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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205705

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205705

jeudi 17 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205705
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET CEDRIC DROUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2022, et un mémoire enregistré le 15 mai 2023 (ce dernier non communiqué), M. D, représenté par Me Larcher, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2022 par lequel le maire de Saint-Martin-d'Hères a accordé un permis de construire à la SCCV Croix Busier pour la construction de deux immeubles comprenant un total de 40 logements et un commerce ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Martin-d'Hères et de la SCCV Croix Busier une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- l'attestation de prise en compte des règles parasismiques n'a pas été versée au dossier de permis de construire ;

- le projet méconnait l'article 4.3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Grenoble Alpes Métropole relatif à l'implantation des constructions les unes par rapport aux autres et l'accès des services de sécurité ;

- le projet méconnait l'article UC1 6.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal relatif aux espaces verts ;

- il méconnait l'article 10 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal relatif au raccordement au réseau chaleur.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 26 octobre 2022 et le 19 décembre 2022, la SCCV Croix Busier, représentée par Me Drouin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, faute pour le requérant d'avoir produit son titre de propriété ;

- la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt pour agir ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2022, la commune de Saint-Martin-d'Hères, représentée par Me Fessler, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été prononcée le 31 mars 2023, par ordonnance du même jour, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Par courrier du 27 juin 2023, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer, sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, pour permettre la régularisation du vice tiré de la méconnaissance de l'article UC1 6.2 (insuffisance de la surface de pleine terre).

Par un mémoire enregistré le 28 juin 2023, la SCCV Croix Busier a présenté ses observations sur l'application éventuelle de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire enregistré le 30 juin 2023, la commune de Saint-Martin-d'Hères a présenté ses observations sur l'application éventuelle de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jourdan, présidente rapporteure ;

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Larcher pour le requérant, de Me Fessler pour la commune de Saint-Martin-d'Hères et de Me Lange pour la SCCV Croix Busier.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 6 juillet 2022, le maire de la commune de Saint-Martin-d'Hères a accordé un permis de construire à la SCCV Croix Busier pour la construction de deux immeubles, le bâtiment A composé de 30 logements et le bâtiment B composé de 10 logements sociaux et un commerce. M. D en sollicite l'annulation.

Sur la légalité du permis de construire :

Sur la compétence :

2. L'arrêté a été signé par M. B C, adjoint délégué au maire, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature en date du 4 juin 2020, affichée le 5 juin 2020 et reçue en préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

Sur l'attestation de prise en compte des règles parasismiques :

3. Aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : () e) Dans les cas prévus par les 4° et 5° de l'article R. 125-17 du code de la construction et de l'habitation, un document établi par un contrôleur technique mentionné à l'article L. 111-23 de ce code, attestant qu'il a fait connaître au maître d'ouvrage son avis sur la prise en compte, au stade de la conception, des règles parasismiques et paracycloniques prévues par l'article L. 563-1 du code de l'environnement ".

4. Le projet est situé en zone de sismicité 4 (moyenne) et le denier niveau du bâtiment se situe à plus de 8 mètres par rapport au sol. L'attestation de prise en compte des règles parasismiques, en date du 1er avril 2022, est produite à l'instance par le pétitionnaire. Le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de permis sur ce point doit donc être écarté.

Sur l'implantation des constructions les unes par rapport aux autres et l'accès des véhicules de sécurité :

5. Aux termes de l'article 4.3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Grenoble Alpes Métropole, applicable à toutes les zones : " L'implantation des constructions principales les unes par rapport aux autres sur une même propriété doit permettre de préserver leur salubrité et leur éclairement et permettre l'accès des véhicules de sécurité ".

6. En premier lieu, le requérant soutient que le bâtiment A, implanté au Nord et d'une hauteur plus importante que le bâtiment B, va priver ce dernier d'ensoleillement. Toutefois, l'article précité cherche à préserver la salubrité et l'éclairement des bâtiments, qui se distingue de leur ensoleillement. Il résulte de l'étude d'impact d'ensoleillement produite dans le cadre du dossier de permis modificatif, que la totalité des pièces de vie dispose d'un éclairage naturel, ce qui a également été certifié dans l'attestation de prise en compte de la règlementation environnementale RE2020 du dossier de permis de construire initial. Ainsi, les exigences de l'article 4.3 sont respectées sur ce point.

