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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205874

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205874

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS PETIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 septembre 2022 et le 24 février 2023, M. I B, représenté par Me B, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le permis de construire délivré le 13 avril 2022 par le maire de la commune de Valence à M. et Mme G ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de condamner la commune de Valence au versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché de l'incompétence de sa signataire ;

- le dossier de permis de construire est insuffisant au regard de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme en l'absence de plans de façades est et ouest et le plan de coupe étant insuffisant ;

- l'article R. 431-13 du même code est méconnu, en l'absence d'une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine public pour un surplomb sur celui-ci ;

- l'article UB3 du règlement du plan local d'urbanisme est méconnu du fait de la présence de deux accès piétons ;

- l'article UB4 du règlement est méconnu du fait 1) du raccordement à un réseau unitaire des eaux pluviales, 2) de l'absence d'une étude justifiant de la conformité du dispositif d'infiltration prévu au règlement du service d'assainissement collectif, 3) la construction étant susceptible d'aggraver le ruissellement des eaux pluviales vers les propriétés voisines et le domaine public ;

- l'implantation de la construction n'est pas conforme à l'article UB7 ;

- la hauteur excède celle autorisée par l'article UB10 ;

- le nombre de places de stationnement est inférieur à celui requis par l'article UB12 ;

- l'article UB13 est méconnu 1) en l'absence de pièce permettant d'établir le respect des prescriptions relatives aux espaces verts en pleine terre, 2) la plantation d'un arbre de haute tige n'étant pas prévue, 3) l'essence de l'arbre dont la plantation est prévue n'étant pas renseignée ;

- les articles L. 421-6 et R. 111-2 du code de l'urbanisme et l'article 25 de l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation sont méconnus, la fenêtre prévue en R+3 dans la cage d'escalier n'étant pas conforme ;

- les articles L. 421-6 et R. 111-2 du code de l'urbanisme et les articles 40-3 et 45 du règlement sanitaire départemental sont méconnus en raison de la présence d'une pièce d'une surface inférieure à 7 m² et de la présence d'un cabinet d'aisance communiquant directement avec une salle à manger.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2022, la commune de Valence, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de M. B à lui verser une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- l'intérêt pour agir n'est pas démontré ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier,

- le code de l'urbanisme,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sogno,

- les conclusions de Mme André,

- et les observations de Me Dupont pour M. B et de Me Cohendy pour la commune de Valence.

Considérant ce qui suit :

1. Le 13 avril 2022, le maire de Valence a délivré à M. et Mme G un permis de construire un immeuble de trois logements. M. B demande l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur la compétence de la signataire de l'arrêté :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A C qui bénéficiait d'une délégation de fonction du maire, accordée par arrêté du 23 mai 2020, publiée et transmise au contrôle de légalité le même jour, s'agissant notamment des autorisations du droit des sols en matière d'urbanisme. Le moyen tiré de son incompétence doit donc être écarté.

Sur la composition du dossier de permis de construire :

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Si le dossier ne comporte pas les plans de façade est et ouest, c'est que le bâtiment est implanté d'une limite séparative à l'autre, ces façades étant accolées aux immeubles situés sur les parcelles mitoyennes. L'absence de ces plans, requis par l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable, même si le bâtiment autorisé est d'une hauteur légèrement supérieure à celui qu'il jouxte en ouest.

5. De même, il ne ressort pas de l'examen du plan de coupe PC3 qu'il comporte des erreurs ou des insuffisances qui auraient influé sur le sens de la décision attaquée.

6. Enfin, l'article 10 des dispositions générales du règlement écrit du plan local d'urbanisme renvoie au règlement de voirie de la ville de Valence, lequel définit les conditions dans lesquelles sont autorisées les saillies en surplomb. Dès lors qu'il est constant que la voie en cause, la rue Mésangère, est une voie communale, l'autorisation du gestionnaire du domaine public prévue par l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme, n'avait pas à être jointe au dossier.

7. Il résulte de ce qui précède que le dossier de demande de permis de construire est exempt des insuffisances invoquées.

Sur le respect de l'article UB3 du règlement :

8. L'article UB3, qui prévoit que " en règle générale, toute opération doit minimiser le nombre d'accès sur les voies publiques " ne trouve pas à s'appliquer aux accès piétons à un bâtiment. Dès lors, M. B ne peut utilement soutenir que cette règle est méconnue du fait que le bâtiment comporte deux portes d'entrée.

Sur le respect de l'article UB4 du règlement :

9. Aux termes de cet article : " Les eaux pluviales issues de l'ensemble des surfaces imperméabilisées doivent être gérées sur l'emprise du projet. Les systèmes de stockage et d'infiltration doivent être adaptés à la nature du sous-sol, aux contraintes locales et à la réglementation en vigueur. / Lorsque le rejet des eaux pluviales au milieu naturel est envisageable, le rejet est réalisé conformément à la réglementation en vigueur. / Lorsque la gestion de la parcelle ou le rejet au milieu naturel sont impossibles, le rejet au réseau public d'assainissement (eaux pluviales ou eaux usées) peut être autorisé. Le service gestionnaire des réseaux d'assainissement fixera les conditions de rejet tant en termes quantitatif que qualitatif. / () / Les constructions ou aménagements ne doivent en aucun cas créer un obstacle à l'écoulement des eaux ni accentuer le ruissellement des eaux pluviales vers les propriétés voisines ou le domaine public ".

