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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205779

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205779

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205779
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantBOUTHORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 1er septembre 2022, le président de la 9ème chambre du tribunal administratif de Lyon a transmis au tribunal administratif de Grenoble le dossier de la requête par laquelle M. C B, représenté par Me Bouthors, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2022 par lequel la préfète de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. B soutient que :

La décision l'obligeant à quitter le territoire :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité pakistanaise, est entré en France à la date déclarée du 20 juin 2019 afin d'y déposer une demande d'asile. Sa demande a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 26 janvier 2021, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile du 19 juillet 2022. Par un arrêté en date du 29 juillet 2022, la préfète de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les autres conclusions de la requête :

4. L'arrêté attaqué a été signé par Mme Marie Argouach secrétaire générale de la préfecture de la Drôme, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par un arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté, qui manque en fait, doit être écarté.

5. L'arrêté litigieux comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Il est par suite suffisamment motivé.

4. M. B est entré récemment en France et ne justifie d'aucune intégration particulière alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches au Pakistan où réside son épouse. S'il fait valoir qu'il est père d'une enfant française, la jeune D B E, née le 15 mars 2021 à Roanne et qu'il a reconnu le 10 juin 2022, il ne justifie ni de la nationalité française de cette enfant ni, en tout état de cause, qu'il participerait à son éducation ou à son entretien. Dans ces conditions, la préfète de la Drôme n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts pour lesquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour le même motif, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la mesure contestée sur la vie privée et familiale de l'intéressé et celui de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

5. Si M. B, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 26 janvier 2021, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 19 juillet 2022, ainsi au demeurant que par les autorités chargées de l'asile en Grèce, Hongrie, Italie et Allemagne, fait état, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, de risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine à cause de son engagement pour l'indépendance du Cachemire, il ne fait valoir aucune circonstance particulière et ne produit aucun justificatif de nature à établir la réalité et la gravité de ces risques. Par suite, en désignant le Pakistan comme pays de renvoi, la préfète de la Drôme n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Bouthors et à la préfète de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

Le président

J.P. A

La greffière

L. ROUYER

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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