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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206037

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206037

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206037
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2022, Mme A C épouse D, représentée par Me Cabane, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2022 par lequel la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire dans un délai d'un mois ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour " vie privée ou familiale " en qualité de conjointe d'un ressortissant français et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour " dans l'attente du jugement à intervenir " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 600 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 novembre 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse D, ressortissante arménienne née en 1992, a sollicité le 6 juillet 2022 un titre de séjour en qualité de conjointe de français sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué, la préfète de la Drôme a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours au motif qu'elle ne justifie pas d'un visa long séjour et qu'elle ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme C épouse D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité du refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 423-1 du même code : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

4. La requérante ne conteste pas qu'elle ne disposait pas d'un visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lors de son entrée en France. Ainsi, elle ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si elle soutient remplir les conditions de l'article L. 423-2 du même code, les pièces produites ne sont pas suffisantes pour établir une vie commune et effective de six mois avec son époux et elle ne conteste pas ne pas être entrée régulièrement sur le territoire national. Ainsi, elle ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

5. La requérante fait valoir qu'elle s'est marié le 18 juin 2022 avec un ressortissant français et qu'elle est enceinte. Cependant, compte de ce qui a été au point précédent, du caractère très récent de l'union de la requérante avec son époux à la date de l'arrêté attaqué et alors qu'il n'est pas établi que la présence de son époux à ses côtés serait indispensable en raison de sa grossesse, l'arrêté de la préfète de la Drôme n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, la mesure d'éloignement prise à l'encontre de l'intéressée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Si la requérante soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant à naître, l'enfant dont il s'agit n'est pas encore né à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :Mme C épouse D est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse D, à Me Cabane et à la préfète de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

A. B

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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