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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206049

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206049

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 septembre 2022 et le 12 décembre 2022, M. A C, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un certificat de résidence algérien " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision refusant le titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il remplit les conditions requises pour bénéficier du dispositif de régularisation prévu par la circulaire du 28 novembre 2012 ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a fait l'objet d'une abrogation implicite par la délivrance d'un récépissé ;

- elle est illégale en ce qu'elle procède de la décision de refus de séjour, elle-même illégale ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B, en l'absences des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, né le 19 janvier 1970 à Taher (Algérie), est entré en dernier lieu en France, le 2 octobre 2016 sous couvert d'un visa court séjour valable du 15 août 2016 au 15 janvier 2017 pour une durée de quinze jours. Le 10 août 2021, le requérant a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ou un certificat de résidence algérien " salarié " et, à titre subsidiaire, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 21 juillet 2022, dont M. C demande l'annulation, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme Nathalie Cencic, secrétaire générale adjointe de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par arrêté du 2 février 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, est suffisamment motivé. Il ressort des termes de cet arrêté que le préfet a examiné la situation personnelle du requérant. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen réel de la situation du requérant doivent par suite être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention "salarié" : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité et un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné des pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent. ".

5. Il résulte de ces stipulations qu'un certificat de résidence portant la mention " salarié " ne peut être délivré à un ressortissant algérien que s'il justifie présenter un contrat de travail visé par la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS), ou une autorisation de travail ainsi qu'un visa de long séjour.

6. M. C soutient que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée du fait de l'absence d'un visa long séjour alors qu'il demandait au préfet de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

7. L'arrêté du 21 juillet 2022 mentionne, d'une part, que M. C a produit une promesse d'embauche pour un emploi de maçon pour le compte de la société Wirama Pro et qu'il ne démontre pas être dans l'impossibilité de se réinsérer professionnellement hors de France, d'autre part, qu'il ne disposait pas d'un visa de long séjour. Ces motifs justifient légalement la décision de refus de titre de séjour en litige alors qu'il n'a donc présenté aucun contrat de travail. Par suite, et alors que le préfet a indiqué qu'une mesure dérogatoire n'a pas paru justifiée, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'une erreur de droit.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et filiale " est délivré de plein droit : () 5) Au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. En l'espèce, M. C se prévaut d'une durée de présence en France de 5 ans, qu'il a vécu précédemment en France de 2001 à 2006, qu'il est retourné en Algérie pour s'occuper de ses parents, qui sont aujourd'hui décédés, qu'il est titulaire d'un titre professionnel de maçon et d'une précédente expérience en France dans ce domaine et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche.

10. Toutefois, M. C est célibataire et sans enfant. Si M. C a précédemment vécu en France de 2001 à 2006, il doit être regardé comme un primo-arrivant présent en France depuis son arrivée en 2016. Il ne justifie pas, par les pièces versées à l'instance, d'une résidence ininterrompue sur le territoire français depuis cette date. En outre, M. C n'a entrepris de régulariser sa situation administrative qu'à partir d'août 2021. Il a vécu la majorité de sa vie en Algérie où il a de nombreuses attaches notamment ses six frères et sœurs. Par ailleurs, si M. C bénéficie d'une promesse d'embauche en date du 20 mai 2021 en contrat à durée indéterminée en qualité de maçon, rien ne fait obstacle à ce qu'il s'insère professionnellement en Algérie. Dans ces conditions, malgré une durée de présence relativement importante, il n'établit pas avoir le centre de ses intérêts en France. Il s'ensuit que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien.

11. Pour les mêmes motifs, et eu égard aux conditions de séjour de l'intéressé en France, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. La décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C.

12. En cinquième et dernier lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur, dite circulaire Valls, qui énonce des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, et qui n'a pas été publiée sur le site visé par l'article R. 312-10 du code des relations entre le public et l'administration.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination :

13. Le 18 août 2022, le préfet de l'Isère a délivré un récépissé de demande de carte de séjour à M. C valable jusqu'au 17 septembre 2022. La délivrance de ce récépissé valant autorisation provisoire de séjour postérieurement à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français a, implicitement mais nécessairement, pour effet d'abroger la mesure d'éloignement, même si elle a été notifiée postérieurement. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la mesure portant obligation de quitter le territoire français et des décisions subséquentes, dès lors qu'elles sont désormais dépourvues d'objet.

Sur les conclusions à fin d'injonction et les frais liés au litige :

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation ne pouvant être accueillies, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. C ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination contenues dans l'arrêté du 21 juillet 2022.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La rapporteure,

E. B

La présidente,

D. JOURDAN La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2206049

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