jeudi 17 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2205599 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DUCHER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er septembre 2022, et un mémoire enregistré le 15 mai 2023 (ce dernier non communiqué), M. D, représenté par Me Larcher, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2022 par lequel le maire de Saint-Martin-d'Hères a accordé un permis de construire à la société KP Promotion pour la construction d'un immeuble de 11 logements ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Martin-d'Hères et de la société KP Promotion une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé, notamment s'agissant de la dérogation au raccordement au réseau de chaleur ;
- le projet méconnait l'article 8.1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Grenoble Alpes Métropole et l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, la prescription du permis de construire relative aux manœuvres des véhicules étant irréalisable ;
- il méconnait les articles UC1 6.2 et 6.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal relatifs aux espaces verts ;
- il méconnait l'article 4.1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques ;
- il méconnait l'article 4.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2022, la commune de Saint-Martin-d'Hères, représentée par Me Fessler, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 février 2023, la société KP Promotion, représentée par Me Ducher, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été prononcée le 31 mars 2023, par ordonnance du même jour, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jourdan, présidente ;
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Larcher pour le requérant, de Me Fessler pour la commune de Saint-Martin-d'Hères et de Me Ducher pour la société KP Promotion.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 4 juillet 2022, le maire de la commune de Saint-Martin-d'Hères a accordé un permis de construire à la société KP Promotion pour la construction d'un immeuble composé de 11 logements sur les parcelles BK 117 et 393, dont M. D sollicite l'annulation.
Sur la compétence :
2. L'arrêté a été signé par M. B C, adjoint délégué au maire, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature en date du 4 juin 2020, affichée le 5 juin 2020 et reçue en préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
Sur la motivation :
3. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables. La motivation n'est pas nécessaire lorsque la dérogation est accordée en application des 1° à 6° de l'article L. 152-6 ".
4. Le requérant soutient que le projet a fait l'objet d'une dérogation à l'obligation de raccordement au réseau de chaleur à laquelle il était soumise, sans que celle-ci ne soit motivée.
5. Le terrain d'assiette du projet est situé dans le périmètre de développement prioritaire du réseau de chaleur de Grenoble Alpes Métropole. L'article 10 des règles communes du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Grenoble Alpes Métropole impose, au sein de ce périmètre, le raccordement des constructions nouvelles à ce réseau " selon les modalités et les cas prévus par les délibérations de classement des réseaux de chaleur (voir en annexe 4_A) ".
6. La délibération du 6 avril 2018 de classement du réseau de chaleur principal, figurant à l'annexe 4A, précise qu'une dérogation à l'obligation de raccordement au réseau de chaleur peut être accordé dans certains cas énumérés. Ces cas concernent notamment les installations alimentées, à plus de 50% sur une année calendaire, par des énergies renouvelables, celles dont les besoins en chaleur sont incompatibles, d'un point de vue technique et de délai, avec le raccordement au réseau, et celles avec une solution alternative plus avantageuse économiquement.
7. Ainsi, la possibilité de dérogation à l'obligation de raccordement au réseau de chaleur était prévue par le PLUi lui-même. Il ne s'agit donc pas d'une dérogation aux règles d'urbanisme existantes, mais d'une application de ces règles. L'exigence de motivation issue de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, qui concerne les dérogations aux règles d'urbanisme existantes, n'était donc pas applicable au projet. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit donc être écarté comme inopérant.
Sur la sécurité de l'accès :
8. Aux termes de l'article 8.1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de (PLUi) de Grenoble Alpes Métropole, commun à toutes les zones : " Les caractéristiques des accès doivent être définies en fonction de l'importance et de la destination des constructions et installations à réaliser, notamment en ce qui concerne la sécurité, la commodité de la circulation (). Les accès doivent être localisés et configurés en tenant compte : () - des conditions permettant l'entrée et la sortie des véhicules sur le terrain sans manœuvre sur la voie de desserte ".
9. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
10. L'arrêté de permis de construire est assorti d'une prescription selon laquelle " aucune manœuvre ou marche arrière ne sera autorisée sur le domaine public ", que le requérant estime irréalisable. Le projet comporte un garage situé au rez-de-chaussée du bâtiment, donnant directement sur l'avenue Ambroise Croizat. Le passage menant à l'avenue Ambroise Croizat présente une largeur de 5,30 mètres, puis 4 mètres et enfin 3,50 mètres au niveau du raccordement. Lors de la rencontre de deux véhicules, l'un sortant du garage et l'autre souhaitant y entrer, le véhicule entrant ne sera pas contraint d'effectuer une marche arrière sur la route pour laisser passer le véhicule sortant, contrairement à ce qu'affirme le requérant. En effet, selon la règle issue de l'article R. 415-9 du code de la route, le véhicule sortant n'est pas prioritaire et doit céder le passage au véhicule entrant. En l'espèce, il lui est possible de reculer à l'intérieur du garage et de se positionner à l'endroit où le passage est plus large. Ainsi, le respect de la prescription émise n'étant pas compromis, le moyen doit être écarté.
