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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206429

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206429

lundi 27 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206429
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL ABOUDAHAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Aboudahab, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être renvoyée, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, en toute hypothèse, d'enjoindre au préfet de l'Isère de la munir, dans un délai de trois jours, d'un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté du 25 mai 2022 du préfet de l'Isère portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination :

- il est entaché d'un défaut d'examen personnel de sa situation ;

- il méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision rejetant implicitement son recours gracieux :

- elle est entachée d'un défaut d'examen personnel de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 8 décembre 2022 et le 17 janvier 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Le préfet de l'Isère a produit des pièces complémentaires, enregistrées le 19 janvier 2023, qui n'ont pas été communiquées.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Aboudahab, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante algérienne née le 6 avril 1998, est entrée en France le 1er décembre 2020, selon ses déclarations, mais elle ne justifie ni de la date ni des conditions de son entrée sur le territoire français. Le 25 novembre 2021, elle a sollicité la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 25 mai 2022, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée. Par courrier du 8 juillet 2022, notifié le 11 juillet suivant, Mme A a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté et de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 25 mai 2022 du préfet de l'Isère portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination :

2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Isère aurait omis de procéder à un examen particulier de sa situation personnelle. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".

4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi ainsi que l'accès effectif à celui-ci. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer un certificat de résidence à Mme A, sur le fondement des dispositions précitées, le préfet de l'Isère s'est notamment fondé sur l'avis du 1er février 2022 défavorable à l'intéressée. Selon cet avis, le collège de médecins de l'OFII a estimé que si l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine et que l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, l'Algérie, lui permettent de bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie. En l'espèce, il appartient à Mme A d'établir qu'elle ne pourra pas disposer d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Si Mme A se prévaut de plusieurs documents médicaux relatifs à son état de santé, ces derniers ne remettent toutefois pas utilement en cause l'appréciation portée par le préfet de l'Isère sur l'existence d'un traitement approprié en Algérie et sur l'accès effectif à son traitement. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

6. En dernier lieu, si Mme A soutient qu'elle réside en France depuis le 1er décembre 2020, elle ne l'établit nullement. A supposer même que cette date d'entrée en France soit établie, il ressort des pièces du dossier que Mme A, ressortissant algérienne, est entrée en France à l'âge de 22 ans, soit depuis seulement un an et demi à la date de l'arrêté attaqué. Mme A, qui ne justifie pas être dépourvue de toutes attaches dans son pays d'origine, l'Algérie, où elle a vécu la plus grande partie de sa vie et où résident ses parents, son frère et une de ses sœurs, ne peut être regardée comme ayant établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. En outre, elle n'apporte pas d'éléments susceptibles d'établir qu'elle aurait, à la date de l'arrêté contesté, noué des liens intenses, anciens et stables sur le territoire national. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A.

En ce qui concerne la décision rejetant implicitement son recours gracieux :

7. En premier lieu, pour le motif évoqué au point 6, la décision implicite de rejet n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A a, par courrier du 8 juillet 2022, notifié le 11 juillet suivant, formé un recours gracieux à l'encontre de l'arrêté du 25 mai 2022 du préfet de l'Isère portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. Par ce courrier, dont l'objet était " recours gracieux contre un refus de titre de séjour ", Mme A a mentionné qu'elle souhaitait informer le préfet de l'Isère de nouveaux éléments au titre de " circonstances humanitaires exceptionnelles " et de " motif humanitaire " et a sollicité le réexamen de sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, article inexistant de ce code, sans produire de nouvelles pièces. Eu égard à ces imprécisions, ce recours gracieux ne pouvait constituer, en conséquence, une nouvelle demande de titre de séjour fondée sur ces nouvelles circonstances et sur ces dispositions inexistantes invoquées. Par suite et alors que le préfet de l'Isère n'était pas saisi d'une nouvelle demande de titre de séjour, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés comme inopérants.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée, ainsi que, par voie de conséquence, contre la décision implicite rejetant son recours gracieux, doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle pas de mesures d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

11. Les conclusions présentées par Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Aboudahab et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2023.

La rapporteure,

P. C

La présidente,

D. JOURDAN La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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