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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206572

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206572

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206572
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCABINET BROCHETON AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 octobre 2022 et le 15 février 2023 (ce dernier non communiqué), Mme A C, représentée par Me Marian, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 août 2022 par laquelle la directrice chargée des ressources humaines du groupement hospitalier des Portes de Provence l'a suspendue sans traitement de ses fonctions à compter du jour même ;

2°) d'enjoindre au groupement hospitalier des Portes de Provence de rétablir le versement de son traitement ;

2°) de mettre à la charge du groupement hospitalier Portes de Provence une somme d'un montant de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que l'employeur n'a pas respecté la procédure applicable aux sanctions disciplinaires ;

- elle est illégale dès lors qu'elle serait fondée sur le décret n°2022-1097 du 30 juillet 2022, lui-même illégal ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la loi du 5 août 2021 ne permettrait pas de suspendre un agent une deuxième fois après le 15 octobre 2021 et qu'au surplus, cette loi ne concernerait pas les élus syndicaux ;

- elle méconnaît :

• l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, garantissant le droit à la vie :

• l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, interdisant les traitements inhumains ou dégradants ;

• l'article 11 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, garantissant la liberté syndicale ;

• l'article 5 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne interdisant l'esclavage ;

• l'article 6 du pacte international relatif aux droits économiques sociaux et culturels, instituant avant toute intervention médicale la nécessité de rechercher le consentement libre et éclairé du patient ;

• le règlement européen n°2021/953, interdisant les discriminations à l'encontre des individus non vaccinés ;

• le principe constitutionnel d'égalité ;

• l'alinéa 11 du préambule de la constitution de 1946, garantissant le droit au repos et à la protection de la santé des salariés ;

- la décision attaquée est illégale dès lors qu'elle serait fondée sur la loi n°2021-1040 du 5 août 2021, elle-même adoptée à la suite d'une procédure illégale ;

- elle méconnaît l'article 41 de la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 dès lors que l'administration ne pouvait pas la suspendre alors qu'elle se trouvait en congé de maladie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2023, le groupement hospitalier Portes de Provence, représenté par Me Brocheton conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le groupement hospitalier Portes de Provence fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 1er février 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 15 février 2023.

Un mémoire présenté par le groupement hospitalier Portes de Provence a été enregistré le 4 juin 2024 postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le pacte international relatif aux droits économiques sociaux et culturels ;

- le règlement 2021/953 du parlement européen et du conseil du 14 juin 2021 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986

- la loi n°2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n°2022-1097 du 30 juillet 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Vial-Pailler,

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,

- et les observations de Mme C, et de Me Brocheton, représentant le groupement hospitalier Portes de Provence.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 8 août 2022, la directrice adjointe chargée des ressources humaines du groupement hospitalier des Portes de Provence a suspendu le contrat de travail, à compter du même jour, de Mme C, adjointe administrative contractuelle, pour défaut de présentation d'un certificat médical de contre-indication, d'un certificat de rétablissement ou d'un certificat de statut vaccinal attestant avoir reçu au moins une dose de vaccin contre la Covid-19.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la COVID-19 : 1° Les personnes exerçant leur activité dans : a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code ; () ". L'article 13 de la même loi dispose quant à lui que : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. () 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication () ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " I. () B - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la COVID-19 prévu par le même décret. () II. - Lorsque l'employeur constate qu'un salarié ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. Le salarié qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de repos conventionnels ou des jours de congés payés. A défaut, son contrat de travail est suspendu. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent II, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que le salarié remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I (). La dernière phrase du deuxième alinéa du présent II est d'ordre public ". Il résulte de ces dispositions que toute personne soumise à l'obligation vaccinale qu'elles instituent et refusant de s'y conformer se place dans l'impossibilité de poursuivre son activité professionnelle.

