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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206157

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206157

lundi 4 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206157
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLEONEM AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 septembre 2022 et le 17 mars 2023, Mme G I, M. A D et Mme H D, M. F B, représentés par Me Laurent, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le maire de Chamonix Mont-Blanc a accordé à la SARL Ad Consult un permis de construire valant division pour la réalisation de quatre chalets et d'un immeuble collectif sur les parcelles cadastrées section E n°1636, 1642, 4212, 4475 et 4476 au lieu-dit E, ensemble le rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Chamonix Mont-Blanc une somme de 2 000 euros à chacun d'eux au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur recours est recevable ;

- l'arrêté contesté est entaché de l'incompétence de son auteur ;

- le dossier de permis de construire est incomplet au regard de l'article R.431-9 b) ;

- le projet autorisé méconnait les articles UE2, UE3, UE6, UE11, UE12 et UE14 du règlement du plan local d'urbanisme de Chamonix Mont-Blanc.

Par des mémoires en défense enregistrés les 23 et 24 février 2023, la commune de Chamonix Mont-Blanc s'en remet à l'appréciation du tribunal et conclut au rejet des conclusions formées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er mars 2023, la société à responsabilité limitée Ad Consult, représentée par la SELARL Leonem, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 7 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Un courrier a été adressé le 30 janvier 2023 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la date ou de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.

Par une ordonnance du 11 avril 2023, a été prononcée, en application des articles R. 613-1 et R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu :

- la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aubert,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- les observations de Me Motal, représentant la société Ad Consult.

Considérant ce qui suit :

1. La société Ad Consult a demandé le 27 mars 2015 un permis de construire valant division pour la réalisation de quatre chalets et d'un immeuble collectif comportant au total 16 logements sur les parcelles cadastrée section E n°1636, 1642, 4212, 4475 et 4476 au lieu-dit E à Chamonix-Mont-Blanc. Un premier refus lui a été opposé le 22 mai 2015, qui a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Grenoble le 5 octobre 2017, confirmé par la cour administrative d'appel de Lyon le 4 décembre 2018. Un nouveau refus a été opposé à la société Ad Consult par un arrêté du 23 avril 2019. Cette décision a été annulée le 22 mars 2022 par le tribunal administratif de Grenoble, qui a enjoint au maire de Chamonix-Mont-Blanc de délivrer un permis de construire à la société Ad Consult dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Par un arrêté du 15 avril 2022, le maire de Chamonix Mont-Blanc lui a accordé l'autorisation d'occupation du sol sollicitée le 27 mars 2015.

Sur les textes applicables au litige :

2. Aux termes de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un refus opposé à une demande d'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol ou l'opposition à une déclaration de travaux régies par le présent code a fait l'objet d'une annulation juridictionnelle, la demande d'autorisation ou la déclaration confirmée par l'intéressé ne peut faire l'objet d'un nouveau refus ou être assortie de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme intervenues postérieurement à la date d'intervention de la décision annulée sous réserve que l'annulation soit devenue définitive et que la confirmation de la demande ou de la déclaration soit effectuée dans les six mois suivant la notification de l'annulation au pétitionnaire ".

3. Les dispositions d'urbanisme applicables à la demande de permis de construire déposée par la société Ad Consult le 27 mars 2015, et confirmée à deux reprises à la suite des annulations juridictionnelles définitives prononcées par la cour d'appel de Lyon le 4 décembre 2018 et par le tribunal administratif de Grenoble le 22 mars 2022, sont celles qui étaient en vigueur au 22 mai 2015, date du premier refus de permis de construire annulé, et notamment le plan local d'urbanisme de la commune de Chamonix Mont-Blanc dans sa version postérieure à la modification n°6 approuvée le 26 mai 2014.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté du 15 avril 2022 a été signé par M. Jean-Michel Couvert, conseiller délégué en charge de l'urbanisme, qui disposait d'une délégation du 19 juin 2020 pour la délivrance des autorisations en matière de droit des sols. Cet arrêté a été régulièrement transmis en préfecture le jour même et publié au registre des actes administratifs de la commune. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

5. En second lieu, les requérants soutiennent que le dossier de permis de construire ne comprend pas le plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain prévu à l'article R.431-9 b) du code de l'urbanisme. Toutefois, les coupes AA, BB, CC et DD sur terrain naturel de la demande de permis de construire font apparaitre l'implantation des deux chalets M1, des deux chalets M2 et du bâtiment collectif par rapport au terrain naturel. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de permis de construire manque en fait et doit être écarté.

