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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206665

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206665

mardi 15 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206665
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 4
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer sa situation sans délai et de lui délivrer une carte de séjour ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a fait une application erronée de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- l'interdiction de retour sur le territoire est insuffisamment motivée par rapport aux critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Pfauwadel, vice-président.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. C, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre à titre provisoire M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. M. B, ressortissant du Kosovo né en 2000, est entré en France pour la dernière fois le 26 juin 2017, avec ses parents. Le 16 mai 2019, il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée en procédure accélérée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 20 juin 2020, confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile le 23 novembre 2020. Il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 2 septembre 2020, mesure dont la légalité a été confirmée par les juridictions administratives et à laquelle il n'a pas déféré. A la suite de son interpellation par les services de police aux frontières d'Annemasse, le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour d'une durée d'un an et a fixé le pays de destination vers lequel il est susceptible d'être reconduit par un arrêté du 6 octobre 2022 dont M. B demande l'annulation.

Sur l'obligation de quitter le territoire sans délai :

3. Aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. M. B fait valoir qu'il réside en France avec ses parents et ses deux frères depuis cinq ans et qu'il justifie d'une bonne intégration. Toutefois, il est célibataire sans enfant et n'a pas d'attaches en France autres que ses parents qui se trouvent dans la même situation administrative que lui, alors qu'il ne peut en être regardé comme dépourvu dans le pays d'origine de sa famille. S'il fait valoir qu'il a sollicité sa régularisation sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour auprès des services de préfecture de la Haute-Savoie avant l'intervention de l'arrêté attaqué, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait effectivement déposé une telle demande avant l'édiction de l'arrêté litigieux. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

5. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (). ".

6. M. B n'ayant pas déféré à la précédente mesure d'éloignement du 2 novembre 2020, le préfet de la Haute-Savoie pouvait en se fondant sur ce seul motif prendre la décision attaquée. Par suite, M. B, qui ne conteste pas ce motif, n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues.

Sur l'interdiction de retour :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

8. L'arrêté attaqué vise les dispositions précitées et énonce qu'un examen d'ensemble de la situation de l'intéressé a été effectué relativement à la durée de la mesure, après avoir relevé que sa présence ne représente pas une menace pour l'ordre public, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 2 septembre 2020, qu'il n'est présent sur le territoire français que depuis cinq ans, qu'il ne justifie pas d'attaches familiales ou personnelles en France à l'exception de ses parents qui se trouvent dans la même situation administrative que la sienne et qu'il dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de dix-sept ans. La décision portant interdiction de retour est, en conséquence, suffisamment motivée.

9. Le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire au sens des dispositions citées au point 7. Dans ces circonstances la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B aux fins d'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Blanc et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

T. C La greffière,

C. Billon

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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