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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206360

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206360

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206360
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantNDOYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er octobre 2022 et le 3 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Ndoye, demande au Tribunal:

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n°2022 730 808 du 29 septembre 2022 par lequel le préfet de la Savoie lui aurait refusé un titre de séjour, l'a obligé de quitter le territoire sans délai en désignant le pays de destination avec une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

3°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 19 juillet 2011 par laquelle " Le Préfet ", l'aurait obligé à quitter le territoire français dans un délai de 48 heures ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Savoie, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte à déterminer, de lui délivrer un titre de séjour après remise sans délai d'une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme à déterminer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur matérielle, en ce qu'il justifie de la détention d'un passeport et d'un logement ;

- les décisions attaquées méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elles méconnaissent l'article 27 de la directive 2004/38, en ce qu'il ne présente pas une menace pour l'ordre public.

Des pièces ont été enregistrées pour le préfet de la Savoie le 5 octobre 2022.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés de :

-l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre un refus de séjour, la décision n°2022 730 808 du 29 septembre n'ayant pas cette portée;

-l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre une obligation de quitter le territoire prise le 19 juillet 2011 pour inexistence de la décision attaquée, le requérant étant entré en France en 2018.

Vu :

- les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

- la décision par laquelle le président du Tribunal a délégué à Mme Isabelle Frapolli, premier conseiller, les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la directive 2004/38/CE du parlement et du conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a, au cours de l'audience publique du 7 octobre 2022 présenté son rapport et entendu les observations de Me Ndoye qui fait valoir à l'audience deux nouveaux moyens tirés, d'une part, de l'erreur dans la qualification juridique des faits, le comportement de M. B ne constituant pas une menace à l'ordre public, et, d'autre part, de l'erreur manifeste d'appréciation. Elle fait également valoir des conclusions nouvelles visant à enjoindre au préfet de la Savoie de délivrer un titre de séjour.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 11h20.

Une note en délibéré présentée par M. B a été enregistrée le 7 octobre 2021.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais né le 5 octobre 2002, déclare être entré en France en 2018, alors qu'il était encore mineur, et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Savoie. A sa majorité, le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, par un arrêté du 19 novembre 2020 dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble n°2101064 du 2 juillet 2021, devenu définitif. Par une décision n°2022 730 808 du 29 septembre 2022, le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination avec une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par une décision n°2022 730 810 du 30 septembre 2022, le préfet de la Savoie l'a assigné à résidence. Dans la présente instance, M. B demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision n°2022 730 808 du 29 septembre 2022 susvisée, ainsi qu'une obligation de quitter le territoire français qui aurait été prise en 2011.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation d'une décision du 19 juillet 2011 :

3. M. B admet à l'audience une erreur de plume. Les conclusions à fin d'annulation afférentes doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision n°2022 730 808 portant notamment obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ;/ () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes () ".

5. Le préfet de la Savoie fonde le refus d'accorder au requérant un délai de départ volontaire sur trois motifs, au nombre desquels figure son incapacité à justifier d'une adresse de résidence, alors que M. B produit un bail de location et un bulletin de salaire libellé à l'adresse figurant sur le bail. Toutefois, le préfet de la Savoie aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur les deux autres motifs invoqués, à savoir le refus de titre de séjour opposé en novembre 2020, ainsi qu'il a été dit au point 1, ainsi que la soustraction de M. B à la précédente mesure d'éloignement émise à son encontre à cette occasion. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur dans les motifs de la décision doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". M. B est âgé de presque vingt ans à la date de la décision attaquée. En dépit de son arrivée récente en France, en 2018, et de son maintien en situation irrégulière sur le territoire depuis plus d'un an, il soutient sans être contredit avoir obtenu un CAP carrosserie et tendre à une bonne insertion professionnelle. Il est également père d'une enfant française née en décembre 2021 d'une précédente union. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il contribuerait effectivement à son entretien et à son éduction, quand bien même il serait resté en bon contact avec la mère de l'enfant et prendrait régulièrement de ses nouvelles. En outre il est connu défavorablement des services de police pour des faits d'appels malveillants et de violences sur concubin ayant entraîné une ITT inférieure à huit jours. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de la Savoie n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'éloignement de M. B ferait obstacle à ce que ce dernier continue à entretenir des liens avec sa fille, tels que décrits au point précédent. Dès lors, la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant susvisée doit être écartée.

8. En quatrième lieu, le requérant n'étant pas citoyen de l'Union européenne, la directive 2004/38/CE susvisée ne lui est pas applicable.

9. En cinquième lieu, la décision attaquée n'a pas été prise au motif que M. B constituerait une menace à l'ordre public. Le moyen tiré de l'erreur dans la qualification juridique des faits doit donc être écarté.

10. En sixième lieu, le requérant n'a fait l'objet de la part du préfet de la Savoie que d'une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour. Par suite, l'intéressé, qui n'avait pas déposé de nouvelle demande de titre de séjour dans ce département, ne peut utilement contester la décision en tant qu'elle rejetterait une demande de titre de séjour.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

12. Les conclusions de M. B, partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

Le rapporteur,

I. FRAPOLLI

La greffière,

C. BILLON

La République mande et ordonne la Préfecture de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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