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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206590

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206590

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206590
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTERRASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 octobre 2022 et le 12 octobre 2023, Mme D A, représentée par Me Terrasson, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 28 juin 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre le refus de lui attribuer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir puis sous une astreinte définitive de vingt euros par jour de retard passé ce délai, à titre principal de la rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de l'enregistrement de sa demande d'asile et jusqu'au 31 octobre 2023 et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'acte ;

- la décision contestée méconnait les articles L. 522-1 et -3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle n'a pas pris en compte sa particulière vulnérabilité ;

- la décision méconnait l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle a estimé à tort qu'elle n'avait pas de motif légitime à avoir dépassé le délai de 90 jours pour déposer sa demande d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à l'appréciation de sa vulnérabilité.

Par une lettre du 24 octobre 2022, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de fonder la décision sur un moyen soulevé d'office, relatif à la tardiveté de la requête.

Mme A a présenté des observations, enregistrées le 28 octobre 2022, sur le moyen d'ordre public soulevé d'office.

Par une ordonnance du 25 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 octobre 2023.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations, enregistrées le 18 mars 2024, sur le moyen d'ordre public soulevé d'office.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 août 2022.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Terrasson, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise née le 31 août 1997, déclare être entrée en France le 25 novembre 2020 pour demander l'asile le 17 mai 2021. Le même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Mme A a exercé contre cette décision un recours administratif préalable obligatoire qui a été rejeté par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 28 juin 2021. Depuis, la Cour nationale du droit d'asile lui a accordé, par une décision du 5 septembre 2023, le bénéfice de la protection subsidiaire.

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". D'autre part, à ceux de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Enfin, l'article R. 351-3 du même code prévoit que : " Lorsqu'une cour administrative d'appel ou un tribunal administratif est saisi de conclusions qu'il estime relever de la compétence d'une juridiction administrative autre que le Conseil d'Etat, son président, ou le magistrat qu'il délègue, transmet sans délai le dossier à la juridiction qu'il estime compétente. "

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a reçu le 16 juillet 2021 notification de la décision contestée du 28 juin 2021. Cette notification mentionnait qu'elle pouvait être contestée dans un délai de deux mois à compter de la notification, devant le tribunal administratif de Paris. Si cette mention du tribunal administratif de Paris était erronée, cette erreur sur la compétence territoriale du tribunal est sans incidence sur l'opposabilité des voies et délais de recours dès lors que l'article R. 351-3 précité du code de justice administrative prévoit qu'un tribunal administratif saisi d'une requête relevant de la compétence géographique d'un autre tribunal administratif transmette le dossier au tribunal administratif compétent. De surcroit, Mme A n'explique pas en quoi l'erreur sur le tribunal administratif territorialement compétent expliquerait et justifierait le fait d'exercer un recours le 7 octobre 2022 contre une décision qui lui a été notifiée le 16 juillet 2021, soit plus d'un an après la date de notification. Par suite, la mention des voies et délais de recours est opposable à Mme A. Sa requête n'a été enregistrée au greffe du tribunal que le 7 octobre 2022. Ainsi, elle a été présentée tardivement et n'est, par suite, pas recevable.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions de son conseil présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 :Les conclusions de Me Terrasson tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme A, à Me Terrasson et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Mathieu Sauveplane, président,

- Mme C E, première-conseillère,

- Mme Emilie Aubert, première-conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.

La rapporteure,

E. B

Le président,

M. FLa greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2206590

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