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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206519

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206519

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP KHATIBI-SEGHIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Seghier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2022 et notifié le 6 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, si la décision est annulée pour un motif de fond ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, si la décision est annulée pour un motif de forme ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle prévue par l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

-la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien dès lors qu'il est présent de manière continue depuis plus de dix ans ;

-elle méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien dès lors qu'il est arrivé en France pour se rapprocher de ses parents ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît stipulations du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien dès lors qu'il est présent de manière continue depuis plus de dix ans ;

- elle méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien dès lors qu'il est arrivé en France pour se rapprocher de ses parents ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

-La décision fixant le pays de destination doit être annulée en raison de l'illégalité des décisions refusant le titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire et refusant l'octroi d'un délai.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a délégué à Mme C les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Muller, greffier :

- le rapport de la magistrate désignée,

- les observations de Me Seghier représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 1980, est entré en France sous couvert de visa court séjour selon ses déclarations. A la suite du rejet de sa demande de certificat de résidence algérien présenté le 10 juillet 2010, il a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire le 12 novembre 2012. A la suite d'une interpellation le 10 juin 2014 par la police nationale, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans délai et d'un placement en rétention du même jour. M. B a sollicité à nouveau un titre de séjour le 16 août 2016 à la suite du rejet duquel une décision d'éloignement sans délai a été prise à son encontre le 27 juillet 2017. Par un arrêté du 24 août 2022, notifié le 6 octobre 2022, le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement des stipulations des 1° et 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour :

3. Il n'appartient pas au magistrat désigné pour statuer sur l'obligation de quitter le territoire français, en cas d'assignation à résidence de l'étranger, de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour qui l'accompagne. Dès lors, il n'y a lieu de statuer, dans la présente instance, que sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et des décisions subséquentes. En conséquence, les conclusions dirigées contre la décision du 24 août 2022 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé à M. B un titre de séjour doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de céans. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction qui en sont l'accessoire, de même que des conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans le cadre de cette instance.

Sur les autres conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

S'agissant de l'exception d'illégalité

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : /1. Au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ()/ () "

5. Il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Isère conteste notamment la présence de l'intéressé en France de manière continue depuis dix ans dès lors que celui-ci ne fournirait que peu de pièces certaines de sa présence habituelle en France et que les documents sont fournis de façon sporadique et non continue sur chaque année. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant, pour justifier de sa présence durant ces périodes, produit ses relevés bancaires pour chacune des années qui démontrent des mouvements réguliers sur l'ensemble des périodes. Selon les années, il fournit en outre des attestations de versement de la CPAM ou de versements émanant de la sécurité sociale, des ordonnances et documents médicaux, ses avis d'imposition, des attestations d'attribution et de renouvellement de CMU, des courriers d'échange avec ses différents conseils notamment dans le cadre de procédures relatives aux mesures d'éloignement, des récépissés de demandes de titres de séjour. La circonstance que les relevés bancaires ne soient pas produits pour les mois d'avril et mai 2012, de juillet et août 2014 et d'août à décembre 2018 ne suffit pas à établir une discontinuité dans son séjour. En outre, si ces documents peuvent pour certains, pris isolément, avoir une faible valeur probante, eu égard non seulement à leur nombre, mais également à leur cohérence d'ensemble, qui ne démontre pas de discontinuité dans le séjour de M. B durant la période concernée, l'intéressé est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, alors qu'il justifiait d'une présence de dix ans en France à la date de l'arrêté attaqué, le préfet de l'Isère a méconnu les stipulations du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité.

6. Il s'ensuit que l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour, excipée à l'encontre de la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire doit être accueillie.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire. Par voie de conséquence, les décisions portant interdiction de retour sur le territoire pour un an, refusant le délai et fixant le pays de renvoi doivent être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

9. En application des dispositions précitées, l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français implique nécessairement, d'une part, qu'il soit mis fin à la mesure d'assignation à résidence du 6 octobre 2022 et, d'autre part, qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation du requérant dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, le temps nécessaire à ce réexamen, dans un délai de huit jours à compter de cette notification.

D E C I D E:

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: Tous moyens et conclusions dirigés contre le refus de délivrance d'un titre de séjour, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction relatives à la délivrance d'un titre de séjour et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont réservés jusqu'à ce qu'il soit statué par jugement en formation collégiale.

Article 3 : Les décisions du 24 août 2022 du préfet de l'Isère portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et fixant le pays de destination sont annulées.

Article 4 : L'arrêté du 6 octobre 2022 du préfet de l'Isère portant assignation à résidence de M. B pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.

Article 5 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation du requérant dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, le temps nécessaire à ce réexamen, dans un délai de huit jours à compter de cette notification.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Seghier et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.

La magistrate désignée,

C. C

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No2206519

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