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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206458

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206458

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206458
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP CHAPUIS AVOCATS ASSOCIES (ACA)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 septembre 2022, Mme E B, représentée par Me Ferraro, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Alban-du-Rhône a délivré à M. D un permis de construire pour la construction de quatre maisons d'une surface totale de plancher de 450,28 m², ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Alban-du-Rhône une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a intérêt à agir et son recours n'est pas tardif ;

- le pétitionnaire ne remplit pas les conditions définies à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ; il ne justifie pas avoir été autorisé par les indivisaires ou avoir été mandaté par eux pour exécuter les travaux ; le défaut d'attestation s'apparente à une manœuvre destinée à induire en erreur l'administration et l'autorisation doit être regardée comme ayant été frauduleusement obtenue ;

- le dossier ne comprenait pas un plan de division conformément à l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme ; le défaut de mention de la servitude et des limites des parcelles s'apparente à une fraude ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet au regard des articles R. 431-7 à R. 431-10 du code de l'urbanisme ; il ne comporte aucun plan permettant de connaitre la situation du terrain à l'intérieur de la commune, ni aucune notice précisant l'état initial du terrain, aucun plan de masse, aucun plan de façade ni de toitures, aucun plan de coupe, aucun document graphique et aucun document photographique ;

- le projet qui prévoit la création ou l'aménagement de voies, d'espaces ou d'équipements communs à plusieurs lots destinés à être bâtis et propres à ces lots est un lotissement qui devait être précédé d'un permis d'aménager conformément aux article L. 442-2 et R. 421-19 du code de l'urbanisme ;

- la parcelle cadastrée AC n° 301 aurait dû faire l'objet d'un détachement ; l'emprise au sol et le coefficient de biotope auraient dû être calculés sur la surface totale des parcelles AC n° 231, 300 et 301 ;

- il existe déjà un accès sur la parcelle AC n° 300 appartenant aux consorts G, accès commun qui aurait dû être retenu au regard des règles du plan local d'urbanisme (article Ub1) ;

- le nombre de places de parking au nombre de 4 est insuffisant dès lors que le règlement exige deux places de stationnement par logement (article Ub4) ;

- l'insuffisance du nombre de places de stationnement entrainera un afflux de stationnement sur la voie publique non dimensionnée et faisant craindre un risque pour la sécurité des usagers en méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mai 2023, la commune de Saint-Alban-du-Rhône, représentée par Me Chapuis, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à M. D, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barriol ;

- les conclusions de Mme F ;

- et les observations de Me Sansiquet représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 décembre 2021, M. D a déposé une demande de permis de construire quatre maisons avec garage accolé, d'une surface de plancher de 450,28 m2 sur un terrain cadastré section AC n°301 d'une superficie de 1 538 m2 située rue du Bief à Saint-Alban-du-Rhône. Par un arrêté du 28 avril 2022, le maire de Saint-Alban-du-Rhône a délivré le permis de construire sollicité. Par un recours gracieux du 27 juin 2022, qui a été implicitement rejeté, Mme E A née B a sollicité le retrait de cet arrêté. Mme B demande l'annulation de l'arrêté, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la qualité du pétitionnaire :

2. Aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'une demande de permis de construire doit seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1, lui donnant qualité pour déposer cette demande, et qu'il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction de la demande de permis, la validité de l'attestation ainsi établie par le pétitionnaire, sous réserve que cette attestation n'ait pas procédé d'une manœuvre de nature à induire l'administration en erreur et ait ainsi été obtenue par fraude.

4. Il ressort du formulaire Cerfa de demande de permis de construire que le pétitionnaire a, en apposant sa signature, attesté, au sens des dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, être propriétaire du terrain d'assiette du projet ou, à tout le moins, avoir qualité pour présenter une telle demande. Aucune pièce du dossier ne vient contredire cette déclaration ni n'est de nature à établir son caractère frauduleux alors que l'intéressé a signé un compromis de vente du 30 septembre 2021 avec les propriétaires du terrain d'assiette du projet. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de preuve de la qualité du pétitionnaire pour déposer la demande de permis de construire doit être écarté.

En ce qui concerne la composition du dossier de demande :

5. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporte pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits sont insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette comprenant une ou plusieurs unités foncières contiguës, doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement de l'ensemble du projet, le dossier présenté à l'appui de la demande est complété par un plan de division et, lorsque des voies ou espaces communs sont prévus, le projet de constitution d'une association syndicale des acquéreurs à laquelle seront dévolus la propriété, la gestion et l'entretien de ces voies et espaces communs à moins que l'ensemble soit soumis au statut de la copropriété ou que le demandeur justifie de la conclusion avec la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent d'une convention prévoyant le transfert dans leur domaine de la totalité des voies et espaces communs une fois les travaux achevés ".

7. Il ne ressort d'aucune des pièces du projet que les futures maisons devraient faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement du projet. Dans ces conditions le moyen tiré de ce que le dossier de demande de permis de construire devait comporter un plan de division doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12. ". Aux termes de l'article R. 431-8 du même code : " Le projet architecturale comprend une notice précisant : " 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants () ". Aux termes de l'article R. 431-10 dudit code : " Le projet architectural comprend également : c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi le traitement des accès et du terrain () ".

