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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206634

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206634

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206634
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 octobre 2022 et 31 janvier 2023, M. F A, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé ou un titre de séjour assorti d'une autorisation de travail dans un délai de cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction du territoire et le refus d'accorder un délai de départ volontaire doivent être annulés du fait de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,

- et les observations de Me Schürmann, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né en 2001, déclare être entré en France le 17 novembre 2017 alors âgé de 16 ans. Il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Isère en qualité de mineur isolé. Dans le cadre d'une formation en maintenance automobile, il a signé un contrat d'apprentissage valable du 17 septembre 2018 au 25 juin 2020 pour intégrer un garage automobile. Il a présenté le 13 juin 2019, soit avant ses dix-huit ans, une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 313-15 et L. 313-14, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 septembre 2019, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Sur recours de l'intéressé, cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 31 janvier 2020. En exécution de ce jugement, le préfet de l'Isère a délivré à M. A un titre de séjour valable du 3 février 2020 au 2 février 2021. Par un arrêt 1er avril 2021, la cour administrative d'appel de Lyon a toutefois annulé le jugement du tribunal. Le 19 janvier 2021, M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-15, devenu l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 août 2022, le préfet de l'Isère lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C D, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de l'Isère, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du préfet de l'Isère du 26 juillet 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte en cause manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Si M. A est entré en France à l'âge de seize ans et se prévaut d'une présence sur le territoire français de cinq années, il est célibataire et sans charge de famille. Il ne peut se prévaloir d'aucune attache familiale en France alors qu'il n'établit pas être dépourvu de telles attaches dans son pays d'origine. Il ne démontre pas avoir noué des liens personnels d'une particulière intensité. La seule circonstance qu'il soit intégré professionnellement ne suffit pas à estimer que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, le préfet de l'Isère a pu légalement refuser de lui délivrer un titre de séjour et lui faire obligation de quitter le territoire français sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

6. En dernier lieu, M. A ne peut utilement soutenir que l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français emporte par voie de conséquence l'annulation de l'interdiction du territoire et du refus d'accorder un délai de départ volontaire alors que l'arrêté attaqué ne comporte pas de telles mesures.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, à Me Schürmann et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

Le président rapporteur,

V. L'HÔTE

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

M. BLa greffière,

E. PROST

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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