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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206059

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206059

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206059
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET CCMC - CAPRON - MANIEUX - CHOPINEAUX

Texte intégral

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme A,

- et les observations de Me Chopineaux, représentant M. et Mme D, F, représentant la commune de Chambéry et de Me Corbalan, représentant la société Imaprim.

Considérant ce qui suit :

1. La société Imaprim a sollicité, auprès des services de la commune de Chambéry, la délivrance d'un permis de construire pour la démolition d'une maison et la construction d'un immeuble collectif de dix-huit logements sur des parcelles inclues dans l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP) de Chambéry. Par arrêté du 10 mars 2022 le maire de la commune a accordé à la pétitionnaire le permis de construire sollicité. M. et Mme D en demandent l'annulation.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne l'avis de l'architecte des bâtiments de France (ABF) :

2. Aux termes de l'article L. 632-2 du code du patrimoine : " I. L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est () subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine () / Le permis de construire, le permis de démolir, () tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent I ".

3. En premier lieu, dans son avis du 2 mars 2022, l'architecte des bâtiments de France a constaté que le projet méconnaissait les dispositions du règlement de l'AVAP. Il a clairement motivé les prescriptions susceptibles de régulariser le projet au regard de ce règlement, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 632-2 et a précisé que son avis était favorable sous réserve du respect de ces prescriptions, qui ont d'ailleurs été reprises dans l'arrêté de permis de construire. Dans ces conditions l'avis est suffisamment motivé, au sens des dispositions précitées, et n'est entaché d'aucune contradiction.

4. En deuxième lieu, il n'est aucunement établi que l'architecte des bâtiments de France n'a pas pris en compte la présence du château des ducs de Savoie, monument historique en co-visibilité ou même l'ensemble des constructions du secteur, dont celle en cours de classement, puisqu'ils sont inclus dans l'AVAP. Ce moyen doit par suite être écarté.

5. En troisième lieu, il apparaît que le renseignement des matériaux des toitures en bac acier a été porté sur la notice de présentation à la suite de l'avis de l'architecte des bâtiments de France pour prendre en compte ses prescriptions. Il n'est donc aucunement établi que le projet dont a été saisi l'architecte indiquait ce matériau pour les toitures. Son avis n'est donc pas entaché d'erreur d'appréciation au regard de le point 5-2 de l'article V du règlement de l'AVAP.

En ce qui concerne la complétude du dossier :

6. La notice paysagère décrit le quartier dans lequel s'inscrit le projet, précisant tant l'existence de maisons individuelles que celle de l'immeuble collectif " La joie de vivre " en R+6 et ne contient aucune information erronée à ce titre. Elle ne comporte pas de description des immeubles collectifs de l'avenue de Lyon qui effectivement relèvent d'un quartier différent. De même, la notice précise bien que le projet est un bâtiment scindé en deux volumes, informations confirmée par l'ensemble des plans fournis par ailleurs au dossier. Cette notice ne contient aucune information erronée. Enfin, la notice précise également la couleur du sous-bassement qui n'est pas bleu ou jaune mais gris perle. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme n'est pas fondé.

7. Les documents graphiques et photographiques n'apparaissent pas trompeurs. Les photographies de l'existant présentent bien des maisons individuelles, dont celle des requérants, et la projection n'apparaît aucunement trompeuse. La végétation représentée apparaît correspondre au plan de végétalisation également inclus au dossier. Le fait que le plus gros volume du bâtiment soit peu représenté n'est pas en tant que tel de nature à avoir induit le services instructeur en erreur, puisqu'il disposait par ailleurs de toutes les informations nécessaires à l'appréhension de l'impact du projet par les plans de masse, de coupe et les plans de façades. Aucune disposition législative ou règlementaire n'impose la réalisation d'une projection graphique de l'ensemble des façades du bâtiment projeté. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme n'est pas fondé.

En ce qui concerne l'exception d'illégalité du PLUi :

8. Le tènement est classé en zone UC regroupant les principaux quartiers d'habitat collectif de type grands ensembles caractérisés. Il apparaît que le quartier regroupant des maisons individuelles au sud du tènement est lui classé en zone UGi. Le classement UC n'apparaît aucunement entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où le tènement est inclus dans un ilot urbain qui comporte au nord, au nord-ouest et à l'ouest plusieurs grands ensembles collectifs, les quelques maisons individuelles toujours présentes dans le secteur, au nord-est et à l'est, étant clairement résiduelles. Les auteurs du PLUi n'étaient pas tenus par les orientations adoptées par les plans locaux d'urbanisme antérieurs qui sont, par nature, appelés à évoluer au fur et à mesure des modifications physiques des quartiers. Enfin, l'historique des constructions sur le coteau n'enlève rien au fait qu'à l'heure actuel l'ilot dans lequel s'insère le projet est concerné par des collectifs, la préservation de l'historique du quartier étant d'ailleurs assurée par la préservation des maisons individuelles au sud par la zone UGi. Ce classement, cohérent avec l'existant contrairement à ce qui est affirmé, n'est par suite pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le règlement de l'AVAP :