3. En premier lieu, par une décision du 2 janvier 2023, M. B, directeur du groupement hospitalier des Portes de Provence, a délégué sa signature à Mme D, directrice adjointe en charge des ressources humaines aux fins de signer les actes de gestion du personnel et notamment ceux concernant leur position statutaire ou leur paie. Le moyen tenant à l'incompétence du signataire de la décision attaquée est par suite écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort de la décision attaquée qu'elle contient les motifs de droit et de fait justifiant le sens de la décision et répond donc aux attentes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En troisième lieu, il ressort des énonciations de la décision en litige qu'elle a été prise sur le fondement des articles 12 à 14 de la loi du 5 août 2021. Cette mesure de suspension sans rémunération, que l'employeur met en œuvre lorsqu'il constate que l'agent public concerné ne peut plus exercer son activité en application du I de l'article 14 de la loi du 5 août 2021, s'analyse comme une mesure prise dans l'intérêt de la santé publique, destinée à lutter contre la propagation de l'épidémie de COVID-19 dans un objectif de maîtrise de la situation sanitaire, et n'a pas vocation à sanctionner un éventuel manquement ou agissement fautifs commis par cet agent, qui demeure par ailleurs soumis aux dispositions relatives aux droits et obligations conférés aux agents publics. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette suspension présenterait le caractère d'une sanction qui a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire, et du respect des droits de la défense, garanti par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est inopérant et doit être écarté. Pour les mêmes raisons, les moyens tirés du détournement de pouvoir et de la méconnaissance les garanties de la procédure disciplinaire prévues par l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, Mme C soutient que le schéma vaccinal dit complet à la date de 15 septembre 2021 évolue dans le temps créant une insécurité juridique majeure quant à son sort, cette insécurité étant aggravée par le décret 2022-1097 du 30 juillet 2022 relatif aux mesures de veille et de sécurité sanitaire maintenues en matière de lutte contre la covid-19 Toutefois, la circonstance que la définition du schéma vaccinal complet ait évolué à plusieurs reprises en fonction de l'évolution des connaissances scientifiques ne saurait être regardée comme constitutive d'une méconnaissance du principe de sécurité juridique. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, il n'appartient pas au juge administratif de contrôler la procédure d'adoption de la loi. Par suite, le moyen tiré de ce que les auteurs de la loi du 5 août 2021 l'ont adoptée en méconnaissance de l'article 9 ter de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires est inopérant et doit être rejetée.

8. En sixième lieu, la requérante soutient que la loi du 5 août 2021 n'autorise manifestement pas une seconde suspension après le 15 octobre 2021. Aux termes de l'article 12 de la loi du 14 août 2021 : " I. Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ". Aux termes de l'article 13 de la loi précitée : " Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal ". Aux termes de l'article 14 de la même loi : " À compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ". Il résulte de ces dispositions que l'agent public qui justifie de sa situation vaccinale par un certificat de rétablissement peut légalement être suspendu à plusieurs reprises en raison de la durée de validité dudit certificat. Par suite, le moyen tiré que de ce que la loi n°2021-1040 ne permettrait pas de prononcer la suspension vaccinale à deux reprises ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte des mêmes dispositions, que la loi du 5 août 2021 a défini le champ de l'obligation de vaccination contre la covid-19 en retenant, notamment, un critère géographique pour y inclure toutes les personnes exerçant leur activité dans un certain nombre d'établissements, principalement les établissements de santé et des établissements sociaux et médico-sociaux. Le législateur a ainsi entendu protéger les personnes accueillies par ces établissements qui présentent une vulnérabilité particulière au virus de la covid-19. C'est pourquoi l'obligation de vaccination concerne aussi des personnels, notamment administratifs, qui ne sont pas en contact direct avec les malades dès lors qu'ils entretiennent nécessairement, eu égard à leur lieu de travail, des interactions avec des professionnels de santé en contact avec ces derniers. Il en va ainsi aussi des personnels des établissements hospitaliers qui bénéficient d'une décharge, même totale, d'activité de service pour raison syndicale dès lors qu'ils exercent leur activité syndicale dans les locaux d'un tel établissement ou sont appelés à rencontrer des personnes qui y travaillent. Par suite, la requérante n'est pas fondée à estimer que la loi précitée ne s'appliquait pas aux représentants syndicaux.

