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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205841

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205841

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205841
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2022-260566 du 10 août 2022 par lequel la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour lui permettant de travailler, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement ou subsidiairement, de réexaminer sa demande sous quinze jours et lui remettre une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de procédure du fait de l'absence de consultation de la commission du titre de séjour ;

- rien ne permet d'établir que l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été recueilli, comme le prescrit l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il a été formulé par un collège régulièrement désigné à cette fin ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- la préfète de la Drôme s'est méprise sur l'étendue de sa propre compétence en se bornant à reprendre l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du même code ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à raison de sa situation personnelle ;

- son droit à une vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui s'exerce en France auprès de toute sa famille, a été méconnu ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour ; elle méconnait les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée des mêmes vices que le refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code dès lors qu'il n'a pas été statué de manière définitive sur sa demande d'asile et que la décision de la Cour nationale du droit d'asile lui a été notifiée avant le prononcé de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire enregistré le 14 décembre 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

La préfète de la Drôme fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par décision du 7 novembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. A C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 5 janvier 2023, Mme B a lu son rapport. Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C est un ressortissant géorgien, âgé de 51 ans. Il déclare être entré en France le 13 novembre 2019. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée, en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile, le 25 mars 2021. Le 29 janvier 2021, l'intéressé a fait l'objet d'un refus d'admission au séjour et d'une mesure d'éloignement, non exécutée. Le 21 mars 2022, il a présenté une demande de titre de séjour en application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 10 août 2022, la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination. Dans la présente instance, M. C en demande l'annulation.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, par un arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, la préfète de la Drôme a donné délégation à Mme Argouarc'h pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision contestée doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué comprend les considérations de droit et les éléments de fait qui le fondent, en particulier les éléments constitutifs de la situation personnelle de M. C. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté serait insuffisamment motivé ni que la préfète de la Drôme n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu () d'un rapport médical établi par un médecin de l'office () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale () est composé de trois médecins (). Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ". L'arrêté susvisé du 27 décembre 2016 précise les conditions de déroulement de la procédure à l'issue de laquelle est émis l'avis du collège de médecins de l'OFII.

5. D'une part, il ressort des pièces produites en défense par la préfète de la Drôme qu'un avis du collège de médecins de l'OFII a été émis le 2 août 2022 concernant l'état de santé de M. C. Le collège était composé de trois médecins de l'OFII dûment désignés par le directeur général de l'OFII. L'avis a été rendu au vu d'un rapport établi le 3 juin 2022 par un médecin non membre de ce collège. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner.

7. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. C, la préfète de la Drôme a fait sien l'avis du collège de médecins émis le 2 août 2022 indiquant que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, l'intéressé peut y bénéficier d'un traitement approprié, qu'il peut voyager sans risque. En outre, elle mentionne que M. C n'a produit aucune pièce permettant de contredire cet avis.

8. M. C soutient qu'il souffre de séquelles d'un anévrisme survenu en 1996, de diabète et d'une hépatite C. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des certificats médicaux du 1er mars 2021 et du 2 septembre 2022 que l'hépatite C a été traitée par du Maviret et qu'à la date du 2 septembre 2022, elle était guérie. Son état de santé ne nécessite donc pas de traitement médical pour cette pathologie. S'agissant des suites de l'anévrisme, M. C ne fait état d'aucun élément qui établirait que la rééducation dont il a besoin ne serait pas disponible en Géorgie. Il en va de même du traitement médicamenteux qui lui est prescrit pour traiter le diabète dont il est atteint. Dans ces conditions, les éléments que le requérant verse au dossier ne suffisent pas pour infirmer l'avis du collège des médecins de l'OFII selon lequel il ne peut pas bénéficier d'un traitement approprié en Géorgie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En outre, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que l'auteur de la décision se serait cru en situation de compétence liée, suite à l'avis défavorable de l'OFII, pour refuser à M. C un droit au séjour.

10. Par ailleurs, M. C ne remplissant pas les conditions pour bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Drôme était tenue de saisir la commission du titre de séjour avant de prendre les décisions de refus de séjour en litige.

11. M. C soutient qu'il réside en France depuis 2019 et que sa vie privée et familiale s'exerce en France auprès de sa famille.

12. Il ressort des pièces du dossier que la présence de M. C sur le territoire national est très récente et qu'il a passé l'essentiel de sa vie en Géorgie. Ses enfants nés en 2001 et 2002, son épouse et sa mère, de même nationalité, ne sont pas en situation régulière. Il ne fait état d'aucune d'intégration par le travail. Les cours de langue dont il se prévaut ne suffisent pas pour caractériser une insertion. En outre, M. C a fait l'objet d'une mesure d'éloignement prononcée le 29 janvier 2021, qu'il n'a pas exécutée, ce qui ne caractérise pas une insertion dans la société française qui repose sur le respect de la loi et des décisions administratives. Enfin, il ne fait état d'aucune circonstance qui ferait obstacle à son retour en Géorgie ou qu'il ne pourrait pas accéder à une prise en charge médicale. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale, tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour directement invoquée contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée par les motifs exposés aux points précédents, ainsi que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, directement invoqués contre cette décision.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

15. Ainsi qu'il a été dit au point 8, les certificats médicaux produits par le requérant ne remettent pas en cause l'avis médical du collège des médecins de l'OFII s'agissant de la disponibilité du traitement en Géorgie. En outre, cet avis a précisé que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :() /4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision./ Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Selon les dispositions de l'article R. 531-19 de ce code : " La date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui figure dans le système d'information de l'office, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ".

17. Il ressort du relevé des informations de la base de données " TelemOfpra ", produit par la préfète de la Drôme, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire en application de l'article R. 531-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, que l'ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile rejetant sa demande d'asile le 25 mars 2021 lui a été notifiée le 8 avril 2021. Ainsi, en l'absence de toute précision permettant de remettre en cause l'exactitude de ces mentions, la préfète de la Drôme justifie de la notification régulière de la décision de la Cour nationale du droit d'asile à M. C. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, c'est à bon droit que la préfète de la Drôme a pu considérer qu'il entrait dans le champ d'application des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'obliger à quitter le territoire français. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Drôme aurait commis une erreur de droit en prenant l'arrêté attaqué.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

19. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions en injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Albertin et à la préfète de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Letellier, première conseillère,

M. Hamdouch, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 19 janvier 2023.

La rapporteure,

C. B

Le président,

J.-P. WYSS

La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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