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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206371

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206371

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206371
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCOUTAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2022, M. B, représenté par Me Coutaz, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 juillet 2022 par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le délai de 30 jours de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation dans le délai de 30 jours à compter de la notification du jugement et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les 2 jours de la notification du jugement, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

* La décision portant refus d'admission au séjour :

- est entachée d'incompétence de l'auteur ;

- méconnaît les dispositions de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

* La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour;

- est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet se serait senti en situation de compétence liée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les dispositions du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 janvier 2023 à 9 heures.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les observations de Me Coutaz, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 22 mars 1983 à Chlef (Algérie), ressortissant algérien, déclare être entré en France le 16 juin 2014 muni d'un visa court séjour. Le 6 avril 2017, M. B a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien en qualité de salarié. Par un arrêté du 23 mai 2017, le préfet a refusé de lui délivrer le certificat de résidence sollicité et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le 10 mars 2022, M. B a sollicité, à nouveau, un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien. Par un arrêté n° 2022-GEC187 en date du 21 juillet 2022, le préfet de l'Isère a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté a été signé par Mme D A, sous-préfète, chargée de mission auprès du préfet de l'Isère et secrétaire générale adjointe de la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature en date du 2 février 2022, régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

4. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis 2014 et qu'il est le père de trois enfants nés en France de son mariage avec une compatriote de laquelle il est désormais séparé et qui bénéficie d'une carte de résident. Aucune disposition légale ne garantit de droit à choisir l'endroit le plus approprié au renforcement de la vie familiale. L'intéressé, qui ne vit plus avec son épouse et ses enfants, produit différentes factures d'achats non alimentaires en 2015 et 2016, de rôtisserie et d'un robot mixeur, d'un blendeur, d'un grille toast, d'achats en grande surface et dans un magasin de bricolage, d'achats dans un magasin pour enfants en 2016, d'achats en grande surface en 2017, d'un smartphone en 2018, d'achats en grande surface en 2021, d'achats alimentaires et de vêtements en 2022. Toutefois, ces factures non nominatives ne permettent pas de justifier d'une contribution à l'entretien de ses enfants. Les attestations de témoins mentionnant notamment avoir vu le requérant avec ses enfants à plusieurs reprises dans " pas mal d'endroits ", ne sont pas suffisamment précises et circonstanciées pour justifier d'une contribution à l'éducation de ces derniers. De même, des photographies prises en 2017 avec ses enfants ne permettent pas de retenir que M. B contribuerait toujours à l'éducation de ces derniers. Par ailleurs, le requérant ne doit son temps de présence en France qu'à son maintien irrégulier sur le territoire français puisqu'il est constant qu'il a fait l'objet d'un premier refus de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français le 23 mai 2017. En outre, M. B est entré en France à l'âge de 31 ans, après avoir vécu l'essentiel de sa vie dans son pays d'origine où il a nécessairement noué des attaches. Dans ces conditions, et alors même que l'intéressé serait titulaire d'une promesse d'embauche, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les dispositions de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

6. Si M. B fait valoir qu'il est le père de trois enfants qui résident en France avec leur mère, il ne ressort pas des pièces produites à l'instance, notamment des factures d'achats non nominatives, des attestations non circonstanciées de témoins et de photographies non datées, mais antérieures à 2018, que l'intéressé participerait toujours à l'entretien et l'éducation de ses enfants. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

7. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'ayant pas été déclarée illégale, M. B n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () " Aux termes de l'article L. 613-1 du même code " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () "

9. Il ressort des dispositions précitées que, lorsque la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour est refusé à l'étranger, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. En outre, la circonstance que le préfet de l'Isère se soit fondé sur le refus de titre de séjour, conformément aux dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour obliger le requérant à quitter le territoire français ne révèle pas, à elle seule, qu'il se serait cru en situation de compétence liée pour prendre la mesure d'éloignement et alors qu'il résulte, au surplus, de la rédaction de la décision attaquée que cette autorité a vérifié que l'obligation de quitter le territoire français opposée à l'intéressé ne porterait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.

10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 et 6 du présent jugement, la décision portant obligation de quitter le territoire ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, ses conclusions en annulation sont nécessairement rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Coutaz et à la Préfecture de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, premier conseiller,

Mme Fourcade, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

C. E

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

I. FRAPOLLI Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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