Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205953

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205953
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 septembre et 22 novembre 2022, M. B E, représenté par Me Alampi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, une somme de 2 000 euros, étant précisé qu'il y aura renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. B E soutient que :

L'arrêté dans son ensemble :

- est insuffisamment motivé et entaché de défaut d'examen ;

- est entaché d'incompétence.

La décision de refus de titre de séjour :

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- méconnaît l'article 8 de la CEDH et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- méconnaît le droit d'être entendu ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- en tant que parent d'enfant français il ne pouvait être éloigné ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Alampi, représentant M. B E, et de Me Ciswicki, représentant le préfet de l'Isère.

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 29 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant congolais né le 9 novembre 1970 déclare être entré en France en décembre 2009. Si sa demande d'asile a été rejetée, il s'est vu délivrer plusieurs titres de séjours mention " vie privée et familiale " valables du 25 novembre 2015 au 17 décembre 2021. Le 17 février 2022, il a demandé le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des articles L. 433-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 29 juillet 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence à statuer sur la requête présentée par M. B E, il y a lieu d'admettre celui-ci, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. Mme A, auteure de la décision attaquée a reçu délégation de signature par un arrêté du préfet de l'Isère en date du 26 juillet 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte doit être écarté.

4. Les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité, le moyen tiré de l'incompétence de l'agent notifiant doit être écarté comme inopérant.

5. L'arrêté attaqué comporte les motifs de fait et de droit qui le fondent. Il est par suite suffisamment motivé.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen de la situation du requérant.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / (). ".

8. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. M. B E est le père d'une enfant française née en 2014. Toutefois, le requérant séparé de la mère de cette enfant depuis 2019 a été condamné, par un jugement du tribunal correctionnel de Grenoble du 26 janvier 2022, pour de multiples faits de violences à l'encontre de son ex-conjointe, à une peine d'un an d'emprisonnement assortie d'un sursis probatoire pendant deux ans. A supposer que l'intéressé ait cherché à participer à l'entretien et à l'éducation de sa fille, il a eu un comportement incompatible avec la condition liée à la contribution à l'éducation de son enfant fixée par les dispositions des articles L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison des violences dont il s'est rendu coupable, notamment en présence de l'enfant. Compte tenu de ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de séjour qui lui a été opposé serait contraire à l'intérêt supérieur de son enfant et méconnaîtrait pour ce motif l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990.

10. Malgré la durée de son séjour en France, les éléments présentés par le requérant et tenant à son insertion professionnelle ne concernent que la période 2021-2022. Il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans et où résident trois de ses enfants, dont un mineur. Il résulte de ce qui précède que le refus d'admission au séjour qui a été opposé à M. B E ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas non plus entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ce refus sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. La décision portant obligation de quitter le territoire français est consécutive au rejet de sa demande de titre de séjour à l'occasion de laquelle le requérant a pu soumettre au préfet les éléments de sa situation. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il disposait d'éléments pertinents tenant à sa situation personnelle et familiale susceptibles d'influer sur le sens de la décision. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu, tel que protégé par les principes du droit de l'Union européenne.

12. La seule qualité de parent d'enfant français ne fait pas obstacle à l'éloignement de l'intéressé qui ne justifie pas contribuer à l'entretien et l'éducation de sa fille.

13. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant qui reprennent les mêmes arguments que ceux développés à l'encontre de la décision de refus de séjour, ne peuvent qu'être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. /Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "

15. En l'absence de circonstances humanitaires particulières, la décision de refus de délai de départ volontaire, qui n'est pas contestée, suffit à fonder l'interdiction de retour sur le territoire français, sans erreur de droit.

16. Compte tenu de la situation du requérant décrite précédemment le préfet n'a ni commis d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnu l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour.

17. Il résulte de ce qui précède que M. B E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

18. Les conclusions de M. B E, partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et à la Préfecture de l'isere.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient

M. Vial-Pailler, président,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

F. C

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.