vendredi 24 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2206631 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | LETELLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 octobre 2022 et 19 janvier 2023, Mme C A B, représentée par Me Letellier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut de motivation ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les articles L. 423-5 et L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire méconnaît son droit d'être entendue ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle doit bénéficier d'une protection dès lors qu'elle est victime de violences conjugales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme A B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,
- les observations de Me Letellier, avocate de Mme A B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A B, ressortissante brésilienne née le 14 mai 1990, serait entrée en France le 8 mars 2020, selon ses déclarations, sous couvert d'un passeport en cours de validité. Mme A B s'est mariée en France, le 2 avril 2022, avec un ressortissant français. Elle a présenté une demande de titre de séjour, le 5 avril 2022, sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 mai 2022, la préfète de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 15 décembre 2022, la préfète de la Drôme l'a assignée à résidence dans le département de la Drôme pour une durée de 45 jours. Mme A B demande uniquement l'annulation de l'arrêté du 23 mai 2022.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Contrairement à ce que soutient la requérante, la préfète de la Drôme n'était pas tenue de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à sa situation personnelle dont elle entendait se prévaloir. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français.". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance de la carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. () ". Aux termes de l'article L. 423-2 de ce code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B est entrée au Portugal le 8 mars 2020, et non pas en France ainsi qu'elle le prétend. Elle n'établit pas la date à laquelle elle est entrée sur le territoire français. Mme A B ne démontre pas davantage le caractère régulier de son entrée en France alors que la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français implique une entrée régulière de l'étranger sur le territoire français. En outre, l'intéressée ne justifie pas d'une vie commune et effective de six mois en France avec son époux. Selon ses déclarations consignées dans le procès-verbal n° 00201/2022/011753 du 16 décembre 2022, les époux auraient commencé à vivre ensemble à partir du mois de février 2022. Dans ces conditions, Mme A B ne remplissait pas les conditions requises pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-1 ou L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-5 du même code alors qu'elle n'a pas déposé de demande de titre de séjour sur ce fondement. Au demeurant, les violences familiales dont elle se prévaut sont postérieures à la décision attaquée et, dès lors, sans incidence sur sa légalité. Enfin, Mme A B, en se bornant à produire deux plaintes déposées les 16 et 18 décembre 2022, ne démontre pas, en tout état de cause, que la rupture de la vie commune soit imputable aux violences conjugales qu'elle allègue. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté dans toutes ses branches.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".
6. Mme A B se prévaut de la présence en France de sa mère et de son beau-père ainsi que celle de ses trois enfants. Toutefois, le séjour en France de l'intéressée est récent. Elle est arrivée avec sa fille âgée de cinq ans et elle a été rejointe, le 17 mai 2022, par ses deux fils âgés de 13 ans et 16 ans. Ces derniers vivaient au Brésil avec leur père avant leur arrivée en France. Le mariage de Mme A B avec son époux ressortissant français, intervenu le 2 avril 2022, est également récent. Par ailleurs, la requérante n'établit pas avoir tissé en France des liens d'une intensité particulière ni être dépourvue de toutes attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, la décision attaquée n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précité. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A B.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit apporter une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. La décision attaquée n'a pas pour effet de séparer la requérante de ses enfants. Il ressort en outre des pièces du dossier que la fille de la requérante est scolarisée en maternelle et que ses deux fils, qui ne vivaient pas avec elle jusqu'en 2022, sont entrés très récemment sur le territoire français. Aucune circonstance ne fait obstacle à ce que les enfants poursuivent leur scolarité hors de France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, du fait même de l'accomplissement de cette démarche, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A cette occasion, il est appelé à préciser les motifs qui, selon lui, sont susceptibles de justifier que lui soit accordé un droit au séjour en France et qui feraient donc obstacle à ce qu'il soit tenu de quitter le territoire français, ainsi qu'à fournir tous les éléments venant à l'appui de sa demande. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.
10. Dans le cadre de sa demande de titre de séjour, Mme A B a ainsi disposé de la faculté de porter à la connaissance de l'administration l'ensemble des informations relatives à sa situation personnelle dont elle entendait se prévaloir. Par suite, son droit d'être entendue n'a pas été méconnu.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, Mme A B n'est pas fondée à soutenir que la mesure d'éloignement méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, elle ne peut utilement se prévaloir des violences conjugales qu'elle allègue à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 23 mai 2022 de la préfète de la Drôme. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Letellier et à la préfète de la Drôme.
Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.
La rapporteure,
N. BARDAD
Le président,
V. L'HÔTE La greffière,
E. PROST
La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026