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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2205966

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2205966

lundi 23 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2205966
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 septembre et 14 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2022 par lequel la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme, si la décision est annulée pour un motif de forme, de réexaminer son dossier et, si la décision est annulée pour un motif de fond, de lui accorder le titre de séjour sollicité l'autorisant à travailler, le tout dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans les quinze jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour est entaché d'incompétence ;

- il n'a pas été précédé de l'avis de la commission du titre de séjour ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont illégales du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elles méconnaissent le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Pfauwadel, président, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né en 1991 est entré en France en septembre 2006 selon ses déclarations, a présenté le 18 juillet 2022 une demande de carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 16 août 2022, la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".

3. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-7 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Si le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.

4. M. A est père d'une enfant française née le 24 janvier 2014 qu'il a reconnue durant l'année de sa naissance. Il ressort notamment des attestations datées des 26 avril 2018 et 18 septembre 2022 de la mère de l'enfant, séparée du requérant, ainsi que de celles de son frère Abdelghani A et de Mme C, régulièrement établies, qu'il contribue à l'éducation de cette enfant en exerçant son droit de visite et d'hébergement. Par un jugement du 20 juin 2019, le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Nîmes a constaté que l'autorité parentale sur l'enfant est exercée conjointement par les deux parents, a fixé la résidence habituelle de l'enfant chez la mère avec accueil par le père une fin de semaine sur deux et la moitié des vacances scolaires, et a dispensé M. A de toute contribution alimentaire en raison de son impécuniosité. Le requérant produit néanmoins une attestation de la mère de son enfant, datée du 23 septembre 2022, corroborée par des tickets de caisse de 2019 et des relevés de virements bancaires effectués entre novembre 2020 et juin 2022, justifiant qu'il participe à l'entretien de son enfant. Il ressort des pièces du dossier que les incarcérations de M. A en 2014, en 2018 et du 27 septembre 2019 au 20 janvier 2022 n'ont pas mis fin à cette participation à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Il remplit ainsi les conditions prévues à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour. Par suite, la préfète de la Drôme était tenue de saisir la commission du titre de séjour. Faute d'une telle consultation, le refus de délivrance du titre de séjour sollicité est intervenu au terme d'une procédure irrégulière. Le défaut d'avis de la commission du titre de séjour ayant privé l'intéressé d'une garantie, le refus de titre doit être annulé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens.

5. Par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et de la décision fixant le pays de destination doivent également être annulées.

6. L'annulation du refus de titre de séjour implique uniquement, eu égard à son motif, que la préfète de la Drôme se prononce de nouveau sur la demande de titre, après avis de la commission du titre de séjour. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de trois mois et, dans l'attente de ce réexamen, de délivrer à l'intéressé dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Albertin, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Albertin de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de la Drôme du 16 août 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Drôme de se prononcer de nouveau, dans le délai de trois mois et après consultation de la commission du titre de séjour, sur la demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire mention "vie privée et familiale" de M. A et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Albertin une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Albertin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Albertin et à la préfète de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul, première conseillère,

Mme Permingeat, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2023.

Le président rapporteur,

T. Pfauwadel

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. BailleulLa greffière,

L. Rouyer

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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