vendredi 17 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2205990 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A (BESCOU & SABATIER) |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 19 septembre 2022 sous le n°2205990, M. D A, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer, à titre principal, une carte de résident permanent Union européenne, à titre subsidiaire, une carte de séjour citoyen Union européenne ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le mois suivant la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il repose sur des faits matériellement inexacts ;
- il méconnaît les articles L. 233-1 et L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 10 du règlement n°492/2011 du Parlement européen et du Conseil du 5 avril 2011 ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une illégalité en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'une illégalité en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle n'est pas motivée ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une illégalité en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle n'est pas motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 19 septembre 2022 sous le n°2205993, Mme C E épouse A, représentée par Me Sabatier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer, à titre principal, une carte de résident permanent Union européenne, à titre subsidiaire, une carte de séjour citoyen Union européenne ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le mois suivant la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il repose sur des faits matériellement inexacts ;
- il méconnaît les articles L. 233-1 et L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 10 du règlement n°492/2011 du Parlement européen et du Conseil du 5 avril 2011 ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une illégalité en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'une illégalité en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle n'est pas motivée ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une illégalité en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle n'est pas motivée.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 janvier 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le règlement (UE) n° 492/2011 du Parlement européen et du Conseil du 5 avril 2011 relatif à la libre circulation des travailleurs à l'intérieur de l'Union ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de Mme Emilie Beytout, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant italien né en 1973, déclare être entré sur le territoire français le 15 mars 2016 et Mme C A, ressortissante italienne née en 1974, déclare être entrée sur le territoire français le 1er septembre 2016, accompagnée de leurs trois enfants mineurs. Ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour " citoyen de l'Union européenne " respectivement le 13 juillet 2021 et le 12 mars 2021. Par les arrêtés attaqués du 21 juillet 2022, le préfet de l'Isère leur a refusé la délivrance d'un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
2. Les requêtes n°2205990 et n°2205993 concernent un couple d'étrangers et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
3. Aux termes de l'article L. 231-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ne sont pas tenus de détenir un titre de séjour. Toutefois, s'ils en font la demande, il leur en est délivré un. ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; [] 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; [] ". Aux termes de l'article R. 233-7 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés au 1° de l'article L. 233-1 conservent leur droit au séjour en qualité de travailleur salarié ou de non-salarié dans les situations suivantes : [] 2° Ils se trouvent en chômage involontaire dûment constaté après avoir exercé leur activité professionnelle pendant plus d'un an et sont inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi ; [] ". Aux termes de l'article L. 234-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. [] ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un contrat à durée déterminée à temps plein en qualité de chauffeur-livreur du 27 avril 2016 au 30 octobre 2016, d'un contrat à durée déterminée à temps partiel en qualité de déménageur du 27 juin 2017 au 30 novembre 2017, d'un contrat à durée indéterminée à temps plein en qualité de chauffeur livreur et monteur de meuble du 1er décembre 2017 au 31 août 2019 et d'un contrat à durée déterminée à temps plein en qualité de chauffeur livreur du 9 septembre 2019 au 31 août 2020. Par ailleurs, M. A justifie avoir créé sa société de transport routier de marchandises de location de véhicules avec chauffeurs et de livraison et montage de meubles et pose de cuisine le 29 décembre 2020 et en être devenu le président après que son associé lui ait cédé ses actions le 30 juin 2022. M. A produit une attestation d'un expert-comptable datée du 5 septembre 2020 mentionnant que sa société est en mesure de fixer une rémunération à son futur dirigeant et que son salaire brut mensuel s'élèvera à 2000 euros. Enfin, le requérant produit également le bilan comptable de sa société pour 2021 mentionnant un chiffre d'affaire annuel de 78 241 euros, sa déclaration au titre de l'impôt sur les sociétés pour 2021 mentionnant un bénéfice de 9353 euros et ses déclarations au titre de la taxe sur la valeur ajoutée pour les sept premiers mois de l'année 2022. Ainsi et au sens de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A doit être regardé comme ayant exercé en France une activité professionnelle réelle et effective depuis le 27 avril 2016 et Mme A comme étant membre de famille rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 1°.
5. Dès lors et au sens de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. et Mme A ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédant les arrêtés attaqués du 21 juillet 2022 et ont acquis un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. Par suite, le préfet de l'Isère a méconnu l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en leur refusant la délivrance d'un titre de séjour et, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, les arrêtés attaqués du 21 juillet 2022 doivent être annulés.
6. Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. et Mme A une carte de séjour " citoyen UE/EEE/Suisse-Séjour permanent-Toutes activités professionnelles " dans le mois suivant la notification du jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
7. L'État versera une somme globale de 1500 euros à M. et Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 21 juillet 2022 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. et Mme A une carte de séjour " citoyen UE/EEE/Suisse-Séjour permanent-Toutes activités professionnelles " dans le mois suivant la notification du jugement.
Article 3 : L'État versera une somme globale de 1500 euros à M. et Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Mme C E épouse A, à Me Sabatier, et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Wyss, président,
M. Hamdouch, premier conseiller,
Mme Letellier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.
Le président-rapporteur,
J.-P. B
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
S. Hamdouch
La greffière,
V. Joly
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2205990
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026