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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206265

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206265

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206265
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantKUMMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 28 septembre 2022 et le 6 décembre 2022, Mme A, représentée par Me Kummer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre à titre principal au préfet de l'Isère de lui accorder un titre de séjour vie privée et familiale, dans le délai de 15 jours sous astreinte de 150 € par jour, et à titre subsidiaire, enjoindre au préfet de réexaminer sa demande et de lui délivrer dans l'attente une autorisation de séjour dans le délai de 15 jours, sous astreinte de 150 € par jour de retard ;

3°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1200 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision dans son ensemble :

- La décision émane d'une décision incompétente ;

- La décision est insuffisamment motivée ;

- La commission du titre de séjour devait être saisie ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnus ;

- La décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- Elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour ;

- Le droit d'être entendu a été méconnu ;

- Les stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;

- La décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante vietnamienne, née le 8 avril 1984, est entrée en France le 30 décembre 2009. Elle a bénéficié de titre de séjour en sa qualité de conjointe de français jusqu'au 22 avril 2015. Le 9 août 2021, elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté en litige du 7 juillet 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

En ce qui concerne la décision dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme Nathalie Cencic, secrétaire générale adjointe de la préfecture de l'Isère, qui disposait d'une délégation consentie par le préfet de l'Isère par arrêté n° 38-2022-02-02-00002 du 2 février 2022, régulièrement publié, à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figurent pas celle en litige, en cas d'absence ou d'empêchement de la secrétaire générale de la préfecture. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de la signature de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté doit être écarté.

3. La décision contestée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit ainsi que les éléments de fait propres à la situation de la requérante sur lesquels elle se fonde. Ainsi, elle satisfait à l'obligation de motivation, alors même qu'elle ne reprend pas l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante.

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable en l'espèce : " () / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

5. La requérante soutient résider habituellement et de manière continue en France depuis 2009, soit depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Toutefois, le préfet soutient sans être contredit, qu'elle a quitté le France alors qu'elle était en situation irrégulière, après avoir tenté à plusieurs reprises de régulariser sa situation, avant de revenir en dernier lieu le 23 novembre 2016. Par conséquent, le préfet de l'Isère, qui n'a pas entaché sa décision d'erreur de fait dès lors que la requérante ne conteste pas plusieurs retours dans son pays d'origine mais souligne leur courte durée, n'avait pas à saisir la commission du titre de séjour. Le moyen tiré du vice de procédure résultant d'un défaut de saisine de cette commission doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant un titre de séjour :

6. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. En outre, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas aux ressortissants étrangers le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer leur vie privée et familiale.

7. Mme A, née le 8 avril 1984, soutient qu'elle réside habituellement en France depuis 2009, qu'elle a vécu régulièrement en France durant près de six années, qu'elle possède des attaches en France par la présence de sa tante et de deux sœurs et qu'elle s'est insérée socialement et processionnement. Toutefois, la requérante est célibataire et sans enfant, et conserve de fortes attaches familiales dans son pays d'origine ou elle est retournée, et où résident ses parents et deux de ses autres sœurs. Elle a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire le 28 octobre 2016, et est en situation irrégulière depuis le 22 avril 2015. Dans ces circonstances, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Isère n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la vie personnelle du requérant.

8. Si dans le corps de sa requête la requérante cite l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne justifie toutefois pas avoir solliciter un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

10. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. Ce droit comportement notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

11. La mesure contestée intervient après que l'intéressée a déposé une demande de titre de séjour auprès des services préfectoraux au cours d'un rendez-vous fixé par ces derniers durant lequel elle a pu exposer l'ensemble de sa situation. Même si la requérante n'a pas été invitée à présenter des observations sur une éventuelle mesure d'éloignement susceptible d'être prise à son encontre dans l'hypothèse où sa demande de titre de séjour serait refusée, elle a ainsi pu exposer les motifs pouvant faire obstacle à son éloignement. En tout état de cause, elle n'établit pas qu'elle aurait tenté en vain de porter à la connaissance de l'administration des éléments pertinents relatifs à sa situation. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été privé du droit d'être entendue résultant du principe général du droit de l'Union européenne.

12. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation invoqués contre l'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés pour les motifs exposés aux points précédents.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, à Me Kummer et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

La présidente-rapporteure,

D. B L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

E. Barriol

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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