vendredi 30 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2205527 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 4 |
| Avocat requérant | GERIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 août 2022 et le 7 septembre 2022, M. B E, représenté par Me Gerin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 août 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît son droit à être entendu consacré par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors que cette dernière méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Pfauwadel, vice-président.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- les observations de Me Gerin et celles de M. E, en présence de Mme D, interprète en langue arabe.
Considérant ce qui suit :
1. En raison de l'urgence à statuer sur la requête, il y a lieu d'admettre à titre provisoire M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
2. M. E, ressortissant algérien né en 1991, déclare être entré irrégulièrement en France durant l'année 2017. A la suite de son interpellation par les services de police à la suite d'un vol à l'étalage, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour d'une durée d'un an et a fixé le pays de destination vers lequel il est susceptible d'être reconduit par un arrêté du 27 août 2022 dont M. E demande l'annulation.
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
3. L'arrêté attaqué a été signé par M. A C, sous-préfet à la relance auprès du préfet de l'Isère, qui disposait d'une délégation de signature à l'effet de signer les arrêtés d'obligation de quitter le territoire français dans le cadre de la permanence départementale, consentie par arrêté du 2 février 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte, qui manque en fait, doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
5. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de l'obligation faite à M. E de quitter le territoire français. Notamment, il vise l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que l'intéressé reconnait ne pas avoir effectué la moindre démarche afin de régulariser sa situation administrative et qu'il se maintient de façon irrégulière en France. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la motivation en droit serait insuffisante.
6. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour constitue un principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment exprimé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Il implique que le ressortissant étranger ait la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une mesure d'éloignement.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. E a pu, le 27 août 2022, présenter des observations qui ont été consignées dans un procès-verbal d'audition établi par un agent de police judiciaire à la suite de son interpellation. Il a notamment été interrogé sur ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français ainsi que sur sa situation personnelle et familiale. Il a été avisé qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et a été mis à même de présenter des observations sur cette éventualité. M. E n'établit ni même n'allègue qu'il aurait disposé d'autres informations tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise, à son encontre, la mesure d'éloignement contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction d'une telle mesure. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu et que la décision attaquée est de ce fait entachée d'un vice de procédure.
8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".
9. M. E, qui n'a pas déposé de demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, soutient qu'il est entré en France en 2017 pour bénéficier de soins médicaux et déclare souffrir de troubles anxieux nécessitant une prise en charge spécialisée et un traitement pharmacologique quotidien. Toutefois, les pièces qu'il produit, à supposer qu'elles aient été transmises aux services de la préfecture, n'établissent ni la gravité de son état de santé ni qu'il ne pourrait pas, dans son pays d'origine, bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
11. M. E fait valoir qu'il réside en France depuis cinq ans et qu'il bénéficie d'un traitement adapté à ses pathologies psychiatriques. Toutefois, le requérant, célibataire, ne justifie d'aucune intégration particulière au plan social ou professionnel. S'il soutient résider chez une de ses tantes, il ressort des pièces du dossier qu'il a élu domicile au CCAS de la ville de Grenoble le 8 mars 2022. Par ailleurs, M. E n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Enfin, il n'établit pas, ainsi qu'il a été dit au point 9, qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, et en l'absence de circonstance particulière, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'interessé.
Sur le pays de destination :
12. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
14. Il ressort de l'arrêté attaqué que pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de l'Isère, après avoir visé l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le corps de l'arrêté, a notamment indiqué que ce dernier était entré en France en 2017 sans toutefois être en mesure d'en apporter la preuve ni d'en justifier les conditions, que sa durée de présence est brève eu égard au temps passé hors de France où il a vécu la majeure partie de sa vie et où il s'est nécessairement forgé des liens amicaux, sociaux et familiaux, qu'il déclare avoir une tante sur le territoire mais ne justifie pas de leur lien de parenté ni de la nature de leurs relations alors qu'au regard de son temps passé hors de France, il s'est nécessairement forgé des liens personnels en dehors du territoire national, que même s'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, il reconnait être entré de manière irrégulière sur le territoire français et n'avoir effectué aucune démarche afin de régulariser sa situation administrative, que sa présence représente une menace à l'ordre public en raison de son interpellation le 26 août 2022 pour un vol à l'étalage. Par suite, la décision attaquée, qui fait application des critères fixés par les dispositions mentionnées au point 13 n'est pas entachée d'une insuffisance de motivation.
15. Il résulte des circonstances exposées au point 11 que l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an n'est pas entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé et qu'elle ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E aux fins d'annulation de l'arrêté du 27 août 2022 doivent être rejetées.
17. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Gerin et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
T. F La greffière,
C. Billon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026