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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205587

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205587

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205587
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 août et le 25 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

- d'annuler l'arrêté du 1er août 2022 par lequel la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé la destination d'éloignement en cas de non-respect de ce délai de départ volontaire ;

- d'enjoindre à Mme la préfète de lui délivrer le titre de séjour sollicité l'autorisant à travailler ou de réexaminer son dossier dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour est illégal : l'auteur de l'acte est incompétent ; la commission du titre de séjour n'a pas été saisie alors qu'il peut bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est intervenu en violation du droit d'être entendu, principe général communautaire issu de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; il est insuffisamment motivé ; il méconnaît l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie d'un contrat d'apprentissage en cours de validité et de l'agrément de l'organisme OPCO conformément à la circulaire du 12 juillet 2021 précisant les modalités d'application du code du travail aux travailleurs étrangers ; à la date de l'arrêté, il justifiait d'un contrat d'intérim de moins de trois mois ne nécessitant pas la délivrance d'une autorisation de travail ; il viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français sera annulée en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ainsi que les décisions subséquentes ; elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés le 24 octobre et le 2 novembre 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller, et constaté l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né en juin 2003, a été placé auprès de l'aide sociale à l'enfance le 4 novembre 2019 alors qu'il était âgé de seize ans. A sa majorité, il a obtenu un titre de séjour valable du 3 août 2021 au 2 août 2022 en qualité de travailleur temporaire. Il a demandé le renouvellement de son titre de séjour le 13 juillet 2022. Par l'arrêté attaqué du 1er août 2022, la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours.

2. L'arrêté du 1er août 2022 est signé par Mme Argouarc'h, secrétaire générale de la préfecture de la Drôme, qui disposait d'une délégation de signature, régulièrement publiée, à cet effet.

3. L'arrêté du 1er août 2022 qui comporte les motifs de droit et de fait en constituant le fondement, est suffisamment motivé. La décision de refus de titre de séjour qui est fondée sur l'absence d'autorisation de travail demandée par l'employeur de M. A, prend en compte l'emploi exercé par ce dernier à la date de la décision.

4. M. A a été reçu en préfecture le 13 juillet 2022 lors de la demande de renouvellement de son titre de séjour. Il a ainsi été mis à même de présenter toute observation utile relative à son licenciement intervenu à la fin du mois de juin et n'est, dans ces conditions, pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour serait intervenue en violation du droit d'être entendu, énoncé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

5. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement ".

6. Aux termes de l'article L. 5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. L'autorisation de travail est accordée de droit à l'étranger autorisé à séjourner en France pour la conclusion d'un contrat d'apprentissage ou de professionnalisation à durée déterminée. Cette autorisation est accordée de droit aux mineurs isolés étrangers pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, sous réserve de la présentation d'un contrat d'apprentissage ou de professionnalisation. () " Selon l'article R. 5221-1 du même code : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse (). Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail ".

7. Le 10 septembre 2020, M. A a signé un contrat d'apprentissage afin de préparer un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) de serrurier et s'est vu délivrer une carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire " valable du 3 août 2021 au 2 août 2022. Son niveau scolaire ne lui a pas permis de poursuivre la formation mais il a pu signer un nouveau contrat d'apprentissage le 3 mars 2022 afin de préparer un CAP de peintre - applicateur de revêtement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de sa demande de renouvellement de titre de séjour, le contrat d'apprentissage avait pris fin à la suite d'un différend avec son employeur et qu'il avait signé un contrat de mission temporaire valable du 11 juillet au 6 août 2022. Il n'est ainsi pas fondé à soutenir qu'il justifiait d'un contrat d'apprentissage en cours de validité.

8. En outre, M. A ne conteste pas que son nouvel employeur n'a pas sollicité d'autorisation de travail. S'il se prévaut des termes de la note du 12 juillet 2021 fixant les modalités d'application du code du travail relatives aux travailleurs étrangers et aux autorisations de travail, il n'est pas contesté que ce document n'a jamais été publié sur le site du ministère de l'intérieur. Dans ces conditions, il ne peut se prévaloir du contenu de la note dispensant les titulaires d'une carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire " de solliciter une autorisation de travail dans le cadre de contrats de mission de moins de trois mois.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'entrait pas dans la catégorie d'étrangers susceptibles de bénéficier de plein droit d'un titre de séjour. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète était tenue de saisir la commission du titre de séjour avant de prendre la décision de refus en litige.

10. M. A, entré en France à l'âge de seize ans, y réside depuis moins de trois ans et n'est pas dépourvu d'attaches en Côte d'Ivoire où vivent notamment son frère et sa tante. Les efforts d'intégration entrepris depuis son arrivée sur le territoire ne lui ont pas permis d'obtenir le diplôme préparé et de conserver un emploi. Ainsi, en refusant de délivrer à l'intéressé un titre de séjour et en prononçant, en conséquence de ce refus, une mesure d'éloignement, la préfète de la Drôme n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. La décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, il n'y pas lieu de prononcer, en conséquence, l'annulation de la mesure d'éloignement et des décisions subséquentes.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Albertin et à la préfète de la Drôme

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme C et Mme D, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 202Le rapporteur,

C. C

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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