mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2205745 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BAUDOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 septembre 2022, le 27 janvier 2023 et le 14 mars 2023, M. et Mme A et G H, M. et Mme B et I F, MM. D et C J et le syndicat des copropriétaires de l'immeuble Majon Vieille, représentés par Me Arnaud, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2022 par lequel le maire de la commune de Beaufort a délivré à la société 2M constructions un permis de construire un immeuble de 11 logements, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de rejeter les conclusions indemnitaires de la société 2M constructions ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Beaufort et de la société 2M constructions la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- le dossier de permis de construire est incomplet au regard des exigences de l'article II.1.1 du plan local d'urbanisme et du point f) de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme ; les plans PC 3 et PC 5 sont également insuffisants ; le projet méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- le projet méconnaît les articles III.1 du plan local d'urbanisme et R. 111-2 s'agissant des accès au terrain d'assiette ; il méconnaît l'article II.5.1 du plan local d'urbanisme relatif aux stationnements ; le projet n'assure pas une bonne insertion environnementale et méconnaît les articles II.3.1 et II.3.2 du plan local d'urbanisme ; Il comporte des lucarnes interdites par le plan local d'urbanisme ainsi que des murs de soutènement de plus de deux mètres ;
- le projet méconnaît l'article R. 442-10 du code de l'urbanisme dès lors que le règlement du lotissement auquel renvoie le permis d'aménager, fixe pour le lot n°1 une surface de plancher de 300 m² maximum ; la modification du règlement du lotissement sur ce point aurait dû être précédé d'un nouveau permis d'aménager ;
- le projet méconnaît l'article II.2.1 du plan local d'urbanisme ; les combles méconnaissent les dispositions de la page 9 du règlement ;
- le projet méconnaît l'article II.1.1 du plan local d'urbanisme et l'article R. 111-2 s'agissant des risques de glissement de terrain ; il méconnaît le plan de prévention des risques naturels prévisibles ;
- leur recours n'est pas abusif.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 novembre 2022 et le 21 février 2023, la commune de Beaufort, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête ou à la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive dès lors que le recours gracieux a été présenté sans mandat ; les exigences de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme n'ont pas été respectées.
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés le 15 février 2023 et le 4 mai 2023, la société 2M constructions, représentée par Me Baudot, conclut au rejet de la requête ou à la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, à la condamnation des requérants à lui verser une somme de 232 520 euros en réparation du préjudice subi et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive dès lors que le recours gracieux a été présenté sans mandat ; le recours gracieux ne présente aucun moyen de légalité externe ou interne ; les requérants ne justifient pas de leur intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées le 4 septembre 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de considérer les conclusions indemnitaires du pétitionnaire comme irrecevables et le moyen tiré de la méconnaissance du plan local d'urbanisme compte tenu de la hauteur des combles comme tardif au regard des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme et par suite irrecevable.
Un mémoire a été enregistré le 5 septembre 2023, présenté pour les requérants en réponse à ce moyen d'ordre public.
Par courrier du 12 septembre 2023, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la possibilité de mettre en œuvre l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme en vue de régulariser l'arrêté du 1er avril 202Des observations en réponse ont été présentées pour la société 2M constructions le 15 septembre 2023 et pour la commune de Beaufort le 18 septembre 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Holzem,
- les conclusions de Mme E,
- et les observations de Me Arnaud, représentant les requérants, de Me Corbalan, représentant la commune de Beaufort et de Me Poncin substituant Me Baudot, représentant la société 2M constructions.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 31 juillet 2018, le maire de la commune de Beaufort a délivré à la société 2M constructions un permis d'aménager pour la création d'un lotissement de cinq lots pour une surface de plancher maximale de 1 400 m². Le 20 mai 2021, la société 2M constructions a sollicité la délivrance d'un permis de construction un immeuble collectif de onze logements sur le lot n°1. Par l'arrêté attaqué, le maire a délivré le permis de construire sollicité.
Sur les fins de non-recevoir soulevées :
2. En premier lieu, le recours gracieux formé par Mme H au nom des copropriétaires de l'immeuble " Majon Vieille ", et qui demande clairement au maire de retirer l'arrêté de permis de construire délivré, a été adressé à la commune le 10 mai 2022, dans le délai de recours contentieux, et a fait l'objet d'une notification au pétitionnaire le même jour, conformément aux dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Ce recours gracieux a donc eu pour effet de conserver les délais du recours contentieux, peu importe à ce titre qu'il ne présenterait pas de moyen de légalité externe ou interne ou que l'auteure du recours gracieux n'ait pas justifié d'un mandat pour former celui-ci. Au demeurant ce mandat est produit à l'instance. Cette fin de non-recevoir doit par suite être écartée.
