l'article L. 113-4 du code des assurances telle qu'elle a été mise en œuvre par la société d'assurances. En l'état, il ne résulte pas de l'instruction que cette mention des conditions générales aurait été rajoutée dans l'acte d'engagement à l'insu de la communauté d'agglomération Arlysère. Dès lors, la demande formulée par la communauté d'agglomération Arlysère se heurte à une contestation sérieuse.

8. Il résulte de ce qui précède que les conditions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne sont pas remplies en l'espèce. La requête de la communauté d'agglomération sera, dès lors, rejetée dans l'ensemble de ses prétentions.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société d'assurances Pilliot sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :.La requête de la communauté d'agglomération Arlysère est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la communauté d'agglomération Arlysère et à la société d'assurances Pilliot.

Fait à Grenoble, le 29 septembre 2022.

Le juge des référés,

C. VIAL-PAILLER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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