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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205950

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205950

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205950
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2022, Mme F E, représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté, en date du 21 juillet 2022, par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure ;

3°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- L'arrêté attaqué ne comporte pas la mention lisible du nom et du prénom de son auteur en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Le refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivé ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 28 octobre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il conteste chacun des moyens soulevés par la requérante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Huard, représentant Mme E.

Une note en délibéré présentée pour Mme E a été enregistrée le 17 novembre 202Considérant ce qui suit :

1.Mme F E, ressortissante iranienne née le 6 novembre 1956, a sollicité le 19 avril 2022 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " ascendant à charge ", en déclarant être entrée pour la dernière fois en France le 10 juin 2021 sous couvert d'un visa court séjour portant la mention " ascendant non à charge ". Par l'arrêté attaqué du 21 juillet 2022, le préfet de l'Isère a refusé de faire droit à sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

2.Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".

3.Si la copie de l'arrêté attaqué produite par le requérant ne permet pas de distinguer le nom et le prénom de son auteure, la copie produite par le préfet indique lisiblement qu'il a été signé par Mme D A. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit donc être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4.La décision par laquelle le préfet de l'Isère a refusé à Mme E la délivrance d'un titre de séjour énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet n'étant pas tenu de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France de l'intéressée, celle-ci satisfait à l'obligation de motivation résultant des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, quel que soit le bien fondé des motifs retenus, et ne peut être regardée comme entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.

5.Aux termes de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, parent à charge d'un français et de son conjoint, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour ".

6.Il est constant que Mme E, qui indique elle-même, être entrée sur le territoire français sous couvert d'un visa court séjour, était, à son arrivée en France, dépourvue de tout visa long séjour. Par suite, le préfet de l'Isère pouvait légalement se fonder sur ce seul motif pour lui refuser la délivrance du titre de séjour qu'elle sollicitait sur le fondement de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 423-11 doit être écarté.

7.Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8.Pour soutenir que la décision attaquée a été prise en violation de son droit au respect de la vie privée et familiale, Mme E fait valoir qu'elle est entrée en 2020 pour la dernière fois en France, où résident un de ses fils et sa fille de nationalité française, chez qui elle est hébergée avec ses petits-enfants, et qu'elle a fait preuve d'une véritable insertion dans la société française alors qu'elle serait isolée en Iran, son mari étant décédé et son dernier fils résidant à plus de 1000 kilomètres de son domicile. Il ressort cependant des pièces du dossier que l'intéressée a elle-même déclaré à l'appui de sa demande de titre de séjour être entrée en France pour la dernière fois le 10 juin 2021. Elle n'est de plus pas dépourvue de tous liens privés familiaux dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 64 ans et où résident un de ses fils, rien ne faisant obstacle à ce qu'elle se rapproche de son domicile. Rien ne fait davantage obstacle à ce qu'elle vienne rendre visite à sa famille installée en France sous couvert de visa court séjour, ou inversement. Si elle soutient être prise en charge financièrement en France par sa fille et l'époux de celle-ci, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne disposerait pas de ressources propres suffisantes lui permettant de subvenir à ses besoins dans son pays d'origine, où elle est titulaire d'une pension de réversion. Ainsi, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France, le préfet de l'Isère n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, eu égard aux buts de sa mesure. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9.Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le préfet n'a pas entaché son refus d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10.La décision refusant à Mme E un titre de séjour n'étant pas illégale, elle n'est pas fondée à demander l'annulation, par voie de conséquence de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

11.Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

12.Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme E doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par le requérant à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête susvisée de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E et au préfet de l'Isère, ainsi qu'à Me Huard.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. B et M. C, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

Le rapporteur,

N. C

La présidente,

A. TRIOLET La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2205950

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