10. En septième lieu, la requérante soutient que la décision attaquée est disproportionnée au regard de son droit à la vie, à la liberté syndicale à l'interdiction des traitements inhumains et dégradants, garantis par les articles 2, 3 et 11 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à l'interdiction de l'esclavage, prévu par l'article 5 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, à la nécessité avant toute intervention médicale de rechercher le consentement libre et éclairé du patient, garanti aux articles 6 du pacte international relatif aux droits économiques sociaux et culturels et 5 de la convention pour la protection des droits de l'Homme et de la dignité de l'être humain, au principe constitutionnel d'égalité et à l'interdiction des discriminations à l'encontre des individus non vaccinés prévu dans le règlement européen n°2021/953 du 14 juin 2021, à l'ensemble des droits protégés dans la convention n°87 de l'organisation internationale du travail ainsi qu'à l'alinéa 11 du préambule de la constitution de 1946 garantissant le droit au repos et à la protection de la santé des salariés.

11. Le principe de l'obligation vaccinale ne résulte pas de la décision en cause, mais uniquement de la loi du 5 août 2021, dont l'article 12 rappelé ci-dessus a institué une obligation de vaccination contre la Covid-19 pour les professionnels au contact direct des personnes les plus vulnérables dans l'exercice de leur activité professionnelle ainsi qu'à celles qui travaillent au sein des mêmes locaux, obligation qui s'impose, en particulier, aux professionnels médicaux et paramédicaux exerçant en établissement ou en libéral. A supposer que la requérante ait entendu invoquer l'inconventionnalité de cette loi, la requérante ne peut utilement se prévaloir ni des dispositions de l'article 6 du pacte international relatif aux droits économiques sociaux et culturels, ni des dispositions de la convention n°87 de l'organisation internationale du travail, qui sont tous deux dépourvus d'effet direct. Par ailleurs, la mesure contestée, fondée sur les dispositions de la loi du 5 août 2021, s'applique de manière identique à l'ensemble des personnes qui exercent leur activité professionnelle au sein des établissements de santé et des professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du code de la santé publique. La circonstance que ce dispositif fait peser sur ces personnes une obligation vaccinale qui n'est pas imposée à d'autres catégories de personnes, constitue, compte tenu des missions des établissements et professionnels de santé et de la vulnérabilité des patients qu'ils prennent en charge, une différence de traitement en rapport avec cette différence de situation, qui n'est pas manifestement disproportionnée au regard de l'objectif poursuivi. D'autre part, l'article 13 de la même loi du 5 août 2021 prévoit que l'obligation de vaccination ne s'applique pas aux personnes qui présentent un certificat médical de contre-indication ainsi que, pendant la durée de sa validité, aux personnes disposant d'un certificat de rétablissement. Le champ de cette obligation apparaît ainsi cohérent et proportionné au regard de l'objectif de santé publique poursuivi alors même que l'obligation ne concerne pas l'ensemble de la population mais seulement les professionnels qui se trouvent dans une situation qui les expose particulièrement au virus et au risque de le transmettre aux personnes les plus vulnérables à ce virus. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait discriminatoire ou contraire au principe d'égalité et méconnaîtrait, en tout état de cause, le règlement (UE) 2021/953 du Parlement européen et du Conseil du 14 juin 2021.

12. Contrairement à ce que soutient la requérante, la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de la contraindre à se faire vacciner. Par suite, les moyens tirés de l'atteinte au consentement préalable aux soins, de l'atteinte au consentement aux expérimentations médicales et de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants.

13. Enfin, il est constant que les vaccins contre la covid-19 administrés en France ont fait l'objet d'une autorisation conditionnelle de mise sur le marché par l'Agence européenne du médicament, qui procède à un contrôle strict des vaccins afin de garantir que ces derniers répondent aux normes européennes en matière de sécurité, d'efficacité et de qualité et soient fabriqués et contrôlés dans des installations agréées et certifiées. Contrairement à ce que soutient la requérante, ils ne sauraient dès lors être regardés comme des médicaments expérimentaux au sens du code de la santé publique et de la directive 2001/20/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 avril 2001. Est par suite inopérant le moyen tiré de ce qu'en imposant une vaccination par des médicaments expérimentaux, la loi du 5 août porterait atteinte à l'interdiction de la torture et des traitements inhumains et dégradants énoncée par l'article 7 du Pacte international des droits civils et politiques de 1966.

