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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205827

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205827

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205827
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGAILLARD OSTER ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 août 2022 et le 19 décembre 2023, la SCI le Cret d'Esty, représentée par Me Gaillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 juin 2022 valant facture du président du syndicat mixte du lac d'Annecy, ainsi que le titre exécutoire du même jour, par lequel il a mis à sa charge une somme de 1 480,70 euros au titre de la participation pour le financement de l'assainissement collectif (PFAC) ;

2°) de la décharger de la PFAC d'un montant de 1 480,70 euros ;

3°) de mettre à la charge du syndicat mixte du lac d'Annecy une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire est entaché d'un défaut de motivation, en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- la créance n'est pas fondée car la participation n'est pas exigible, dès lors que l'immeuble ne produit pas des eaux usées domestiques ;

- la créance n'est pas fondée car l'extension du bâtiment existant réalisée n'est pas raccordée au réseau public d'eaux usées, ni même au bâtiment principal, les points d'évacuation des eaux usées étant tous situés dans le bâtiment existant précédemment ;

- la créance n'est pas fondée car l'extension réalisée ne génère pas de volume d'eaux usées supplémentaire.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 21 novembre 2023, le syndicat mixte du lac d'Annecy, représenté par Me Petit conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SCI le Cret d'Esty une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par lettre du 23 septembre 2024, les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la facture du 30 juin 2022 dès lors que ce document n'est pas décisoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Derollepot, rapporteur,

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public,

- et les observations de Me Borg pour le syndicat mixte du lac d'Annecy.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 août 2016, la société civile immobilière (SCI) Le Crest d'Esty a présenté une demande de permis de construire tendant à l'extension du bâtiment d'activité pour la partie atelier et stockage. Le 18 août 2016, la communauté de commune le Pays d'Alby a informé la SCI Le Crest d'Esty que l'extension envisagée était soumise à la PFAC pour un montant de 7 194,46 euros. Le 30 juin 2020, un titre de recette d'un montant de 1 480,70 euros a été émis par le syndicat mixte du lac d'Annecy, devenu depuis titulaire de la compétence en matière d'assainissement, pour le recouvrement de cette participation. Par la présente requête, la SCI Le Crest d'Esty demande l'annulation de ce titre exécutoire et la décharge de l'obligation de payer cette somme.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de la facture du 30 juin 2022 :

2. La facture du 30 juin 2022 constitue une simple mesure préparatoire du titre exécutoire, lequel revêt seul la qualité de décision faisant grief. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ladite facture sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire du 30 juin 2022 :

3. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ".

4. Un état exécutoire doit indiquer les bases de liquidation de la dette. En application de ce principe, l'administration ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.

5. En l'espèce, le titre exécutoire n°01495 en litige mentionne en objet " ALBY/LEE DE CHAMPS GALERE - PFAC - 25/07/201 ". Ce faisant, il ne précise ni les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il a été émis, ni les éléments de calcul sur lesquels il se fonde. Si le syndicat mixte du lac d'Annecy fait valoir que ce titre était accompagné de la facture explicative afférente et dans laquelle figurait les éléments permettant d'en calculer le montant mis à la charge de la société requérante, le titre exécutoire ne fait pas référence à cette pièce, ni à aucun autre document précisant les bases de la liquidation et les éléments de calcul de la somme réclamée.

6. Il résulte ce qui précède que le titre exécutoire n°01495 en litige émis le 30 juin 2022 doit être annulé.

En ce qui concerne les conclusions à fin de décharge :

7. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre, statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

8. L'annulation du titre exécutoire n°01495 émis le 30 juin 2022 résultant seulement d'un vice de forme, elle n'implique pas, aucun des autres moyens invoqués n'étant susceptible de la fonder, que la SCI Le Cret d'Esty soit déchargée de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par le syndicat mixte du lac d'Annecy doivent dès lors être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du syndicat mixte du lac d'Annecy la somme demandée par la SCI Le Cret d'Esty sur ce même fondement.

D É C I D E :

Article 1er :Le titre exécutoire n°01495 émis le 30 juin 2022 est annulé.

Article 2 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à la SCI Le Crest d'Esty ainsi qu'au syndicat mixte du lac d'Annecy.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, première conseillère,

M. Derollepot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le rapporteur,

A. Derollepot

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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