7. En second lieu, contrairement à ce qu'affirme le requérant, le bâtiment B, situé plus au Sud, est accessible aux véhicules d'incendie et de secours, notamment via la rue du 19 mars 1962 et la rue le Corbusier qu'il jouxte. Nul besoin pour ces véhicules d'emprunter la voie interne instaurée au rez-de-chaussée entre les deux bâtiments et reliant les deux garages. L'article 4.3 est donc également respecté sur ce point.

Sur les espaces verts :

8. Selon l'article UC1 6.2 du règlement du PLUi applicable à la zone UC1 : " Dans l'ensemble de la zone, sauf en secteur UC1a : Lorsque l'unité foncière est = à 1000 m² et ( 2000 m² : - au moins 15 % de sa superficie doivent être traités en espaces verts de pleine terre / - au moins 35 % de sa superficie doivent être traités en espaces végétalisés ou perméables ". Aux termes de l'article 6.2 du règlement du PLUi applicable à toutes les zones : " Pleine terre : () Sont pris en compte pour la qualification des espaces de pleine terre : - Les espaces de terre végétale, (dont l'épaisseur sera adaptée à la typologie des plantations), libres, non couverts, non bâtis ni en surface ni en sous-sol, permettant la libre infiltration des eaux pluviales et aménagés en espaces verts (pelouses, plantations) ; () Ne sont pas comptabilisés en espaces de pleine terre : () - les espaces de circulation et de manœuvre des véhicules, notamment les espaces enherbés situés entre les roues des véhicules ; () Espaces végétalisés ou perméables : Les espaces végétalisés ou perméables comprennent : - les espaces de pleine terre précédemment mentionnés (le pourcentage de pleine terre peut donc être inclus dans le pourcentage d'espace végétalisé) () ".

9. Le tènement a une superficie totale de 1891 m². Ainsi 661,85 m² (1891 x 35 %) doivent être réalisés en espaces verts, dont 283,65 m² (1891 x 15 %) en pleine terre. En l'espèce, selon les données du dossier de permis, est prévu la réalisation de 662,32 m² d'espaces verts, dont 379,76 m² de pleine terre.

10. Le requérant conteste la surface de pleine terre, estimant qu'elle a été surévaluée. Pour en justifier, il réalise un calcul basé sur les données déclarées par le pétitionnaire. Il part de la superficie totale de la parcelle (1891 m²), dont il déduit l'emprise au sol du projet (1371 m²) ainsi que les stationnements extérieurs enherbés et le cheminement piéton stabilisé (159,49 m²), lesquels ne créent aucune projection verticale et ne sont donc pas intégrés à l'emprise. Il aboutit à un total de 359,86 m² de surface de pleine terre, ce qui excède de 20 m² la surface déclarée. De plus, ce reliquat inclut encore la surface de la voirie permettant d'accéder au bâtiment B.

11. Le pétitionnaire indique qu'une fine bande de terrain située devant le bâtiment A, le long de l'avenue Ambroise Croizat, constitue de la surface de pleine terre qui doit s'ajouter au total du requérant. Toutefois, cette bande étant surplombée par une avancée du bâtiment et des balcons, elle ne peut être regardée comme de la pleine terre au sens du PLUi de Grenoble Alpes Métropole. Dans ces conditions, il n'est pas établi que le ratio d'espaces verts est respecté. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6.2 doit ainsi être accueilli.

Sur le raccordement au réseau de chaleur :

12. L'article 10 du PLUi prévoit une obligation de raccordement des constructions nouvelles au réseau chaleur pour celles comprises dans son périmètre, tel que le projet en litige. L'attestation de la bonne prise en compte des exigences énergie dans le projet, mentionne bien qu'un raccordement au réseau chaleur est prévu. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 10 doit par conséquent être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté n'est entaché que du vice mentionné aux points 9 à 11.

Sur les conséquences de l'illégalité relevée :

14. Le vice mentionné au point précédent est susceptible d'être régularisé. Par suite, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, il y a lieu de surseoir à statuer dans l'attente d'une mesure de régularisation qui devra intervenir dans un délai de quatre mois à compter de la date de notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er :

Il est sursis à statuer sur la requête dans l'attente d'une mesure de régularisation relatif à l'insuffisance de la surface de pleine terre, qui devra intervenir dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 2 :

Article 3 :

Tous droits des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Le présent jugement sera notifié à M. A D, à la SCCV Croix Busier ainsi qu'à la commune de Saint-Martin-d'Hères.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

M. Ban, premier conseiller,

Mme Letellier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 août 2023.

La présidente,

D. Jourdan

L'assesseur,

J.L Ban

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2205705

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