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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206539

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206539

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206539
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL BALLALOUD-ALADEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 octobre 2022, le 26 octobre 2022 et le 12 mai 2023 et par un mémoire non communiqué enregistré le 15 septembre 2023, Mme E G, M. C G, la société Foley-Dupont, Mme A B et M. F D, représentés par Me Lazerges et Me Ben Hafsia, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2022 par lequel le maire de la commune de Talloires-Montmin a accordé un permis de construire à la société FC Debuquoy ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Talloires-Montmin la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme a été méconnu ;

- l'article 3.1 UT du règlement du plan local d'urbanisme de Talloires-Montmin a été méconnu ;

- l'article 3.2 UT du règlement du plan local d'urbanisme de Talloires-Montmin a été méconnu ;

- l'article 6 UT du règlement du plan local d'urbanisme de Talloires-Montmin a été méconnu ;

- l'article 7 UT du règlement du plan local d'urbanisme de Talloires-Montmin a été méconnu ;

- les articles 1 UT et 2 UT du règlement du plan local d'urbanisme de Talloires-Montmin ont été méconnus ;

- le permis est entaché de fraude.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2023, la société FC Debuquoy, représentée par Me Planchet, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire au rejet de la requête et en tout état de cause à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable car les parties ne justifient pas d'un intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2023, la commune de Talloires-Montmin, représentée par Me Duraz, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit fait application des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et en tout état de cause à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la SCI Foley Dupont, Mme B et M. D n'ont pas d'un intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée le 19 septembre 2023 par une ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de Talloires-Montmin ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sauveplane,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- les observations de Me Ben Hafsia, représentant les requérants, de Me Duraz, représentant la commune de la commune de Talloires-Montmin et de Me Planchet représentant la société FC Debuquoy.

Une note en délibéré, enregistrée le 7 novembre 2023, a été présentée pour les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 11 août 2022 le maire de la commune de Talloires-Montmin a accordé un permis de construire à la société FC Debuquoy pour la construction d'un immeuble destiné à l'hébergement du personnel saisonnier de l'hôtel Beau Site dont elle est propriétaire. Ce projet vise en la construction d'un bâtiment comprenant vingt et un logements et une zone de stockage destinée à l'hôtel Beau Site pour surface de plancher de 706,56 mètres carrés.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation.".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. En l'espèce, M. et Mme G possèdent des parcelles cadastrées section AH n°521 et 595 et la société Folley Dupont est propriétaire des parcelles cadastrées section AH n°376 et 605 lesquelles sont voisines immédiates du projet litigieux. Ainsi, eu égard à leur qualité de voisins immédiats et aux caractéristiques du projet qui consiste en l'édification d'un immeuble de 21 logements d'une surface de plancher de 706,56 mètres carrés et de 21 places de stationnement, il y a lieu d'écarter la fin de non-recevoir tiré du défaut d'intérêt pour agir opposée en défense s'agissant de M. et Mme G et de la société Folley-Dupont.

5. En revanche, s'agissant d'une part de Mme B, cette dernière est propriétaire des parcelles cadastrées section AH numéros 180, 181 et 183 situées à plus de soixante mètres du projet. Si elle soutient que le projet autorisé lui causera une perte de vue sur les paysages avoisinants, il ressort des pièces du dossier qu'eu égard à la localisation de ses propriétés et à l'exposition de sa villa, qui ne fait pas face à la construction autorisée, elle n'est pas fondée à se prévaloir de la perte de vue alléguée. Par suite, elle ne dispose pas d'un intérêt à agir.

6. D'autre part, s'agissant de M. D, ce dernier est propriétaire des parcelles cadastrées section AH 582, 583, 585 et 600 qui sont également situées à une distance importante du projet litigieux et séparées par d'autres constructions. S'il se prévaut d'un préjudice lié au trafic généré par le projet de la société FC Debuquoy, le chemin de la Ruaz reliant les futures constructions à la rue André Theuriet ne dessert pas ses propriétés qui disposent d'un accès distinct directement situé sur la rue André Theuriet. Ainsi, M. D n'est pas fondé à soutenir que le trafic généré par la construction lui causerait une atteinte troublant directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de ses biens. Par suite, il ne dispose pas d'un intérêt à agir.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie s'agissant de Mme B et de M. D.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la légalité externe :

8. Lorsque l'autorité administrative, avant de prendre une décision, procède à la consultation d'un organisme, seules les irrégularités susceptibles d'avoir exercé une influence sur le sens de la décision prise au vu de l'avis rendu peuvent, le cas échéant, être invoquées à l'encontre de la décision.

