jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2205630 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | MIRAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Miran, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :
- de suspendre l'exécution de la décision du président du conseil départemental de l'Isère en date du 12 août 2022 décidant de la fin de sa prise en charge au titre de son contrat jeune majeur et lui enjoignant de quitter le dispositif au 31 août 2022 ;
- 2°) d'enjoindre au Département de l'Isère de poursuivre sa prise en charge au titre de son contrat jeune majeur, et à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de 8 jours à compter de l'ordonnance à venir ;
- 3°) de condamner le département de l'Isère à payer à son conseil une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative, celui-ci s'engageant à exercer l'option prévue à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et à renoncer à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
M. A B soutient que :
- la decision n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles ont été méconnues ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2022, le Département de l'Isère, représenté par son président, ayant pour conseil Me Cano, conclut au rejet de la requête.
Le Département de l'Isère soutient que :
- aucun des moyens n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 octobre 2022 à 11H30 :
- le rapport de M. Vial-Pailler, vice-président.
- les observations de Me Miran représentant M. A B qui a rappelée qu'une copie de son recours préalable est joint à la requête, l'existence d'une présomption d'urgence et d'une situation financière difficile : le dernier loyer n'a pas pu être payé.
- les observations de M. C pour le département de l'Isère qui a soulevé l'irrececevabilité de la requête dès lors qu'elle n'est pas accompagnée d'une copie de la requête au fond.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. A B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : "Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ()".
3. L'objet même du référé organisé par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est de permettre, dans tous les cas où l'urgence le justifie, la suspension dans les meilleurs délais d'une décision administrative contestée par le demandeur. Une telle possibilité est ouverte y compris dans le cas où un texte législatif ou réglementaire impose l'exercice d'un recours administratif préalable avant de saisir le juge de l'excès de pouvoir, sans donner un caractère suspensif à ce recours obligatoire. Dans une telle hypothèse, la suspension peut être demandée au juge des référés sans attendre que l'administration ait statué sur le recours préalable, dès lors que l'intéressé a justifié, en produisant une copie de ce recours, qu'il a engagé les démarches nécessaires auprès de l'administration pour obtenir l'annulation ou la réformation de la décision contestée. Saisi d'une telle demande de suspension, le juge des référés peut y faire droit si l'urgence justifie la suspension avant même que l'administration ait statué sur le recours préalable et s'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Sauf s'il en décide autrement, la mesure qu'il ordonne en ce sens vaut, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé. Contrairement à ce qui a été soutenu oralement en defense, l'intéressé a justifié, en produisant une copie de ce recours, qu'il a engagé les démarches nécessaires auprès de l'administration pour obtenir l'annulation de la décision contestée.
4. L'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles prévoit désormais, dans sa rédaction issue de la loi n° 2022-140 du 7 février 2022, que sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : " () : 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article. ".
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Saisi d'une demande de suspension de l'exécution d'une telle décision, il appartient, ainsi, au juge des référés de rechercher si, à la date à laquelle il se prononce, ces éléments font apparaître un doute sérieux quant à la légalité d'un défaut de prise en charge.
6. M. A B, né le 30 mai 2003, de nationalité algérienne, est arrivé en France en 2020, alors qu'il était encore mineur. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance dans le cadre d'un placement provisoire du 6 mars 2020, confirmé par un jugement en assistance éducative du 16 mars suivant jusqu'à sa majorité le 30 mai 2021. A sa majorité, il a bénéficié de manière ininterrompue de deux contrats jeunes majeurs successifs, et d'un avenant de prolongation de prise en charge jusqu'au 31 août 2022. Dès le 21 décembre 2021, lors de la formalisation du 2ème contrat jeune majeur, et alors qu'il était inscrit en 2ème année de CAP Boulangerie, il lui avait été précisé qu'il devait anticiper une fin de prise en charge à l'ASE à partir du 31 août 2022. Par une décision en date du 12 août 2022, le président du conseil départemental de l'Isère a refusé de renouveller son contrat jeune majeur et lui a enjoint de quitter le dispositif jeunes majeurs au 31 août 2022 aux motifs, notamment, qu'il : " est accompagné par l'ADATE, qu'il réside en logement autonome depuis le 15 avril 2022, qu'il a bénéficié du suivi d'une équipe éducative pour l'accompagner dans son autonomie et ses démarches d'insertion socio-professionnelle, qu'il perçoit une allocation financière du Département de l'Isère pour régler ses charges et subvenir à ses besoins, que durant l'année scolaire 2021/2022, il était scolarisé en deuxième année de CAP Boulangerie à l'ITMT de GRENOBLE, en apprentissage, que son apprentissage dans l'entreprise Craquant d'Automne a pris fin au 30 juin 2022, qu'il est en arrêt de travail depuis le 12 avril 2022, que ses bulletins scolaires font état d'absences multiples et de faibles résultats sur les deux années de CAP, qu'il n'a pas obtenu son CAP, que le Département de l'Isère l'a accompagné jusqu'à l'aboutissement de son cursus de formation qualifiante, qu'il rencontre des problèmes de santé en cours de diagnostic, que ses douleurs dorsales empêchent désormais le port de charges lourdes et l'obligent à envisager une réorientation professionnelle, qu'il est célibataire et n'a pas d'enfant à charge, qu'il a fait l'objet d'une décision de refus de titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français par la Préfecture de l'Isère en date du 17 mai 2022, qu'au au regard de sa situation administrative, aucune perspective d'accompagnement, de stage ou d'emploi n'est envisageable, qu'il envisage de se réengager dans un parcours de formation en sécurité au lycée Guynemer à Grenoble en septembre 2022, que l'absence de droit au séjour remet en question son insertion socio-professionnelle sur le territoire français. ()".
7. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Eu égard aux effets particuliers d'une décision refusant de poursuivre la prise en charge, au titre des deux derniers alinéas de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, d'un jeune jusque-là confié à l'aide sociale à l'enfance, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsqu'il demande la suspension d'une telle décision de refus. Il peut toutefois en aller autrement dans les cas où l'administration justifie de circonstances particulières, qu'il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l'espèce qui lui est soumise. Enfin, Il résulte des dispositions des articles L. 111-2 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que la circonstance qu'un jeune étranger de moins de vingt et un ans soit en situation irrégulière au regard du séjour ne fait pas obstacle à sa prise en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance.
8. Le Département de l'Isère fait uniquement valoir que le requérant ne justifie pas que la situation d'urgence dont il se prévaut est consécutive à la décision du Département, qu'au contraire, lorsqu'il fait état d'une absence de revenus permettant de financer un hébergement ou encore d'une impossibilité d'insertion professionnelle après l'échec à son CAP Boulangerie, il établit lui-même un lien de causalité entre ces situations et la décision prise par la Préfecture de lui retirer son autorisation provisoire de travail, de refuser son titre de séjour, et de l'obliger à quitter le territoire, que c'est la décision préfectorale du 17 mai 2022 qui l'empêche aujourd'hui de travailler. Toutefois, ainsi qu'il a éré dit au point 7, la circonstance qu'un jeune étranger de moins de vingt et un ans soit en situation irrégulière au regard du séjour ne fait pas obstacle à sa prise en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance. Dans ces circonstances, le Département de l'Isère ne conteste pas utilement l'existence d'une situation d'urgence alors que la décision litigieuse a pour effet de mettre fin brutalement à la prise en charge dont bénéficiait l'intéressé depuis sa minorité et d'entraîner immédiatement pour lui de très graves difficultés alors qu'il résulte de la décision attaquée que l'intéressé rencontre des problèmes de santé en cours de diagnostic, que ses douleurs dorsales empêchent désormais le port de charges lourdes et l'obligent à envisager une réorientation professionnelle. En outre, il n'est pas sérieusement contesté que M. B ne bénéficie plus d'un salaire en apprentissage, qu'il n'a plus de ressources, qu'il est sans assistance et qu'il n'est plus en mesure de payer son loyer. Compte-tenu de ces circonstances, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
9. Dans ces circonstances, et en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles au regard de la situation de l'intéressé, alors que la loi n° 2022-140 du 7 février 2022 a renforcé les obligations des départements à l'égard des jeunes majeurs lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction:
10. Eu égard aux motifs de la présente ordonnance, celle-ci implique nécessairement que M. B soit réintégré à titre provisoire au sein du dispositif jeunes majeurs, jusqu'à ce que le Département de l'Isère se soit expressément prononcé sur le recours formé par l'intéressé le 2 septembre 2022. Il y a lieu d'enjoindre au président du conseil départemental de reprendre en charge M. B dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, sous réserve que Me Miran, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge du département de l'Isère le versement à Me Miran de la somme de 900 euros.
O R D O N N E
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du président du conseil départemental de l'Isère en date du 12 août 2022 décidant la fin de sa prise en charge au titre de son contrat jeune majeur de M. B et lui enjoignant de quitter le dispositif au 31 août 2022 est suspendue jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours administratif présenté par l'intéressé.
Article 3 : Il est enjoint au président du conseil départemental de l'Isère de reprendre en charge M. B dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Miran renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, le département de l'Isère versera à Me Miran la somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B, à Me Miran et au Département de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 13 octobre 2022.
Le juge des référés,
C. Vial-Pailler
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026