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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205513

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205513

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 4
Avocat requérantDABBAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 août 2022, M. A B, représenté par Me Dabbaoui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours avec interdiction de retour d'une durée d'un an et a fixé le pays de destination ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus d'admission au séjour est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il ne peut se voir refuser un droit au séjour qu'il n'a pas sollicité ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Pfauwadel, vice-président.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. C, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. En raison de l'urgence à statuer sur la requête, il y a lieu d'admettre à titre provisoire M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. M. B, ressortissant serbe né le 11 août 2002, est entré irrégulièrement en France avec ses parents le 4 octobre 2019. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile lui a été refusé par une décision d'irrecevabilité de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 18 mars 2022. Par un arrêté du 3 août 2022, le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur le refus d'admission au séjour :

3. Lorsque le préfet se borne dans l'arrêté obligeant un étranger demandeur d'asile à quitter le territoire français, y compris dans le dispositif de cet arrêté, à constater au préalable que l'intéressé s'étant vu refuser le statut de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire, ne dispose donc plus du droit de se maintenir sur le territoire français, une telle constatation qui ne traduit que l'appréciation des conditions prévues par les dispositions applicables pour décider une obligation de quitter le territoire français, ne revêt en elle-même aucun caractère décisoire et n'est donc pas susceptible de faire l'objet de conclusions tendant à son annulation indépendamment de l'obligation de quitter le territoire français qui en procède. Il appartient, par suite, au juge administratif, s'il est saisi de conclusions dirigées contre l'arrêté préfectoral portant obligation de quitter le territoire français en tant qu'il formaliserait une telle constatation, de les déclarer irrecevables et de regarder les moyens dont elles sont assorties comme dirigées contre l'obligation de quitter le territoire elle-même.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir relevé que M. B n'avait pu obtenir le statut de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire, le préfet de la Haute-Savoie s'est borné, dans l'article 1er de l'arrêté contesté, à constater que le requérant ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Il n'a pas, ce faisant, pris une décision susceptible de recours pour excès de pouvoir distincte de l'obligation de quitter le territoire français qui a procédé de cette constatation et que, par suite, les conclusions dirigées contre une telle constatation ne sont pas recevables et doivent être rejetées.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

5. Il résulte de ce qui vient d'être exposé que M. B ne peut se prévaloir de l'illégalité d'une prétendue décision relative au séjour pour demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

6. La décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée.

7. M. B était présent en France depuis seulement deux ans et dix mois à la date de l'arrêté attaqué et il n'établit pas être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de sa vie. S'il soutient justifier d'attaches privées en France, il ne le démontre par aucune pièce. Enfin, il ressort de l'arrêté attaqué qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 9 décembre 2020 à la suite de faits de vol à l'étalage, mesure à laquelle il ne justifie pas avoir déféré. Ainsi, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

8. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, M. B n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

10. Il ressort de l'arrêté attaqué que pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de la Haute-Savoie a, après avoir visé les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment indiqué qu'il n'était pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale, que ce dernier se trouvait depuis seulement deux ans et dix mois sur le territoire français, qu'il ne justifiait pas d'attaches familiales proches et personnelles en France, qu'il n'établissait pas être démuni de lien familial dans son pays d'origine et qu'il avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 9 décembre 2020 pour des faits de " vols à l'étalage ". Par suite, et alors que le préfet de la Haute-Savoie n'était pas tenu de faire état de l'absence de menace à l'ordre public dès lors qu'il n'a pas retenu ce motif, la décision attaquée, qui fait application des critères fixés par les dispositions mentionnées au point 8, n'est pas entachée d'une insuffisance de motivation.

11. En se bornant à faire valoir qu'il a des attaches familiales et personnelles sur le territoire français sans le justifier par aucune pièce au dossier, M. B ne démontre pas qu'en lui faisant interdiction de revenir sur le territoire français pendant un an, le préfet de la Haute-Savoie aurait entaché sa décision d'erreur d'appréciation ou d'une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B aux fins d'annulation de l'arrêté du 3 août 2022 doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur la demande de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français :

13. M. B ne présente pas d'éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Dabbaoui et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

T. C La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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