9. Si les requérants soutiennent que l'adresse du projet est erronée de sorte qu'il a entaché d'irrégularités les consultations des différents services, il ressort de ces avis émis par ENEDIS, par la Direction régionale des affaires culturelles, par l'architecte des bâtiments de France, par le syndicat mixte du lac d'Annecy (SILA) et par le Grand Annecy pour l'eau potable et les eaux pluviales, que l'ensemble de ces services ont eu accès au dossier de permis de construire et aux références cadastrales du tènement de sorte qu'ils ont été à même de connaitre l'emplacement exact du projet. Par conséquent, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la bande littorale d'inconstructibilité :

10. Aux termes de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme : " En dehors des espaces urbanisés, les constructions ou installations sont interdites sur une bande littorale de cent mètres à compter de la limite haute du rivage ou des plus hautes eaux pour les plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement ".

11. Il résulte de ces dispositions, sous réserve des exceptions qu'elles prévoient, que, dans les communes littorales, les constructions peuvent être autorisées soit en hameaux nouveaux, soit en continuité avec les secteurs déjà urbanisés caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions, aucune construction ne pouvant en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres constructions, dans les espaces d'urbanisation diffuse éloignés de ces agglomérations et villages et, s'agissant des espaces proches du rivage, à la condition qu'elles n'entraînent qu'une extension limitée de l'urbanisation spécialement justifiée et motivée et qu'elles soient situées en dehors de la bande littorale des cent mètres à compter de la limite haute du rivage. Ne peuvent déroger à l'interdiction de toute construction sur la bande littorale des cent mètres que les projets réalisés dans des espaces urbanisés, caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions, à la condition qu'ils n'entraînent pas une densification significative de ces espaces.

12. En l'espèce, il ressort du plan de masse que le projet prévoit la construction d'un espace de stationnement de 21 places dont 15 seront implantées sur la bande d'inconstructibilité de cent mètres. D'une part, contrairement à ce que soutient la société FC Debuquoy l'installation des places de stationnement revêtues d'un matériau de type " evergreen ", nécessitant un terrassement et l'apposition de fondations, est une installation au sens des dispositions précitées de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme.

13. D'autre part, il ressort ensuite des prises de vues aériennes et des plans cadastraux que le terrain d'assiette du projet se situe dans une zone délimitée à une extrémité par le lac et à l'autre par le chemin de Ruaz qui marque une limite d'urbanisation. Ces photographies et plans mettent en évidence que cette partie de la bande littorale comprend un ensemble disparate d'hôtel et de bâtisses au dimensions moyennes lesquelles sont largement séparées par de grands espaces verts. Enfin, le terrain d'assiette du projet s'ouvre, au Sud, vers une zone vierge de toute construction de sorte qu'eu égard à cette faible densité d'urbanisme, la partie de la bande littorale de cent mètres sur laquelle s'implante le projet litigieux ne peut être regardée comme un espace urbanisé. Il s'ensuit que le projet ne pouvait donc prévoir l'installation de places de stationnement, même partiellement, sur cette bande d'inconstructibilité, sauf à ce que ces places de stationnement ne puissent être regardées comme des constructions ou installations au sens de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme.

14. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme doit être accueilli.

En ce qui concerne les accès et la desserte du projet :

15. Aux termes de l'article 3.1 UT du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Talloires-Montmin : " Les occupations et utilisations du sol sont refusées si les accès provoquent une gêne ou présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte-tenu notamment de la position des accès, de leur configuration, ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic ".

16. Si les requérants soutiennent que les accès prévus ne présentent pas les conditions de sécurité nécessaires, il ressort des pièces du dossier et notamment du plan de masse que le projet prévoit la création de trois accès dont deux sont réservés pour les véhicules et un pour les piétons. Si ceux-ci débouchent sur le chemin de Ruaz qui est une voie privée étroite, celle-ci présente trois débouchés sur la voie publique et est fermée à la circulation par des barrières de sorte qu'elle n'est pas sujette à un trafic régulier et important qui présenterait un danger pour la sécurité des usagers. Le moyen doit donc être écarté.

