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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206269

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206269

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPALLANCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 septembre 2022, M. B, représenté par Me Pallanca, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 233-1 à L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- La décision est insuffisamment motivée ;

- La décision est entachée d'erreur de droit : les articles cités ayant été abrogés et le visa du ministère de l'emploi n'étant pas requis ;

- La décision est entachée d'erreur de fait, en mentionnant que la famille du requérant vit en Algérie ;

- La décision méconnaît les stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- Elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour ;

- Les stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;

- Les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ont été méconnues.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968,

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme C.

Aucune partie n'était présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 8 mai 1978, est en France le 26 mai 2019. Il a sollicité le 11 octobre 2021 la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de salarié. Par un arrêté du 8 juillet 2022, le préfet a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jour et a fixé le pays de destination.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. L 'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, notamment les article 7 b) et 9 de l'accord franco-algérien. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. La circonstance que l'arrêté mentionne les articles L. 611-1-1 et L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ont été abrogés est, en l'espèce, sans incidence sur la légalité de la décision en litige.

3. Aux termes du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention "salarié" : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité et un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné des pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent. ".

4. Il résulte de ces stipulations qu'un certificat de résidence portant la mention " salarié " ne peut être délivré à un ressortissant algérien que s'il justifie présenter un contrat de travail visé par la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS), quel que soit le récépissé détenu ou une autorisation de travail ainsi qu'un visa de long séjour. Il est constant que l'intéressé ne répond à aucun de ces conditions cumulatives. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que les dispositions précitées du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

6. M. B fait valoir qu'il vit en France depuis 2019 avec son épouse et ses quatre enfants et s'est inséré professionnellement. Il n'a entrepris de régulariser sa situation administrative qu'à partir de mai 2022. Il ne peut reprocher au préfet d'avoir commis une erreur de fait en mentionnant dans son arrêté que sa femme et ses enfants vivaient en Algérie alors qu'ils sont en France, dès lors que le préfet s'est borné à reprendre les éléments déclarés dans sa fiche de renseignement établie par l'intéressé lui-même le 28 février 2019. En tout état de cause, son épouse est en situation irrégulière, et il n'est pas fait état d'obstacles à ce que la vie de la famille se poursuivre en Algérie. Eu égard aux conditions de séjour de l'intéressé en France, alors que la scolarité des enfants peut se poursuivre en Algérie, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. La décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

7. M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions qui les concernent.

10. La décision attaquée n'implique pas que les enfants soient séparés de leurs parents. L'épouse du requérant est en situation irrégulière sur le territoire. La cellule familiale peut se reconstituer en Algérie, où la scolarité des enfants peut se poursuivre. Ainsi, le préfet, par sa décision, n'a pas porté une atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant et n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

La présidente-rapporteure,

D. C

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

E. Barriol

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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