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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206361

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206361

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206361
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2022, M. A, représenté par Me Cans, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, une somme de 1 200 euros à verser à son conseil.

M. A soutient que :

L'arrêté dans son ensemble est entaché d'incompétence.

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet a recueilli l'avis du collège de médecins de l'OFII, ou que si tel a été le cas, qu'un rapport médical a bien été établi par le médecin de l'OFII, puis transmis au collège préalablement à son avis, que la composition du collège était conforme à l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ou que les éléments de procédure prévu par l'article 6 du même arrêté ont bien été renseignés ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît l'article L.611-3-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 41.2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et le principe général relatif aux droits de la défense et à une bonne administration.

La décision fixant le pays de destination :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Par ordonnance du 6 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 29 décembre 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 aout 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Cans, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 4 juin 1982, est entré en France le 16 janvier 2021 et a sollicité le 24 juin 2021 la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par l'arrêté contesté du 22 avril 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi ainsi que l'accès effectif à celui-ci. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

4. Par cet avis du 1er octobre 2021 le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

5. M. A est porteur d'une infection par le VIH découverte en 2015 qui s'est compliquée d'une infection opportuniste de l'œil, la rétinite à cytomégalovirus (CMV) dont il conserve une cécité bilatérale complète. Pour établir l'absence de traitement disponible dans son pays d'origine le requérant, qui est demeuré six ans au Cameroun postérieurement au diagnostic, produit un certificat médical du 21 juin 2022 établi par un médecin infectiologue du CHU de Grenoble, indiquant que si l'infection avait été prise en charge en France au moment du diagnostic, ce dernier n'aurait pas perdu la vue et qu' " " il est certain que la prise en charge de cette infection par le VIH ne peut pas s'effectuer dans son pays d'origine, le Cameroun, pays dans lequel l'accès aux antirétroviraux et à l'indispensable surveillance qui doit accompagner leur prescription est notoirement défaillant ". Il se réfère également à un extrait d'un rapport de 2019 de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés qui décrit les lacunes du système de santé camerounais. En défense le préfet ne produit aucune pièce de nature à établir la disponibilité du traitement au Cameroun. Par suite, M. A est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 avril 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Les décisions subséquentes portant obligation de quitter le territoire français, fixant un délai de départ volontaire de trente jours et désignant le pays de renvoi, dès lors privées de base légale, doivent être annulées par voie de conséquence.

7. L'annulation prononcée par le présent jugement implique, eu égard au motif sur lequel elle repose, que le préfet délivre à M. A une carte de séjour temporaire et une autorisation provisoire de séjour dans les délais de, respectivement, deux mois et quinze jours suivant la notification de ce jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Cans sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 22 avril 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. A un titre de séjour et une autorisation provisoire de séjour dans les délais respectivement de deux mois et quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 L'État versera à Me Cans la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Fourcade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

La rapporteure,

F. C

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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