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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205843

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205843

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 septembre 2022, Mme A B épouse C, représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2022- MRO - 088 du 6 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation tout en la munissant d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B épouse C soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation, ce qui révèle un défaut d'examen de sa situation au regard du travail ;

- les dispositions de l'article L. 423-23 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;

- son droit à une vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui s'exerce en France, a été méconnu ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à raison de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour et des mêmes vices que celui-ci.

Par un mémoire enregistré le 8 décembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 12 octobre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme A B épouse C le bénéfice de l'aide juridique totale.

Par une ordonnance du 26 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 décembre 2022, en application de l'article R. 776-11 du code de justice administrative.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 5 janvier 2023, ont été entendus :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Huard, avocat de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B épouse C est une ressortissante turque, âgée de 68 ans. Elle déclare être entrée en France en juillet 2015. Le 18 mai 2021, elle a présenté une demande de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale et son admission exceptionnelle au séjour, en application de l'article L. 423-23 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 6 juillet 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination. Dans la présente instance, Mme C en demande l'annulation.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté attaqué :

2. L'arrêté attaqué mentionne les éléments de fait propres à la situation familiale de Mme C et les considérations de droit sur lesquels il se fonde. L'arrêté attaqué mentionne que Mme C a présenté son admission exceptionnelle au séjour sans toutefois faire état de l'activité salariée dont elle se prévaut dans ses écritures. Néanmoins, l'arrêté attaqué précise qu'une demande d'informations complémentaires a été présentée à l'intéressée pendant l'instruction de sa demande et qu'elle n'y a pas répondu, ce que l'intéressée ne conteste pas. Ainsi, la circonstance que le préfet n'a pas mentionné l'ensemble des éléments relatifs à l'activité salariée de la requérante ne constitue pas un défaut de motivation. Dans ces conditions, il satisfait à l'obligation de motivation résultant des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu et pour le même motif que précédemment, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Isère n'a pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de la requérante. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Mme C serait entrée en France en 2015 selon ses déclarations. Elle ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales en Turquie où elle a vécu l'essentiel de sa vie et où elle conserve des attaches familiales, notamment ses parents et quatre de ses enfants. En dehors de son époux, de même nationalité et qui n'est pas en situation régulière, Mme C ne fait état d'aucune attache familiale en France. Les témoignages de sympathie de son voisinage ne suffisent pas à constituer une insertion suffisante. Si elle soutient que l'état de santé de son époux nécessite sa présence auprès de lui, elle n'établit pas qu'elle ne pourrait pas continuer à l'assister dans les actes de la vie quotidienne en Turquie. Compte tenu des conditions de son séjour en France, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, il n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de la requérante.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Au regard de ses conditions de son séjour en France telles que rappelées précédemment, la requérante ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels pouvant donner lieu à une admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, la circonstance que Mme C a bénéficié de contrats de travail à durée déterminée à temps partiel ou saisonnier entre août 2018 et août 2019, en qualité d'agent de service, ne saurait à elle seule attester de l'existence de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 435-1 précité.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. L'exception d'illégalité du refus de titre de séjour directement invoquée contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée par les motifs exposés aux points précédents.

9. Les moyens tirés d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de Mme C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions en injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Letellier, première conseillère,

M. Hamdouch, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 19 janvier 2023.

La rapporteure,

C. D

Le président,

J.-P. WYSS

La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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