3. En deuxième lieu, les requérants fournissent leurs avis de taxes foncières, justifiant ainsi de leur qualité de propriétaires des biens qu'ils occupent. Si les personnes physiques doivent établir le caractère régulier de la détention de leurs biens respectifs au sens de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme, il ne peut en être de même d'un syndicat de copropriétaires pour lequel il n'y a pas lieu de rechercher s'il justifie du caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la méconnaissance de l'obligation fixée par cet article doit être écartée.
3. En dernier lieu, les requérants, propriétaires d'un immeuble situé à proximité immédiate du terrain d'assiette et dont la voie d'accès est implantée sur leur terrain justifient, au regard de l'ampleur du projet en cause, d'un intérêt pour agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme.
Sur les conclusions d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article II.5.1 du plan local d'urbanisme : " () Pour les garages collectifs et/ou en souterrain, il ne sera pas admis de séparation physique entre les stationnements (les box sont interdits). Les places de stationnement imposées doivent être accessibles en période hivernale (pente inférieure à 20%) () ".
5. Il ressort du plan de stationnement PC 2c que le stationnement couvert n°1 présente des séparations physiques sur chacun de ses côtés créant ainsi un box, proscrit par les dispositions du plan local d'urbanisme, la zone de stationnement en question étant à la fois une zone de stationnement collectif et semi-enterrée. Le moyen en cette branche apparaît fondé.
6. En second lieu, aux termes de l'article R. 442-10 du code de l'urbanisme : " Pour les lotissements soumis à permis d'aménager, la surface de plancher maximale autorisée ainsi que les majorations des règles relatives au gabarit et à la densité prévues par le 3° de l'article L. 151-28 et le deuxième alinéa de l'article L. 151-29 peuvent être réparties entre les différents lots soit par le permis d'aménager, soit par le lotisseur à l'occasion de la vente ou de la location des lots () ".
7. Par arrêté du 31 juillet 2018, le maire de la commune de Beaufort a délivré le permis d'aménager sollicité pour la création du lotissement la grosse pierre, autorisant un maximum de cinq lots pour 1 400 m² de surface de plancher et renvoyant au règlement du lotissement le soin de répartir cette surface entre les lots. L'article 14 de ce règlement indiquait qu'était attribuée au lot 1 une surface de plancher de 300 m². En défense il est fait état de ce qu'une modification de ce règlement a été votée attribuant au lot n°1 une surface de plancher de 600 m² pour une surface totale des lots de 1 700 m², sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-10 du code, et que le maire a par arrêté du 16 novembre 2021, acté cette modification. Cependant, il résulte des termes mêmes de l'article R. 442-10 du code de l'urbanisme que seule la délivrance d'un permis d'aménager modificatif aurait pu permettre une telle modification. Par conséquent, les requérants sont fondés à soutenir que le projet contesté, qui présente une surface de plancher de 583 m², ne respecte pas la surface de plancher maximale autorisée par le permis d'aménager.
Sur les conséquences des illégalités soulevées :
8. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ". Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé en vertu de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
9. Invité à présenter des observations quant à la possibilité de régulariser les vices évoqués aux points 5 et 7, le pétitionnaire n'a exposé aucune mesure de régularisation possible, se contentant d'expliquer à nouveau pourquoi il considérait ces moyens comme infondés. Les options qui s'offrent au pétitionnaire pour envisager la réalisation de ce projet sont soit de solliciter la délivrance d'un permis d'aménager modificatif, option qui n'entre pas dans les cas où il peut être fait application des dispositions des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, soit de diviser par deux la surface de plancher du projet en cause. Cette modification de la surface de plancher est telle qu'elle viendrait nécessairement modifier la nature même du projet initial, tant en raison de sa conception intrinsèque qu'en raison de la modification de l'équilibre financier de celui-ci, de sorte qu'il n'apparaît pas qu'un permis de régularisation puisse être envisagé sans bouleversement du projet. Ainsi, le vice relevé au point 7 n'est pas susceptible d'être régularisé et affecte l'ensemble du projet, de sorte qu'il ne peut être fait application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté attaqué doit être annulé.
Sur les conclusions reconventionnelles :
11. Les conclusions indemnitaires, qui ne sont pas présentées par la société pétitionnaire par mémoire distinct en application de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme, sont irrecevables et doivent, par suite être rejetées.
Sur les frais de procès :
12. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Beaufort et la société 2M constructions doivent dès lors être rejetées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Beaufort une somme de 1 500 euros à verser aux requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :L'arrêté du 1er avril 2022 du maire de la commune de Beaufort est annulé.
Article 2 :La commune de Beaufort versera aux requérants une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :Le surplus des conclusions des parties doit être rejeté.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. et Mme H, représentants uniques, à la commune de Beaufort et à la société 2M constructions.
Copie en sera adressée au procureur de la république près le tribunal judiciaire d'Albertville.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Holzem, première conseillère,
Mme Naillon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.
La rapporteure,
J. Holzem
Le président,
C. Sogno
La greffière,
L. Bourechak
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2205745
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026