17. Aux termes de l'article 3.2 UT du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Talloires-Montmin : " Les occupations ou utilisations du sol sont refusées sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance ou à la destination de l'immeuble ou de l'ensemble d'immeubles envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie, de déneigement et d'enlèvement des ordures ménagères () ".

18. Ainsi qu'il a été dit au point 16, le projet est desservi par le chemin de la Ruaz qui débouche sur trois accès depuis la voie publique. Par ailleurs, l'accès existant depuis l'entrée de l'hôtel Beau Site présente une largeur d'environ sept mètres et donne accès à un espace de stationnement ainsi qu'à une voie permettant le passage des véhicules de secours sans difficulté. Par conséquent, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'implantation des constructions :

S'agissant de l'implantation par rapport au chemin de la Ruaz :

19. Aux termes de l'article 6 UT du règlement du plan local d'urbanisme : " Les voies entrant dans le champ d'application du présent article sont les voies publiques, les chemins ruraux, et les voies privées ouvertes à la circulation publique lorsqu'elles ne sont pas des impasses, ainsi que les voies piétonnes/cycles publiques, l'ensemble de ces voies étant dénommé les emprises publiques. Pour l'application des règles ci-après, le calcul se fera au nu de la façade, sans tenir compte de ses éléments de débords éventuels, tels débords de toitures et tout ouvrage en saillie à condition que leur profondeur par rapport à la façade concernée ne dépasse pas 1,50 m et en cas d'implantation en limite, que la hauteur de leur implantation soit égale ou supérieure à 4,50 m du sol fini 7. Ne sont pas concernées par cet article, les constructions autorisées sur le domaine public. Les constructions et installations peuvent être implantées jusqu'en limite du domaine public ". Aux termes de l'article 7 UT du même texte : " La distance comptée horizontalement de tout point de la façade d'une construction ou installation, telle que définie ci-dessus, au point de la limite parcellaire de la propriété voisine qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à 3 m. ".

20. Il est constant que le chemin de la Ruaz est une voie privée débouchant sur trois liaisons avec la voie publique dont toutes sont fermées par des barrières réservant ainsi l'accès et l'usage aux seuls riverains. Celle-ci doit donc être regardée comme une voie privée fermée à la circulation publique. Par conséquent, les dispositions de l'article 6 UT du règlement du plan local d'urbanisme, qui entendent seulement s'appliquer aux voies publiques ou privées ouvertes à la circulation du public sont inapplicables. Si les requérants soutiennent qu'à défaut, l'article 7 UT imposant un recul minimum de trois mètres par rapport aux limites séparatives, serait applicable, celui-ci n'a toutefois pas vocation à s'appliquer à la voirie qui répond à des considérations et à des objectifs de recul et d'alignement différents des règles d'implantation par rapport aux autres propriétés. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 6 UT et 7 UT du règlement du plan local d'urbanisme est inopérant.

S'agissant de l'implantation par rapport aux autres propriétés :

21. Aux termes de l'article 7 UT du règlement du plan local d'urbanisme de Talloires-Montmin : " La distance comptée horizontalement de tout point de la façade d'une construction ou installation, telle que définie ci-dessus, au point de la limite parcellaire de la propriété voisine qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à 3 m. ".

22. Contrairement à ce qu'exposent les requérants, la bande de terrain d'une largeur de trois mètres séparant le projet de la parcelle AH 194 n'a pas vocation à être acquise par la société pétitionnaire dès lors qu'elle en est déjà propriétaire. A la lumière des explications et des éléments produits par la commune, il ressort des pièces du dossier que cet espace avait vocation à être cédé par la société FC Dubuquoy à la commune afin de créer un accès facilité au lac pour les piétons en échange de l'octroi d'une servitude de passage sur les parcelles cadastrées section AH 193, 194, 195 et 196. Toutefois, par une délibération du 25 juillet 2022 le conseil municipal de la commune de Talloires-Montmin a fait obstacle à cette rétrocession en rejetant la demande de servitude. Par conséquent et dès lors qu'aucune modification des limites parcellaires n'a eu lieu et n'est désormais prévue, le projet litigieux s'implante à une distance d'au moins trois mètres de la limite séparative avec la parcelle AH 194. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la fraude et le respect de la destination du projet :

