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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205878

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205878

lundi 24 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205878
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2022, Mme D B, représentée par Me Miran, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 22 juin 2022 portant refus de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'asile, ensemble la décision implicite de rejet de son recours préalable présenté le 8 juillet 2022, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir à son profit le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'OFII et du préfet de l'Isère le versement à son conseil d'une somme de 1200 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'urgence à suspendre la décision attaquée est constituée en raison de sa situation de fragilité, du risque de se retrouver aux mains du réseau de prostitution dont elle est parvenue à s'extraire et de la naissance de son enfant le 1er janvier 2022 ;

- la décision du 22 juin 2022 ne porte pas les nom et prénom de son signataire, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'aucun examen de sa vulnérabilité n'a été effectué ;

- elle méconnaît les articles L. 522-1 et L. 551-16 du même code dès lors qu'elle est en situation de vulnérabilité particulière ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 octobre 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête de Mme B est irrecevable dès lors qu'elle n'est plus éligible au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- l'urgence n'est pas caractérisée ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2022.

Vu

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 14 septembre 2022 sous le n° 2205877 par laquelle Mme B demande l'annulation du refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pfauwadel pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de la date d'audience.

Ont été entendus à l'audience publique du 5 octobre 2022 :

- le rapport de M. Pfauwadel ;

- les observations de Me Miran, avocate de Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Mme B, ressortissante nigériane née en 1991, soutient être entrée sur le territoire français le 22 mars 2018. Elle a présenté une demande d'asile le 23 avril 2018 et a accepté le 6 juin 2018 l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par une décision en date du 23 avril 2021, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé le rejet de sa demande d'asile prononcé le 31 janvier 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). L'OFII a mis fin au versement des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile à compter du mois de mai 2021. Mme B a sollicité le 22 juin 2022 le réexamen de sa demande d'asile et présenté une demande d'asile pour son enfant né le 1er janvier 2022. Il ressort des pièces produites à l'instance que la demande de réexamen a été placée en procédure accélérée aux motifs que l'intéressée avait présenté de faux documents et que la demande n'avait été présentée qu'en vue de faire échec à une mesure d'éloignement, une obligation de quitter le territoire français ayant été édictée à son encontre le 24 juin 2021. Cette demande de réexamen a été déclarée irrecevable par une décision du directeur de l'OFPRA du 30 juin 2022 notifiée le 26 juillet 2022, que Mme B a contestée par un recours enregistré au greffe de la Cour nationale du droit d'asile le 2 septembre 2022 en faisant valoir que le dépassement du délai de recours était dû à un dysfonctionnement de l'association chargée de la distribution du courrier. La demande d'asile présentée pour son enfant a été rejetée par une décision de l'OFPRA que Mme B a contestée par un recours enregistré au greffe de la Cour nationale du droit d'asile le 29 août 2022. Par ailleurs, la directrice territoriale de l'OFII a refusé à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil par une décision du 22 juin 2022. Le recours administratif préalable obligatoire présenté le 8 juillet 2022 a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Mme B demande la suspension de l'exécution de ces deux décisions.

4. Aux termes de l'article L. 551-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le versement de l'allocation pour demandeur d'asile prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; () 2° Lorsque le demandeur : () b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; () ". Aux termes de l'article L. 531-32 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : () 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article ". Enfin, aux termes de l'article L. 551-14 du même code : " Lorsque le droit au maintien de l'étranger a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prend fin dans les conditions suivantes : () 3° Dans les autres cas, au terme du mois au cours duquel a expiré le délai de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, si un recours a été formé, au terme du mois au cours duquel la décision de la Cour nationale du droit d'asile a été lue en audience publique ou notifiée s'il est statué par ordonnance ".

5. A la suite du rejet de sa demande d'asile, Mme A a fait l'objet le 24 juin 2021 d'une obligation de quitter le territoire français. Le recours qu'elle a présenté contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal confirmé par une décision de la cour administrative d'appel de Lyon n° 21LY03811 du 14 juin 2022. En l'état des pièces du dossier, la demande de réexamen de la demande d'asile enregistrée le 22 juin 2022 et déclarée irrecevable par la décision de l'OFPRA du 30 juin 2022 doit être regardée comme ayant été présentée uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A serait, à la date de la présente décision, éligible au bénéfice des conditions matérielles du demandeur d'asile, en application des dispositions précitées. Dès lors, l'urgence à suspendre l'exécution du refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil ne peut être regardée comme établie. Par suite, les conclusions de la requête aux fins de suspension de ce refus doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, les conclusions en injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B, à Me Miran et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 24 octobre 2022.

Le juge des référés,

T. Pfauwadel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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