mercredi 12 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2206518 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BLANC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a assigné à résidence pour une durée maximale de quarante-cinq jours renouvelable ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute Savoie de réexaminer sans délai sa situation et de lui délivrer une carte de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
-sa requête est recevable ;
Sur l'arrêté pris par le préfet de la Haute-Savoie portant obligation de quitter le territoire sans délai, interdiction de retour et fixant le pays de destination :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les motifs invoqués ne sont pas fondés ;
- La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa motivation ne tient pas compte des critères prévus par ces dispositions ;
- elle est entachée d'une erreur dès lors qu'il n'entre pas dans le cadre du regroupement familial puisqu'il est conjoint de Français ;
- elle ferait obstacle à sa demande de visa long séjour lui permettant de régulariser sa situation ;
- elle est infondée dès lors que sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur l'arrêté du 5 octobre pris par le préfet de la Haute-Savoie portant assignation à résidence :
- il est insuffisamment motivé et est infondé ;
- l'obligation quotidienne de pointage hormis les dimanches et jours fériés est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Vu :
- les décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a délégué à Mme C les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Muller, greffier :
- le rapport de la magistrate désignée,
- les observations de M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant kosovare né en 1999, est entré en France de manière irrégulière la dernière fois le 1er mai 2022 selon ses déclarations. Il a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire le 14 janvier 2021 après le rejet de sa demande d'asile prise par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 octobre 2020. A la suite de la retenue administrative dont il a fait l'objet le 5 octobre 2022 afin de vérifier son droit au séjour, le préfet de la Haute-Savoie a pris à son encontre le même jour un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Haute-Savoie l'a assigné à résidence pour une durée maximale de 45 jours. M. A demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 5 octobre 2022 portant obligation de quitter le territoire sans délai, interdiction de retour sur le territoire et fixant le pays de destination :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. M. A soutient être entré sur le territoire français pour la dernière fois le 1er mai 2022 soit moins de six mois avant la date de l'arrêté. S'il se prévaut de son mariage avec une ressortissante française, ce dernier a été célébré très récemment, le 13 août 2022. Il ne démontre pas davantage d'insertion sociale, en dehors de son épouse, ni professionnelle et alors que l'ensemble de sa famille réside dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
5. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ". Enfin, l'article L. 613-2 du code précise : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, ce qu'il ne conteste pas. Cependant s'il soutient l'avoir exécutée et être revenu en France en mai 2022, il ne l'établit pas. Le requérant conteste en outre avoir déclaré ne pas vouloir exécuter la mesure d'éloignement. Il ressort toutefois de son procès-verbal d'audition qu'il a déclaré ne pas vouloir retourner au Kosovo dans le cas où une mesure d'éloignement serait prise à son encontre. Eu égard à ces éléments, le préfet de la Haute-Savoie a pu, sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation lui refuser le bénéfice du délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
8. Les termes de l'arrêté attaqué qui vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile indiquent que la situation du requérant a été examinée, relativement au prononcé et à la durée de la mesure, au regard des critères prévus à l'article L. 612-10, après avoir relevé que si sa présence ne représente une menace à l'ordre public, l'intéressé est entré sur le territoire français récemment, que s'il est marié à une ressortissante française, le mariage est récent, qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. En outre, le préfet n'a pas motivé la décision d'interdiction de retour sur le territoire, contrairement à ce que soutient le requérant, par la circonstance qu'il entre dans le cadre du regroupement familial. Il s'ensuit que la décision portant interdiction de retour sur le territoire qui a été prise pour une durée de six mois, est, en conséquence, suffisamment motivée.
9. M. A soutient que l'interdiction de retour sur le territoire fera obstacle à sa demande de visa long séjour en tant que conjoint de Français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le préfet a tenu compte de sa situation en limitant l'interdiction de retour à une durée de six mois. Dans ces circonstances la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 5 octobre 2022 portant assignation à résidence :
10. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ()". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ".
11. En premier lieu, l'assignation contestée comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit sur le fondement desquels elle a été prise. Elle satisfait ainsi à l'obligation de motivation imposée par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
12. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué impose à M. A de se présenter entre 8h et 10h tous les jours hors dimanches et jours fériés à la police aux frontières d'Annemasse en charge des pointages les afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet. L'arrêté portant assignation à résidence est fondé sur la circonstance que M. A a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire sans délai, que s'il ne peut quitter immédiatement le territoire, son éloignement demeure une perspective raisonnable. Il s'ensuit que le préfet de l'Isère a pu prendre à son encontre pour ces motifs une assignation à résidence. En se bornant à soutenir que cette mesure serait disproportionnée dès lors qu'il présente des garanties propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à son obligation, sans davantage de précision, le requérant n'établit pas ce caractère disproportionné.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 5 octobre 2022 par lesquels le préfet de la Haute-Savoie lui a, d'une part, fait obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois et d'autre part l'a assigné à résidence. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées.
Sur les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Blanc et au préfet de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.
La magistrate désignée,
C. C
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No2206518
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026