14. Si l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire instaure une obligation vaccinale pour les professionnels de santé, il n'impose pas une obligation de vaccination au moyen d'un vaccin à ARN messager. Au demeurant, les vaccins contre la covid-19 administrés en France ont fait l'objet d'une autorisation de mise sur le marché de l'Agence européenne du médicament, telle qu'encadrée par le règlement du 29 mars 2006 relatif à l'autorisation de mise sur le marché conditionnelle de médicaments à usage humain relevant du règlement du 31 mars 2004 établissant des procédures communautaires pour l'autorisation et la surveillance en ce qui concerne les médicaments à usage humain et à usage vétérinaire, et instituant une Agence européenne des médicaments. Le caractère conditionnel de cette autorisation ne saurait conduire à la regarder comme un essai clinique au sens du règlement du 16 avril 2014 relatif aux essais cliniques de médicaments à usage humain.

15. L'émergence d'un nouveau coronavirus, responsable de la maladie coronavirus 19 ou Covid-19 et particulièrement contagieux, a été qualifiée d'urgence de santé publique de portée internationale par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le 30 janvier 2020, puis pandémie le 11 mars 2020. En l'état des connaissances disponibles, la vaccination réduit de 95% le risque d'hospitalisation, réduit de plus de 60% le risque d'infection et les risques de circulation du virus sont également réduits lorsqu'une personne est vaccinée. En adoptant pour l'ensemble des professionnels des secteurs sanitaire et médico-social, le principe d'une obligation vaccinale à compter du 15 septembre 2021, le législateur a entendu, dans un contexte de progression de l'épidémie de Covid-19 accompagné de l'émergence de nouveaux variants et compte tenu d'un niveau encore incomplet de la couverture vaccinale, protéger, par l'effet de la moindre transmission du virus par les personnes vaccinées, la santé des patients et notamment des personnes vulnérables (immunodéprimées, âgées), protéger également la santé des professionnels de santé, qui sont particulièrement exposés au risque de contamination compte tenu de leur activité, et diminuer ainsi le risque de saturation des capacités hospitalières. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, l'article 13 de la même loi du 5 août 2021 prévoit que l'obligation de vaccination ne s'applique pas aux personnes qui présentent un certificat médical de contre-indication ainsi que, pendant la durée de sa validité, aux personnes disposant d'un certificat de rétablissement. Ainsi, les dispositions des articles 12 et 14 de la loi du 5 août 2021, fondement de la décision attaquée, ont apporté au droit au respect de la vie privée une restriction justifiée par l'objectif d'amélioration de la couverture vaccinale en vue de la protection de la santé publique et proportionnée à ce but. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est disproportionnée au regard de son droit à la vie doit être écarté.

16. En huitième lieu, il résulte des dispositions citées au point 2 que le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie. Dès lors, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'en la suspendant pour le motif d'absence de vaccination, la décision a méconnu les dispositions statutaires relatives au droit pour tout agent public d'être placé en arrêt maladie et de percevoir son traitement afférent.

17. Une telle mesure à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur, lorsqu'elles sont prises alors que l'agent est en congé de maladie, qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé maladie de l'agent en question. La légalité d'une décision s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise. En l'espèce, la décision attaquée a été édictée le 8 août 2022 et notifiée le jour même à la requérante qui en a refusé la remise en main propre. À la date de la décision attaquée, Mme C n'était pas en congé de maladie. Si le 4 août 2022, l'intéressée s'est vue prescrire un arrêt de travail du 4 au 20 août 2022, puis un second arrêt de travail du 22 au 30 août 2022, Mme C n'en a, toutefois, informé son employeur que le 10 août 2022, donc postérieurement à la mesure contestée. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la décision attaquée ne pouvait pas entrer en vigueur avant la fin de son congé de maladie, qui n'a débuté que le 10 août 2022 et qui est donc postérieur à la mesure de suspension. Il lui appartient, si elle s'y croit fondée, d'en solliciter l'abrogation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante doivent être rejetées. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées aux fins d'injonctions.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du groupement hospitalier Portes de Provence, qui n'est pas la partie perdante, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le groupement hospitalier des Portes de Provence au même titre.

D E C I D E :

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président-rapporteur,

Mme Frapolli, première conseillère,

Mme Pollet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

C. VIAL-PAILLER

L'assesseure la plus ancienne, dans l'ordre du tableau

I. FRAPOLLI

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°220657

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