23. L'article R. 423-1 du code de l'urbanisme prévoit notamment que les demandes d'autorisations individuelles d'urbanisme sont déposées par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux. Si, en règle générale, le régime déclaratif résultant de ces dispositions n'autorise pas l'autorité compétente à procéder à la vérification de ces conditions, doit être réservé le cas dans lequel le déclarant, en attestant remplir les conditions définies à l'article R. 423-1, aurait procédé à une manœuvre de nature à induire l'administration en erreur et dans lequel la décision de non-opposition aurait ainsi été obtenue par fraude. Dans ce cas, lorsque l'administration dispose, sans avoir à les rechercher, d'informations de nature à établir le caractère frauduleux de la demande ou faisant apparaître que le pétitionnaire ne dispose d'aucun droit à la déposer, elle est tenue de refuser l'autorisation ou de la retirer lorsqu'un recours gracieux porte ces éléments à sa connaissance.

24. Aux termes de l'article 1 UT du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Talloires-Montmin : " Les occupations et utilisations du sol ne figurant pas à l'article 2 ci-après sont interdites. ". L'article 2 UT du même texte dispose que : " () Les constructions et installations à usage d'activité, à condition qu'elles soient liées à l'hébergement hôtelier, à l'exclusion des résidences de tourisme, et aux activités de loisirs, nautiques et commerciales. Les constructions et installations à usage d'habitat, à condition qu'elles soient nécessaires à l'hébergement du personnel saisonnier et aux personnes dont la présence est nécessaire au fonctionnement de ces activités et équipements () ".

25. Aux termes de l'article D. 321-1 du code du tourisme : " La résidence de tourisme est un établissement commercial d'hébergement classé, faisant l'objet d'une exploitation permanente ou saisonnière. Elle est constituée d'un ou plusieurs bâtiments d'habitation individuels ou collectifs regroupant, en un ensemble homogène, des locaux d'habitation meublés et des locaux à usage collectif. Les locaux d'habitation meublés sont proposés à une clientèle touristique qui n'y élit pas domicile, pour une occupation à la journée, à la semaine ou au mois. Elle est dotée d'un minimum d'équipements et de services communs. Elle est gérée dans tous les cas par une seule personne physique ou morale. ".

26. Pour soutenir que le permis de construire est été obtenu frauduleusement, les requérants exposent qu'eu égard à ses caractéristiques architecturales et paysagères ainsi qu'au nombre de places de stationnement et à la circonstance que le projet ne serait pas économiquement viable, la société pétitionnaire aurait dissimulé la véritable destination de l'immeuble qui serait en réalité une résidence de tourisme. Toutefois, aucune des pièces du dossier ne permet de corroborer de telles allégations. Il appartiendra à la commune, au stade de l'exécution de vérifier la destination de la construction et de veiller à sa conformité au permis de construire. Par conséquent, le moyen doit être écarté.

Sur les conséquences de l'annulation :

27. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation () ". Il résulte de ces dispositions que le juge peut procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où une illégalité affecte une partie identifiable du projet et où cette illégalité est susceptible d'être régularisée, sans qu'il soit nécessaire que la partie illégale du projet soit divisible du reste de ce projet.

28. L'unique vice relevé ci-dessus, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme et relatif à l'implantation de la construction pour partie sur la bande de cent mètres, n'affecte que cette partie identifiable du projet et peut faire l'objet d'une mesure de régularisation n'impliquant pas d'y apporter un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Par suite, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, de limiter à ce vice la portée de l'annulation prononcée et de fixer à trois mois le délai dans lequel la société pétitionnaire pourra en demander la régularisation.

29. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Talloires-Montmin du 11 août 2022 en tant qu'il autorise l'installation de quinze places de stationnement en matériau " evergreen " sur la bande littorale de cent mètres en méconnaissance de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme.

Sur les frais liés au litige :

30. Il n'y a pas lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du maire de Talloires-Montmin du 11 août 2022 est annulé dans la mesure précisée au point 29 du présent jugement.

Article 2 :Le délai imparti à la société FC Debuquoy pour solliciter la régularisation de son projet est fixé à trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 :Le surplus des conclusions des partie est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. et Mme G en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Talloires-Montmin et à la société FC Debuquoy.

Copie en sera adressée au procureur de la république près le tribunal judiciaire d'Annecy.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Barriol, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

Le président,

M. Sauveplane

L'assesseure la plus ancienne,

C. Letellier

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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