Sur les espaces verts :
11. Selon l'article UC1 6.2 du règlement du PLUi applicable à la zone UC1 : " Lorsque l'unité foncière est ( à 1000 m² : - au moins 10 % de sa superficie doivent être traités en espaces verts de pleine terre / - au moins 35 % de sa superficie doivent être traités en espaces végétalisés ou perméables ". Aux termes de l'article 6.2 du règlement du PLUi applicable à toutes les zones : " Les espaces végétalisés ou perméables comprennent : - les espaces de pleine terre précédemment mentionnés (le pourcentage de pleine terre peut donc être inclus dans le pourcentage d'espace végétalisé) () Les espaces végétalisés ou perméables ne comprennent pas : () - les jardinières ".
12. Le tènement doit comporter 35% d'espaces verts, et 10 % d'espaces de pleine terre. L'arrêté de permis de construire et le Cerfa mentionnent une surface de terrain de 874 m², tandis que la notice rapporte une surface de 844,8 m². En prenant la surface la plus élevée, générant les exigences les plus hautes, sont exigés 305,9 m² d'espaces verts (874 x 35%) et 87,4 m² d'espaces de pleine terre (874 x 10 %). En l'espèce, le projet prévoit 306,48 m² d'espaces verts et 221,5 m² de pleine terre. Le requérant soutient que des jardinières ont été indûment inclues dans ce total. Les plans de toiture désignent trois éléments comme des jardinières. Toutefois, ces éléments, compte tenu de leurs dimensions et de leur situation dans le prolongement de la toiture (et non dans des bacs hors sol), ne peuvent être regardés comme des jardinières. Dans ces conditions, le ratio d'espaces verts est respecté. Le moyen doit donc être écarté.
Sur l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques :
13. Aux termes de l'article 4.1 du règlement du PLUi : " Les prescriptions figurant sur l'atlas des formes urbaines : implantations et emprises (document graphique D1) () prévalent sur les règles d'implantation par rapport aux voies figurant dans les règlements de zone. () Lorsqu'au document D1 " Atlas des formes urbaines : implantations et emprises " : - une ligne d'implantation est inscrite, le corps principal de la construction doit être implanté sur cette ligne d'implantation ". L'atlas des formes urbaines matérialise une ligne d'implantation le long de l'avenue Ambroise Croizat. Le corps principal du bâtiment doit ainsi être implanté sur cette ligne. Le lexique du PLUi définit le corps principal du bâtiment comme la " partie du bâtiment ou un bâtiment lorsqu'il y en a plusieurs, qui comporte la porte d'entrée principale ".
14. En l'espèce il ressort du plan d'élévation Nord que la porte d'entrée principale de l'immeuble est située en façade Nord, côté avenue Ambroise Croizat, sur la partie du bâtiment de teinte gris-blanc comportant des balcons. Cette partie doit donc être regardée comme le corps principal du bâtiment. Les saillies, tels que les balcons, sont pris en compte pour le calcul de la distance d'implantation d'un bâtiment par rapport aux voies et emprises publiques. Or les balcons sont situés ici à l'alignement de la voie publique, sur la ligne d'implantation définie dans l'atlas des zones urbaines. La règle d'implantation de ce bâtiment par rapport à la voie publique est donc respectée.
Sur l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives :
15. Aux termes de l'article UC1 4.2 du règlement du PLUi : " Règle générale : Sauf indication contraire mentionnée sur le document graphique D1 " Atlas des formes urbaines : implantations et emprises ", les constructions doivent être implantées comme suit : 1. Sur une profondeur de 20 mètres pour le RDC et de 15 mètres à partir du R+1, comptés à partir de l'alignement ou de la limite de fait, les constructions doivent être implantées en fonction du contexte bâti existant en compatibilité avec les orientations de l'OAP Paysage et biodiversité : - soit sur au moins l'une des limites séparatives, / - soit en retrait, à une distance comptée horizontalement entre tout point de la construction et le point le plus bas et le plus proche de la limite séparative considérée au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à 4 mètres (L = H/2, avec 4,00 m. mini.) () ".
16. En l'espèce, il ressort du plan de masse que sur une longueur de 15 mètres comptée en linéaire à partir de l'alignement (matérialisée en pointillés rouge sur le plan), le bâtiment est implanté sur la limite séparative, comme exigé par l'article. Le moyen doit donc être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de permis de construire du 4 juillet 2022.
Sur les frais de procès :
18. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par le requérant doivent être rejetées.
19. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société KP Promotion et la commune de Saint-Martin-d'Hères au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er :
La requête est rejetée.
Article 2 :
Article 3 :
Article 4 : Les conclusions présentées par la société KP Promotion au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Les conclusions présentées par la commune de Saint-Martin-d'Hères au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Le présent jugement sera notifié à M. A D, à la société KP Promotion ainsi qu'à la commune de Saint-Martin-d'Hères.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jourdan, présidente,
M. Ban, premier conseiller,
Mme Letellier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 août 2023.
La présidente,
D. Jourdan
L'assesseur,
JL. Ban
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2205599
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026