6. En troisième lieu, l'article UE2 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux occupations et utilisations du sol soumises à des conditions particulières a été déclaré illégal par le jugement du tribunal administratif de Grenoble du 22 mars 2022, qui a eu pour effet de remettre en vigueur le document d'urbanisme antérieurement en vigueur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté comme inopérant.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article UE3 du règlement du plan local d'urbanisme : " () b) Les accès doivent présenter des caractéristiques : assurant la sécurité des biens et des personnes, / offrant les commodités de circulation requises par leur usage et celui de la voie sur laquelle ils ouvrent. / c) Les voies privées nouvelles doivent présenter une largeur minimale de bande de roulement de 3,5 m. () Voirie / Les voies publiques et les voies privées ouvertes à la circulation publique doivent permettre le passage et la manœuvre des véhicules des services de sécurité, de ramassage des ordures ménagères et de déneigement. / Les voies en impasse destinées à assurer la desserte de plus d'un terrain comporteront en partie terminale une aire d'une surface et d'une configuration permettant le retournement des mêmes véhicules. () "

8. S'il est exact que le chemin Napoléon, voie d'accès au projet, a une largeur approximative de 3 mètres, il dessert également un grand nombre de constructions individuelles. Compte tenu de ce contexte d'urbanisation existante, il ne peut être regardé comme inadapté à la desserte des 16 logements supplémentaires que comporte le projet, ni comme ne permettant pas le passage et la manœuvre des véhicules des services de sécurité, de ramassage des ordures ménagères et de déneigement. Par ailleurs, il ressort du plan de masse que la voie interne excède dans sa largeur les 3.5 mètres imposés par le document d'urbanisme et qu'elle permet dans sa configuration le retournement des véhicules en partie terminale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UE3 du règlement doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article UE6 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions par rapport aux emprises publiques et aux voies : " Sauf marges de recul spécifiquement portées au plan de zonage, les constructions et ouvrages se tiendront aux distances minimales suivantes depuis l'alignement ou la limite sur voie privée ouverte à la circulation publique en tenant lieu : / établissements industriels autorisés dans la zone : 6 m / autres constructions : 4 m. () "

10. Contrairement à ce qu'indiquent les requérants, il ne ressort pas du plan de masse que le bâtiment collectif sera implanté directement sur la limite de la voie interne au projet. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette voie interne est ouverte au public, de sorte que les requérants ne peuvent utilement soutenir que le projet méconnait l'article UE6 du règlement.

11. En sixième lieu, l'article UE 11 du règlement du plan local d'urbanisme reproduit les dispositions de l'article R. 111-21 du code de l'urbanisme selon lequel " Le permis de construire peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales " en rappelant qu'elles sont applicables en présence d'un PLU et dispose par ailleurs que : " Les constructions, installations et divers modes d'utilisation du sol doivent être adaptées dans leurs dimensions, leur architecture, leur situation et leur aspect extérieur au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'éventuellement aux perspectives monumentales. / Afin d'aider le demandeur ou l'auteur du projet à aboutir à une bonne intégration de la construction envisagée à son environnement naturel et bâti, ainsi qu'à son adaptation au terrain, il lui est conseillé de se référer au Cahier des Recommandations Architecturales joint au présent règlement. / Des modifications ayant pour but d'améliorer l'intégration de la construction à son environnement et son adaptation au terrain pourront être exigées pour l'obtention du permis de construire. () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que le projet de construction doit s'implanter au lieu-dit E, dans le quartier des Bossons, caractérisé par une vue directe sur le Mont-Blanc, le glacier de Taconnaz, le glacier des Bossons et l'aiguille du Midi, et par un habitat diversifié, dont l'affectation principale est le logement et l'hébergement sous forme de maisons individuelles isolées ou groupées. La commune soutient que le projet ne s'insère pas dans son environnement immédiat en ce qu'il induit par sa volumétrie, sa densité et son implantation, une rupture avec le bâti existant et en ce qu'il reproduit une architecture symétrique et quasi-systématique qui contribue à banaliser la forme urbaine. Il ressort cependant des pièces du dossier que le projet prévoit la construction de cinq chalets en R + 1, dont la hauteur est en adéquation avec celles des bâtiments voisins et dont l'implantation décalée tient compte de la déclivité du terrain. L'aspect extérieur, comprenant un soubassement maçonné et un bardage en bois de sapin à l'étage, reprend le caractère architectural local. La notice descriptive prévoit de maintenir l'aspect naturel de prairie des espaces non aménagés. La commune ne démontre pas que les caractéristiques des chalets projetés ne permettraient pas une intégration harmonieuse du projet dans son environnement ou qu'elles seraient incompatibles avec l'objectif des auteurs du PLU de conserver à la zone UE, son caractère aéré et peu dense. Au regard de ces éléments, le projet autorisé ne méconnait pas l'article UE 11 du règlement du PLU de la commune dont les exigences ne sont pas moindres que celles de l'article R. 111-21 du code de l'urbanisme.

