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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206066

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206066

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206066
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCOUTAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 21 septembre 2022 et le 6 octobre 2022, Mme A B, représentée par Me Coutaz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 par lequel le préfet de la Savoie a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être renvoyée ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", " ascendant à charge " ou " visiteur " dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen, dans un délai de deux jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle méconnaît les stipulations du a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors que le refus d'admission au séjour est illégal ;

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée pour édicter une telle mesure ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale dès lors que la décision portant refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français sont illégales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2022, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Coutaz, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née en 1959, est entrée en France le 5 mars 2022, selon ses déclarations, sous couvert d'un visa de court séjour à entrées multiples, valable quatre-vingt-dix jours dans les Etats Schengen, sur la période du 1er février 2022 au 1er juillet 2022 portant la mention " famille de français ". Le 29 mars 2022, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 9 août 2022, le préfet de la Savoie a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être renvoyée. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de la Savoie du 9 août 2022 :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 9 août 2022 a été signé par Mme Juliette Part, secrétaire générale de la préfecture de la Savoie, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du 28 juin 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial le jour même. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement d'une des dispositions de l'accord franco-algérien, le préfet n'est pas tenu d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de cet accord même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, si Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait également sollicité une admission au séjour sur le fondement des stipulations du a) de l'article 7 du même accord. Dès lors qu'il ne ressort pas davantage des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Savoie aurait examiné les mérites de la demande de Mme B à l'aune de ces stipulations, le moyen tiré de sa méconnaissance ne peut qu'être écarté comme inopérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien visé ci-dessus : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () b) À l'enfant algérien d'un ressortissant français si cet enfant a moins de vingt et un ans ou s'il est à la charge de ses parents, ainsi qu'aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge. ".

5. Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence au bénéfice d'un ressortissant algérien qui fait état de sa qualité de d'ascendant à charge d'un ressortissant français, peut légalement fonder sa décision de refus sur la circonstance que l'intéressé ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins, ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.

6. Pour refuser la demande de Mme B sur le fondement des stipulations précitées, le préfet de la Savoie a relevé que si sa fille a attesté être la seule à prendre en charge l'intéressée, Mme B ne justifie cependant pas de ses allégations dès lors qu'elle n'a fourni aucun justificatif permettant d'établir sa prise en charge par sa fille et qu'elle ne justifie pas être dans l'incapacité de subvenir à ses besoins de la vie courante en Algérie, pays où résident quatre de ses six enfants et où elle perçoit une pension de réversion. Si la requérante soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations précitées du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, la requérante n'établit toutefois pas, par les justificatifs qu'elle produit, qu'elle serait effectivement à la charge de sa fille et démunie de ressources propres dans son pays d'origine. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet, qui n'a pas commis une erreur de droit en exigeant qu'elle apporte la preuve qu'elle est dans l'impossibilité de subvenir à ses besoins, aurait méconnu les stipulations du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et filiale " est délivré de plein droit : () 5) Au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () " et qu'aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

8. Mme B se borne à soutenir qu'elle n'a plus de proches en Algérie, son pays d'origine, afin de la prendre en charge affectivement et matériellement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle est entrée en France le 5 mars 2022 et que sa présence est donc très récente. En outre, si elle est mère de deux enfants résidant en France dont l'un est français, quatre autres de ses enfants résident en Algérie, son pays d'origine, dans lequel elle a vécu jusqu'à ses soixante-trois ans. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Savoie n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, ainsi qu'il vient d'être mentionné, la décision portant refus d'admission au séjour n'étant pas illégale, Mme B n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté pour le mêmes motifs que ceux énoncés au point 2 du présent jugement.

11. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet, qui a mentionné les dispositions du 3°de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'est référé à la situation personnelle de l'intéressée, a effectivement procédé à un examen particulier de la situation de Mme B avant d'adopter la décision portant obligation de quitter le territoire français, et ne s'est pas estimé en situation de compétence liée pour prendre cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée pour édicter une telle mesure doit être écarté.

12. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation, qui reprennent ce qui a été précédemment développé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus d'admission au titre du séjour, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés au point 8.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. Ainsi qu'il vient d'être mentionné, la décision portant refus d'admission au séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégales, Mme B n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de ces deux décisions à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant de pays de destination.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté du 9 août 2022 par lequel le préfet de la Savoie a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée, doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle pas de mesures d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

16. Les conclusions présentées par Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2023.

La rapporteure,

P. C

La présidente,

D. JOURDAN La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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