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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205873

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205873

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205873
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDJINDEREDJIAN KARINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2022, M. D B, représenté par Me Djinderedjian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une personne incompétente à ce titre ;

- le refus de départ volontaire est entaché d'erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas motivée au regard des critères énoncés par l'article L. 612-10 du code ;

- l'arrêté d'assignation à résidence prévoit un lieu de pointage éloigné de son lieu d'assignation à résidence ; la fréquence du pointage est trop importante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme E,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 19 septembre 2022 à 14h au cours de laquelle Mme E a présenté son rapport.

En présence de Mme C, interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14h05.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant du Kosovo, est entré en France le 8 décembre 2021. A la suite du dépôt de sa demande d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Le recours devant la Cour nationale du droit d'asile est pendant. Le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, par arrêté du 13 septembre 2022. Par un arrêté du même jour M. B a été assigné à résidence

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A F, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par le préfet par arrêté publié le 23 août 2022.

En ce qui concerne la mesure d'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

4. D'une part, M. B, célibataire et sans enfant, est entré en France à l'âge de 23 ans et n'est présent sur le territoire que depuis 9 mois à la date de l'arrêté attaqué. S'il se prévaut de la présence de sa sœur, qui bénéficie du statut de réfugié et d'une autre de ses sœurs, dont la demande d'asile serait actuellement en cours d'examen, ces circonstances ne sont pas suffisantes pour justifier d'une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. D'autre part, saisi de sa demande d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a considéré que son récit n'était pas concluant, relevant des déclarations " changeantes et convenues " et surtout non étayées. Il ne produit aucun élément permettant d'établir la réalité des risques qu'il encoure personnellement en cas de retour au Kosovo. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ".

7. Pour priver M. B d'un délai de départ volontaire, le préfet s'est fondé sur l'existence d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement, en raison des déclarations de l'intéressé. Il apparaît qu'il a déclaré le 12 septembre 2022 aux services de la gendarmerie nationale de Thonon-Les-Bains vouloir rester en France, craignant pour sa vie en cas de retour au Kosovo, lors de la procédure de retenue administrative. Mais cette seule circonstance ne saurait suffire à caractériser une intention explicite de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre. De sorte que M. B est fondé à soutenir qu'en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit.

8. Il résulte de ce qui précède que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et l'arrêté d'assignation à résidence, fondés sur l'absence de délai de départ volontaire, doivent être annulés par voie de conséquence.

Sur les conclusions d'injonction :

9. Eu égard à ses motifs, la présente décision n'implique pas qu'un titre de séjour soit délivré à M. B mais seulement que le préfet de la Haute-Savoie procède au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de procès :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Djinderedjian de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

D E C I D E :

Article 1er :

Article 2 :

Article 3 :

Article 4 :

Article 5 :

Article 6 :

Article 7 :M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

L'arrêté du préfet de la Haute-Savoie en date du 13 septembre 2022 est annulé en tant qu'il refuse à M. B un délai de départ volontaire et prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'un délai d'un an.

L'arrêté du 13 septembre 2022 du préfet de la Haute-Savoie, portant assignation à résidence, est annulé.

Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.

L'Etat versera la somme de 1000 euros à Me Djinderedjian, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Djinderedjian et au préfet de la Haute-Savoie. Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

J. E

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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