13. En septième lieu, aux termes de l'article UE12 du règlement du plan local d'urbanisme : " Le stationnement des véhicules doit être conçu pour répondre l'intégralité des besoins des opérations projetées. ( ) / Il est notamment exigé pour : /1. Les constructions à usage d'habitation sous forme collective : 1 place couverte et fermée par tranche entamée de 40 m² C, sans pouvoir être inférieur à 1 par logement. / 1 place par logement situé dans un programme locatif financé avec un prêt aidé par l'Etat. / 2. Les constructions à usage d'habitation, sous forme individuelle : / 2 places par logement dont une au moins fermée. () "

14. En application de ces dispositions, chacun des huit logements individuels projetés dans les chalets M1 et M2 doit bénéficier de deux places de stationnement dont une fermée. Il ressort de la note de calcul intitulée " CES- stationnement ", du plan de l'abri-voiture (plan°18), de l'état projeté de l'abri-voiture (plan n°19), et enfin du plan du RDC des chalets M1 (plan°12) que chacun des quatre logements projeté dans les chalets M1 dispose d'une place de stationnement fermée en rez-de-chaussée et d'une seconde place en stationnement extérieur et que chacun des quatre logements projeté dans les chalets M2 dispose d'une place de stationnement dans l'abri-voiture fermé et d'une seconde place en stationnement extérieur. Par ailleurs, il ressort du plan de RDC/R+1 (plan n°9) que la SHON du bâtiment collectif, qui compte huit logements, s'élève à 400 m². Au regard du plan du sous-sol du bâtiment collectif (plan n°8) et de la note de calcul intitulée " CES- stationnement ", dix places de stationnement couvertes et fermées sont projetées au niveau du sous-sol du bâtiment collectif, de sorte que la double condition tenant à la création d'une place couverte et fermée par tranche entamée de 40 m² C et à l'obtention d'au moins une place par logement, est remplie. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les dispositions de l'article UE12 du règlement du PLU sont méconnues.

15. En dernier lieu, aux termes de l'article UE14 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Chamonix Mont-Blanc : " Le coefficient d'occupation des sols est de 0.12 en zone UE () ". L'article 157 de la loi " ALUR ", entré en vigueur le 27 mars 2014, a supprimé toute référence au coefficient d'occupation des sols. Or la demande de permis de construire est postérieure à l'entrée en vigueur de cette disposition. Ainsi, les requérants ne peuvent utilement soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 14 du règlement de la zone UE du plan local d'urbanisme fixant un coefficient d'occupation des sols.

16. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme ou de celles de l'article L. 600-5-1 du même code.

Sur les frais liés à l'instance :

17. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Chamonix Mont-Blanc, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Ad Consult présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme G I, M. A D et Mme H D, M. F B, est rejetée.

Article 2 :Les conclusions de la société Ad Consult présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme G I, en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Chamonix Mont-Blanc et à la société Ad Consult.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauveplane, président,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2023.

La rapporteure,

E. Aubert

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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