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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206650

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206650

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206650
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 1
Avocat requérantLEURENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2022, M. A, représenté par Me Leurent, demande au tribunal (dans le dernier état de ses écritures) :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a ordonné sa remise aux autorités belges, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'incompétence ;

- méconnaît les articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- méconnait l'article 25 du même règlement puisque rien n'établit l'accord des autorités belges ;

- est entaché d'un défaut d'examen réel et d'une erreur manifeste d'appréciation puisque le préfet n'a pas tenu compte de son état de santé et de la présence de son oncle à Chambéry ;

- méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'en cas de retour en Belgique, il risque d'être renvoyé au Sénégal, où il ne pourra pas bénéficier de soins adaptés à son état de santé.

Par un mémoire enregistré le 19 octobre 2022 le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une décision du 20 octobre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- l'arrêté contesté ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Wegner, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L.572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. D a présenté son rapport au cours de l'audience publique et constaté l'absence des parties ou de leurs représentants.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant du Sénégal, entré en France le 11 juillet 2022 selon ses déclarations, a présenté une demande d'asile le 28 juillet 2022. Par l'arrêté attaqué du 28 septembre 2022, le préfet du Rhône a ordonné la remise de l'intéressée aux autorités belges, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par arrêté du préfet du Rhône du 16 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 20 septembre suivant. Le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment de la décision attaquée elle-même, que celle-ci a été prise à l'issue d'un examen réel de la situation de M. A.

3. Le préfet du Rhône a produit les documents signés par M. A par lesquels il reconnaît avoir reçu le 28 juillet 2022 dans une langue qu'il comprend (français) les brochures concernant l'information générale sur les demandes d'asile et le relevé d'empreinte et une information pour les demandeurs d'asile sur la procédure Dublin. Ainsi le moyen tiré de la violation de l'article 4 du règlement n ° 604/ 2013 doit donc être écarté.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a bénéficié d'un entretien personnalisé le 28 juillet 2022 à la préfecture de l'Isère. Il n'établit pas que cet entretien n'a pas été réalisé dans des conditions garantissant dûment ses droits. Le moyen tiré de la violation de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

5. Le préfet du Rhône produit la décision du 1er septembre 2022 par laquelle les autorités belges ont accepté de prendre en charge l'examen de la demande d'asile de M. A. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 25 du même règlement manque donc en fait.

6. Aux termes du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Il résulte de ces dispositions que si le préfet peut refuser l'admission au séjour d'un demandeur d'asile au motif que la responsabilité de l'examen de cette demande relève de la compétence d'un autre Etat membre, il n'est pas tenu de le faire et peut autoriser une telle admission au séjour en vue de permettre l'examen d'une demande d'asile présentée en France.

7. Il est constant que M. A a déposé une demande d'asile en Belgique le 8 juillet 2022, trois jours seulement avant son entrée en France. En outre, s'il soutient avoir un oncle en France, il n'en justifie pas, en tout état de cause. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas bénéficier de soins adaptés à son état de santé en Belgique. Par suite, il n'établit pas que le préfet du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

8. M. A soutient que la décision attaquée méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'en cas de retour au Sénégal, il ne pourra pas bénéficier de soins adaptés à son état de santé. Le moyen est inopérant dès lors que l'arrêté attaqué a pour seul objet de renvoyer M. A en Belgique pour qu'il soit statué sur sa demande d'asile.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Leurent et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

S. D

La greffière,

V. Joly

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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