10. En premier lieu, la notice du dossier de permis de construire indique que les eaux pluviales seront gérées sur l'emprise du projet, que le système d'infiltration sera adapté à la nature du sol et que sera fournie une étude de sols avec les dimensionnements des ouvrages de gestion des eaux pluviales. La circonstance que le plan masse matérialise l'emplacement du réseau d'eaux pluviales en limite de la rue Mésangère ne peut à elle seule établir qu'en réalité ces eaux seront rejetées dans un réseau public.

11. En deuxième lieu, en admettant même que le règlement du service d'assainissement collectif de la communauté d'agglomération soit opposable aux autorisations d'urbanisme individuelles en l'absence de renvoi à ce document par le plan local d'urbanisme, son article 20 n'impose la réalisation d'une étude qu'en cas de demande d'un rejet d'eaux pluviales dans un réseau unitaire. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, cette branche du moyen doit être écartée.

12. Enfin, il ne ressort pas du dossier de permis de construire que la construction est susceptible d'aggraver le ruissellement des eaux pluviales vers les propriétés voisines et le domaine public, en méconnaissance de l'article UB4. En particulier, il ne peut être établi au vu du plan PC5 que, contre toute vraisemblance, il n'existerait pas de conduits de descente à partir des gouttières de toit.

Sur le respect de l'article UB7 :

13. Cet article dispose que " dans une bande de 8 m comptée à partir de l'alignement en vigueur, les constructions doivent être implantées d'une limite latérale à l'autre ". Le bâtiment autorisé est implanté d'une limite latérale à l'autre conformément à ces dispositions.

Sur le respect de l'article UB10 :

14. Selon cet article : " Sauf indications contraires portées au document graphique, la différence de niveau entre tout point de la façade d'un bâtiment et tout point de l'alignement opposé ne doit pas excéder la distance comptée horizontalement entre ces deux points majorée de 3 m (E+3m). Pour le calcul de cette distance, il est tenu compte de la largeur d'emprise de la voie existante ou de la largeur de la voie prévue au plan local d'urbanisme (ou à la marge de recul inscrite au plan ou à la limite de la voie privée ".

15. Pour l'application de cette règle de prospect, l'alignement opposé s'entend de la limite de la voie, trottoirs inclus. Il ressort du plan de coupe PC3 que cette règle est respectée.

Sur le respect de l'article UB12 :

16. Cet article impose 1,5 place de stationnement par logement, l'article 5 des dispositions générales prévoyant un arrondi supérieur à partir de 0,5. Le nombre de places requises doit s'apprécier globalement et non logement par logement, comme le soutient M. B. Le projet, comportant trois logements, prévoit cinq places, dans le respect de cet article.

Sur le respect de l'article UB13 :

17. Aux termes de cet article : " La surface des espaces verts doit être égale ou supérieure à 10% de la superficie totale du terrain pour les unités foncières présentant une superficie inférieure à 1 000 m² () Il est précisé que ces espaces verts doivent être aménagés en pleine terre et plantés d'arbres de haute tige à raison d'un arbre minimum pour 100 m² d'espaces verts ".

18. D'une part, le terrain d'assiette ayant une superficie de 309 m², 30,9 m² d'espaces verts sont requis. Le projet, qui en comporte 31,10 m² respecte cette exigence.

19. D'autre part, la règle relative à la plantation d'arbres de haute tige doit s'apprécier par tranche complète d'espaces verts. Dès lors que le projet n'en comprend que 31,10 m², aucune plantation n'était requise.

Sur le respect des règles de sécurité :

20. M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation, qui a été pris pour l'application du code de la construction et de l'habitation et n'est pas au nombre des règles sanctionnées par le permis de construire. Quant à la circonstance que la fenêtre prévue dans la cage d'escalier du niveau R+3 serait de dimensions trop réduites, elle ne saurait en elle-même justifier un refus de permis de construire sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Sur le respect des règles de salubrité :

21. M. B fait valoir que le projet comporte une pièce à usage de buanderie dont la surface est inférieure à celle prescrite par l'article 40.3 du règlement sanitaire départemental, ainsi qu'un cabinet d'aisance communiquant directement avec la salle à manger, ce qui est interdit par l'article 45 de ce même règlement. Toutefois, la méconnaissance de ces règles, qui sont étrangères à la réglementation de l'urbanisme, ne peut être utilement invoquée. Enfin, la présence de ces pièces ne constitue pas une atteinte à la salubrité publique qui aurait pu justifier un refus de permis de construire sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

22. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation du permis de construire du 13 avril 2022 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les frais d'instance :

23. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent dès lors être rejetées.

24. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Valence au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :M. B versera à la commune de Valence une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. I B, à la commune de Valence et à M. et Mme F et H G.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.

Le président, rapporteur,

C. Sogno

La première assesseure,

A. Bedelet

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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