9. Contrairement aux allégations de la requérante, le dossier de permis de construire comporte un plan permettant de connaitre la situation du terrain à l'intérieur de la commune. Le projet de permis de construire comporte, dans la notice, des éléments sur le terrain existant, notamment sur sa situation et une présentation de l'insertion de la construction dans son environnement. L'ensemble de ces éléments permettait d'apprécier les caractéristiques du site ainsi que les conditions d'insertion du bâtiment projeté dans son environnement. Ces documents sont complétés par un plan de masse/toiture, des plans de coupe de principe, des plans de façade, des photographies du terrain existant ainsi qu'un document graphique d'insertion. Enfin, contrairement à ce qu'elle soutient, les plans au dossier n'avaient pas à comporter la mention de la servitude de passage dont elle bénéficie sur la parcelle cadastrée AC n° 233, qui ne fait pas partie du terrain d'assiette du projet. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance des articles R. 431-7 à R. 431-10 du code de l'urbanisme doivent être écartés.

En ce qui concerne la nécessité d'obtenir un permis d'aménager :

10. D'une part, aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". L'article R. 421-19 de ce code dispose que : " Doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager : / a) Les lotissements : / - qui prévoient la création ou l'aménagement de voies, d'espaces ou d'équipements communs à plusieurs lots destinés à être bâtis et propres au lotissement () ".

11. Dès lors que cette opération n'implique aucune division foncière, la construction par M. D, seul maître d'ouvrage, sur la parcelle AC n° 301, de quatre maisons ne constitue pas un lotissement au sens des dispositions précitées. Par suite, le pétitionnaire n'avait pas à obtenir un permis d'aménager préalablement à l'autorisation de construire et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme doit être écarté. Contrairement à ce qui est soutenu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le pétitionnaire s'est livré à une manœuvre frauduleuse destinée à permettre de diviser la propriété sans autorisation préalable et que le permis de construire est, pour ce motif, entaché de fraude.

En ce qui concerne le périmètre du terrain d'assiette du projet :

12. La requérante soutient que la parcelle cadastrée AC 301 appartient à une unité foncière constituée des parcelles cadastrée AC n°s231, 300 et 301 et aurait par conséquent dû faire l'objet d'un détachement en vue de construire et que l'emprise au sol et le coefficient de biotope auraient dû être calculés sur l'unité foncière composée des parcelles cadastrée AC n°s231, 300 et 301. Toutefois, le terrain d'assiette du projet est uniquement la parcelle AC n° 301 et aucune obligation ne pesait sur les propriétaires d'inclure dans le terrain d'assiette du projet les parcelles contiguës, dont l'une est d'ailleurs déjà construite. Dès lors, l'emprise au sol et le coefficient de biotope n'avaient pas à être calculés en incluant la surface des parcelles cadastrée AC n°s231 et 300.

En ce qui concerne la voie d'accès :

13. Aux termes de l'article Ub1 du règlement du plan local d'urbanisme intitulé Desserte par les voies publiques ou privées : " En cas de division de propriété, les terrains issus de la division devront être desservis par le même accès à la voie publique sauf impossibilité technique ou urbanistique dûment justifiée, afin d'éviter la multiplication des accès et de limiter l'imperméabilisation des sols. Il pourra être exigé que cet accès soit différent de l'accès actuel pour des raisons de sécurité ".

14. Le terrain d'assiette du projet est constitué uniquement de la parcelle cadastrée section AC n° 301 qui n'est pas issue d'une division. Dès lors, et contrairement à ce que soutient la requérante, l'accès du projet prévu sur cette parcelle n'avait pas à être mutualisé avec celui existant sur la parcelle AC n° 300, alors même qu'elle appartenait au même propriétaire. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Ub1 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne les places de stationnement :

15. L'article Ub4 du règlement du plan local d'urbanisme exige deux places de stationnement par logement.

16. Il ressort de la notice du dossier de permis de construire que chaque maison aura deux places de stationnements, soit une place dans le garage et une place extérieure à proximité de l'entrée respective. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Ub4 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne l'existence d'un risque :

17. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

18. Si la requérante soutient que l'insuffisance du nombre de places de stationnement entrainera un afflux de stationnement sur la voie publique non dimensionnée faisant craindre un risque pour la sécurité des usagers, le projet comporte un nombre suffisant de places de stationnement comme il a été dit précédemment. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

Sur les frais d'instance :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Alban-du-Rhône, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, en application de ces dispositions de mettre à la charge de Mme B une somme de 1 000 euros, qu'elle versera à la commune de Saint-Alban-du-Rhône au titre des frais non compris dans les dépens que cette dernière a exposés.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera une somme de 1 000 euros à la commune de Saint-Alban-du-Rhône au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à M. C D et à la commune de Saint-Alban-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Galtier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

E. Barriol

Le président,

P. ThierryLa greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2206458

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