mardi 7 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2206372 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHURMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 octobre 2022 et 5 janvier 2023, Mme A épouse E, représentée par Me Schurmann, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2022 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'ordonner au préfet de l'Isère, en application des articles L.313-11 7° et du 6ème alinéa de l'article L.211-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de lui délivrer un titre de séjour mention " ascendant à charge " dans le mois suivant la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de la mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la Préfecture de l'Isère une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence du signataire ;
- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen de sa situation et de la méconnaissance de l'article L.313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2022, la Préfecture de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A épouse E ne sont pas fondés.
Mme A épouse E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 novembre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- les observations de Me Schurmann, représentant Mme A épouse E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A épouse E, née le 28 décembre 1959 à Smala (Maroc), ressortissante marocaine, déclare être entrée en France le 5 octobre 2019 sous couvert de son passeport et d'une carte de séjour italienne sans limite de durée en tant que membre de la famille d'une ressortissante de l'Union européenne. Le 12 juin 2020, elle a sollicité la délivrance d'une carte de résident en qualité d'ascendante à charge. Par un arrêté n° 2022-AK-97 du 29 juillet 2022, le préfet de l'Isère a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens :
2. Aux termes de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, parent à charge d'un français et de son conjoint, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour. ".
3. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". Aux termes de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. () ". L'article L.200-4 du même code précise que " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : () : 4° Ascendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint. "
4. Il résulte des dispositions rappelées au point 3, interprétées à la lumière de la directive n°2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, que pour qu'un ascendant direct d'un citoyen de l'Union puisse être considéré comme étant " à charge " de celui-ci au sens de l'article 2, point2, sous c), de cette directive, l'existence d'une situation de dépendance réelle doit être établie. Cette dépendance résulte d'une situation de fait caractérisée par la circonstance que le soutien matériel du membre de la famille est assuré par le ressortissant communautaire ayant fait usage de la liberté de circulation ou par son conjoint. Afin de déterminer l'existence d'une telle dépendance, l'Etat membre d'accueil doit apprécier si, eu égard à ses conditions économiques et sociales, l'ascendant direct d'un citoyen de l'Union ne subvient pas à ses besoins essentiels. La nécessité du soutien matériel doit exister dans l'Etat d'origine ou de provenance d'un tel ascendant au moment où il demande à rejoindre ledit citoyen. La preuve de la nécessité d'un soutien matériel peut être faite par tout moyen approprié, alors que le seul engagement de prendre en charge ce même membre de la famille, émanant du ressortissant communautaire ou de son conjoint, peut ne pas être regardé comme établissant l'existence d'une situation de dépendance réelle de celui-ci. Le fait en revanche, qu'un citoyen de l'Union procède régulièrement, pendant une période considérable, au versement d'une somme d'argent à cet ascendant, nécessaire à ce dernier pour subvenir à ses besoins essentiels dans l'Etat d'origine, est de nature à démontrer qu'une situation de dépendance réelle de cet ascendant par rapport audit citoyen existe.
5. L'arrêté attaqué mentionne que Mme E ne peut pas obtenir une carte de résident sur le fondement de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui concerne le cas de l'étranger, parent à charge d'un français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme E réside chez sa fille et son gendre, Mme et M. B qui sont de nationalité italienne. Le préfet de l'Isère sollicite toutefois une substitution de base légale en indiquant que la décision pouvait être fondée sur l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui concerne le cas des ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne. Ces dispositions peuvent être substituées à celles de l'article L. 423-11 dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie et que l'administration préfectorale dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.
6. L'arrêté attaqué est fondé sur le motif que Mme E n'apporte pas la preuve d'être à la charge de sa fille de nationalité italienne dès lors qu'elle perçoit un salaire d'un montant total de 209,07 pour le mois de février 2022, un salaire de 500 euros pour le mois de janvier 2022 et un salaire de 510 euros pour le mois de décembre 2021, soit un montant supérieur au salaire moyen dans son pays d'origine et qu'elle présente à son nom et celui de son mari un avis d'imposition sur la base de 6 414 euros de revenus pour l'année 2021. Toutefois, ces revenus ont été perçus en France. Ils ne permettent pas de déterminer que Mme E subvenait à ses besoins essentiels dans son pays d'origine.
7. Le préfet de l'Isère demande de procéder à une substitution de motif en faisant valoir qu'il aurait pris la même décision en se fondant sur les circonstances que la fille de Mme E est en arrêt de travail suite à un accident de travail survenu en 2019, qu'elle fournit comme seule preuve de son activité professionnelle passée, un contrat de travail à temps partiel à durée indéterminée du 4 février 2019, où ne figure pas sa signature, qu'elle a touché entre le 11 mars 2020 et le 28 novembre 2020 des indemnités journalières de 27,46 euros pour 236 jours soit 7 221,98 euros, qu'elle a également touché entre le 1er janvier 2022 et le 26 septembre 2022 des indemnités journalières de 20,49 euros pour 269 jours soit 5 511,81 euro, qu'il apparaît que le gendre de l'intéressé vit des aides versées par Pôle emploi, que le couple a également deux enfants nés en 2016 et 2019, qu'il apparaît ainsi que les ressources du foyer reposent en grande partie sur le système d'assistance sociale, qu'en tout état de cause, les ressources cumulées de Mme E C et de son mari ne sont pas suffisantes pour prendre en charge leurs deux enfants et l'intéressée.
8. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
9. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que Mme C E, épouse B, fille de Mme D E, travaillait comme infirmière avant son accident de voiture au mois d'avril 2019, qu'elle perçoit 900 euros par mois d'indemnités journalières en compensation de cet arrêt maladie, que son époux ne perçoit pas de ressources de Pôle Emploi, contrairement à ce qu'indique le préfet, qu'il est à la retraite, qu'il perçoit les sommes de 230 et 108 euros de pension de retraite française, mais également, 1 230 euros de retraite italienne et que si le couple a des frais de loyer de 730 euros par mois, il perçoit une APL de 442 euros. Ainsi, il ne saurait être procédé à la substitution de motif demandée dans la mesure où contrairement à ce qui est soutenu en défense, les ressources du foyer ne reposent pas en grande partie sur le système d'assistance sociale et que le préfet n'a pas pris en compte la retraite italienne de M. B. Il résulte de ce qui précède que Mme E est donc fondée à soutenir que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Le refus de titre opposé dans l'arrêté du 29 juillet 2022 doit dès lors être annulé, ainsi que, par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français avec fixation du pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Eu égard au motif d'annulation retenu, et à la circonstance que Mme E ne démontre, ni même n'allègue, l'existence d'un soutien matériel de sa fille lorsqu'elle résidait dans son pays d'origine ou en Italie, le présent jugement implique seulement, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que l'administration procède au réexamen de la situation administrative de Mme E dans un délai qu'il convient de fixer à trois mois à compter de la notification de la présente décision, et qu'elle la munisse, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative:
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté n° 2022- AK - 97 du 29 juillet 2022 susvisé est annulé dans son ensemble.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de procéder au réexamen de la demande de Mme E dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de munir Mme E, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A épouse E est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A épouse E, à Me Schurmann et à la préfecture de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
M. d'Argenson, premier conseiller,
Mme Fourcarde, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.
Le président-rapporteur,
C. F
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
P-H. d'ARGENSON
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026