jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2206089 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | DJINDEREDJIAN KARINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2022, M. A E B, représenté par Me Djinderedjian, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté, en date du 24 juin 2022, par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait l'article 3-1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire enregistré le 17 novembre 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il conteste chacun des moyens soulevés par le la requérant.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu, au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.
Considérant ce qui suit :
1.M. A E B, ressortissant angolais né le 8 août 1999, déclare être entré en France le 2 janvier 2015, alors qu'il était mineur. Il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Isère à partir du 24 février 2015. Le 17 août 2017, il a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 12 décembre 2017 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 2 mai 2018. Par un arrêté du 21 juin 2018, le préfet de la Haute-Savoie l'a alors obligé à quitter le territoire français. Par une décision du 28 juin 2019, l'OFPRA a rejeté sa demande de réexamen. Le recours qu'il a formé à l'encontre de l'arrêté du 21 juin 2018 du préfet de la Haute-Savoie a été rejeté pour tardiveté par un jugement du 6 août 2019 du tribunal de céans. Le 16 octobre 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 24 juin 2022, le préfet de la Haute-Savoie lui a opposé un refus, qu'il a assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une décision fixant le pays de renvoi.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
2.Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3.Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui est entré en France le 2 janvier 2015 alors qu'il était encore mineur, a obtenu le 7 juillet 2017, un certificat d'aptitude professionnel portant la mention " restaurant ". Ayant ainsi achevé sa formation qualifiante avant même d'avoir atteint sa majorité, il ne remplissait pas les conditions lui permettant de solliciter la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 alors en vigueur. Mal conseillé, et alors qu'il produisait une lettre de recommandation du 27 janvier 2018 du gérant du restaurant dans lequel il avait effectué un stage durant sa formation se disant prêt à l'embaucher dès qu'il disposerait d'une autorisation de travail, il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée, aboutissant ainsi à ce qu'il fasse l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français le 21 juin 2018. Cependant, il est constant qu'il entretient au moins depuis l'année 2019 une communauté de vie avec une ressortissante mauricienne qui réside régulièrement en France, où elle exerce un emploi de vendeuse, et avec qui il a eu un enfant né le 22 avril 2022, nonobstant la circonstance qu'il n'ait pas encore pu faire reconnaitre sa paternité faute de pouvoir justifier de son identité par un document officiel. Il justifie également disposer de deux promesses d'embauche en date du 1er octobre 2021 et du 22 février 2022 pour exercer des emplois à temps plein en lien avec la formation qualifiante qu'il a obtenue. S'il a été condamné, par un jugement du tribunal correctionnel du 6 décembre 2021, à une peine d'emprisonnement de trois mois avec sursis, pour des faits de violence commise sur sa concubine le 19 mai 2021 et ayant entrainé un jour d'ITT, il ressort de l'attestation circonstanciée établie par cette dernière que ces faits de violence, qui présentent un caractère isolé et une gravité relative, sont intervenus dans un contexte de grande tension alors qu'ils hébergeaient à leur domicile la mère de M. B, qui s'était momentanément retrouvée sans logement et avec qui il entretient des relations difficiles. Dans ces conditions, eu égard à ses conditions d'entrée sur le territoire et à la durée de son séjour, à la naissance très récente de son enfant, alors que sa concubine est d'une nationalité différente, de la sienne et à ses perspectives d'intégration professionnelles, M. B est fondé à soutenir, nonobstant sa condamnation pénale et le fait qu'il ait déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, que le refus de titre de séjour qui lui est opposé porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts de la mesure et méconnaît ainsi les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4.Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que la décision contenue dans l'arrêté du 24 juin 2022 portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être annulée. Par voie de conséquence, doivent l'être également les décisions subséquentes contenues dans le même arrêté, portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5.Eu égard aux motifs qui fondent l'annulation, par le présent jugement, de la décision de refus de séjour en litige et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un changement dans les circonstances de fait ou de droit y fasse obstacle, cette annulation implique nécessairement que le préfet de la Haute-Savoie délivre à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, il y a lieu de prescrire au préfet de prendre cette mesure dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6.M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles 37 et 75-I de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté susvisé du préfet de la Haute Savoie en date du 24 juin 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie de délivrer à M. B un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Djinderedjian la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A E B et au préfet de la Haute-Savoie, ainsi qu'à Me Djinderedjian.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. C et M. D, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
Le rapporteur,
N. D
La présidente,
A. TRIOLET La greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2206089
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026