9. En premier lieu, en faisant état de considérations très générales sur le règlement de l'AVAP, sans jamais se prévaloir d'une méconnaissance de dispositions précises qui auraient pu être considérées comme méconnues par le projet, les requérants n'assortissent pas leur moyen des précisions de droit permettant de venir à leur soutien. Au demeurant, aucune disposition du règlement n'interdit à proprement parler la circulation des véhicules sur les espaces bâtis protégés, le projet n'a aucun impact sur la végétation présente sur le terrain voisin alors qu'il n'est aucunement établi que la création d'une noue soit de nature à détériorer les arbres voisins ou empêcher la pousse des arbres à planter au titre du projet et le projet présente une composition du bâtiment en deux volumes permettant d'atténuer l'effet masse du bâtiment. De même il n'est pas plus précisé quelles dispositions s'opposaient à la destruction partielle du mur bahut et la hauteur du projet est conforme aux constructions du secteur.

10. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du point 5-2 de l'article V du règlement de l'AVAP a été soulevé par les requérants dans le mémoire complémentaire du 3 mars 2023, soit plus de deux mois après le premier mémoire en défense. Par conséquent, ainsi que le fait valoir la défense, ce moyen est irrecevable en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

En ce qui concerne l'insertion du projet :

11. Il apparaît que la maison présente sur le tènement, et destinée à être démolie, ne présente aucun intérêt architectural particulier. Par ailleurs, ainsi qu'il a déjà été dit au point 6, la prise en compte des ensembles collectifs présents à proximité immédiate du projet n'apparaît pas méconnaître l'état architectural des lieux. De même, le règlement de l'AVAP n'interdit aucunement la construction de collectifs mais les encadre par des règles strictes. Les noues d'infiltration projetées ne s'opposent aucunement à la plantation d'arbres. Enfin le bâtiment ne sont pas bleus et jaunes, comme l'affirment les requérants, ils présentent un enduit blanc cassé pour le corps du bâtiment et gris clair pour les soubassements. Seuls quelques éléments (partie haute des clôtures et garde-corps) présentent une couleur bleue plutôt foncée (RAL 5007), utilisation de couleur conforme à l'architecture du quartier, et notamment la maison des requérants. La composition du bâtiment en deux volumes avec une rupture de façade sur la liaison des deux volumes permet d'atténuer l'effet masse. Il apparaît par ailleurs que le bâtiment en R+3 ne détonne pas dans l'architecture du quartier, le terrain étant situé à proximité immédiate de la copropriété " la joie de vivre " en R+6 notamment et la maison des requérants étant elle-même en R+2. Le tènement conserve par ailleurs un environnement boisé conformément aux exigences du PLUi réduisant considérablement l'impact visuel du projet. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et UC5 du PLUi et du règlement de l'AVAP ne sont pas fondés.

En ce qui concerne les eaux pluviales et les déchets :

12. D'une part, si les requérants se prévalent d'une méconnaissance des dispositions de l'article UC 9 du PLUi s'agissant de la gestion des eaux pluviales, ils n'établissent aucunement que les moyens mis en œuvre, validés par le service des eaux et alors que l'arrêté contient une prescription relative au respect de l'avis du service, soient insuffisants. Les noues d'infiltration, ne posent pas de problème pour la végétalisation du tènement ainsi qu'il a déjà été dit.

13. D'autre part, s'agissant des ordures ménagères, est projeté un local en sous-sol du bâtiment contenant quatre bacs de 660 litres dont il n'est aucunement établi qu'il soit insuffisant. De même, il n'est pas plus établi que l'aire de collecte des déchets présente sur la voie publique soit insuffisante pour accueillir ces quatre bacs.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées doivent être rejetées.

Sur les frais de procès :

15. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par les requérants doivent dès lors être rejetées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme D une somme de 1 000 euros à verser tant à la commune de Chambéry qu'à la société Imaprim au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 :M. et Mme D verseront à la commune de Chambéry une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :M. et Mme D verseront à la société Imaprim une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et E D, à la commune de Chambéry et à la société Imaprim.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

La rapporteure,

J. C

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2206059

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