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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205679

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205679

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205679
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 7
Avocat requérantGERIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2022, M. E D, représenté par Me Gerin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête a été déposée dans le délai de recours contentieux ;

- l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée en droit ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu consacré par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en droit ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle n'a pas été prise à la suite d'un examen sérieux de sa situation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle est privée de base légale dès lors qu'elle repose sur la décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. L'Hôte, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. L'Hôte, vice-président, a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né en 1993, soutient être entré en France en février 2022. Interpellé le 31 août 2022 à l'occasion d'un contrôle d'identité, le préfet de l'Isère a pris, le 1er septembre 2022, un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur la situation de M. D, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A B, chef du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du préfet de l'Isère du 26 juillet 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte en cause manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

5. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de l'obligation faite à M. D de quitter le territoire français. En particulier, il vise l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que l'intéressé ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il n'est pas en possession d'un titre de séjour en cours de validité. Par suite, contrairement à ce que soutient le requérant, cet arrêté est motivé en droit.

6. En deuxième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été interrogé, lors de son audition par les services de police le 1er septembre 2022, sur sa situation administrative et personnelle et ses observations ont été recueillies sur une éventuelle mesure d'éloignement prise à son encontre. Ainsi, il a été en mesure de faire valoir toute observation utile en vue de justifier son maintien en France, préalablement à l'édiction de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. D fait valoir qu'il possède des attaches familiales en France en la présence de son frère et de ses cousins, qu'il entretient une relation amoureuse avec une ressortissante française depuis son arrivée en France et qu'il justifie d'une intégration professionnelle dès lors qu'il travaille en tant que coursier. Toutefois, le requérant est célibataire et sans enfant. Il était présent en France depuis seulement huit mois à la date de l'arrêté attaqué. Il n'est pas dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de sa vie et où résident notamment une partie de ses frères et sœurs. Il ne produit aucune pièce de nature à justifier des attaches personnelles qu'il dit avoir nouées en France. Dès lors, le préfet de l'Isère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont ainsi pas été méconnues. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

11. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que pour prononcer à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de l'Isère a pris en compte l'ensemble des critères mentionnés par les dispositions précitées. Ainsi, alors même que le préfet aurait visé par erreur les anciennes dispositions du 1er alinéa du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'étaient plus en vigueur à la date de la décision contestée, son arrêté n'en est pas moins motivé en droit. Au surplus, les dispositions citées à tort ont été reprises à l'identique par les nouvelles dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur depuis le 1er mai 2021. L'erreur commise n'affecte dès lors que la référence du texte dont il est fait application, pas la règle de droit mise en œuvre. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

12. En second lieu, il résulte des circonstances exposées au point 9 que l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an n'est pas entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation du requérant et qu'elle ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, l'arrêté du 1er septembre 2022 rappelle la règle selon laquelle l'étranger peut être reconduit à destination du pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible, mentionne que M. D est de nationalité algérienne, relève qu'il n'établit pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées dans son pays d'origine et constate qu'il ne prétend pas non plus être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment son article 3, en cas de retour dans ce pays. La décision fixant le pays de destination est ainsi suffisamment motivée.

14. En dernier lieu, au vu de ce qui précède, M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté du 1er septembre 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Gerin et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

V. L'HÔTE

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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